Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

La manufacture Alki bientôt à Larressore

En septembre 2023, la coopérative basque quittera son atelier historique d’Itxassou pour un site de production actuellement en construction à Larressore. À l’occasion de la pose de la première pierre, Eñaut Jolimon de Haraneder, PDG d’Alki, a présenté cette entreprise dont la production de meubles au design reconnu s’exporte presque partout dans le monde.

Alki

Première pierre d'Alki à Larressore ©Vincent Biard

La Vie Economique : C’est pour mener ce projet de nouvelle manufacture que vous avez été recruté ?

Eñaut Jolimon de Haraneder : « J’ai rejoint la coopérative il y a 5 ans avec effectivement ce projet de concrétisation du développement d’Alki en trame de fond mais aussi, en parallèle, des échanges avec Peio (NDLR : fondateur d’Alki) pour acquérir des compétences et des connaissances. Comme nous sommes une coopérative, l’élection du PDG se fait entre administrateurs. Aujourd’hui nous sommes 42 et nous avons un système d’embauche quasi continu. Cet atelier sera en capacité d’accueillir 80 personnes à moyen long terme. »

LVE : Outre le lancement officiel du chantier à Larressore, quelles sont les actualités de l’entreprise ?

E. J. d. H. : « La plus grande actualité du moment est la Bibliothèque nationale de France. C’est une histoire extraordinaire qui s’inscrit dans la rénovation complète du site Richelieu qui a nécessité 12 années de travail et plus de 260 millions d’euros. L’ambition a été de créer une chaise à la hauteur des exigences de leurs lecteurs et aussi relativement iconique et bien intégrée dans ce lieu. Un appel d’offre design a été remporté par l’agence Patrick Jouin. Un autre appel d’offre a ensuite été lancé auprès des fabricants et nous l’avons remporté. De là s’est engagée un peu plus d’une année de développement avec l’agence Patrick Jouin, le Mobilier national et la Bibliothèque nationale de France pour fabriquer la chaise Orria. L’intérêt du projet, au-delà de cette version assez exclusive de la BNF, est qu’Orria rejoint le catalogue Alki. »

Pour la Bibliothèque nationale de France, l’ambition a été de créer une chaise à la hauteur des exigences des lecteurs

Eñaut Jolimon de Haraneder, PDG d’Alki

Eñaut Jolimon de Haraneder, PDG d’Alki © Vincent Biard

LVE : Quel type de meuble vendez-vous le plus ?

E.J. d. H. : « J’ai l’habitude de dire que nous vendons tout ce qui s’inscrit dans l’art de table que cela soit du mobilier de travail, de restauration ou pour les particuliers, des tables basses et hautes, des tables de repas. Nous vendons logiquement plus de chaises car une table est accompagnée par 4 ou 6 chaises. Mais aujourd’hui, le marché du bureau se développe et pourrait apporter des changements sur ce ratio. »

LVE : À qui vendez-vous ? Quelle est la typologie des projets ?

E.J. d. H. : « Aujourd’hui nous travaillons exclusivement en BtoB excepté quelques opérations portes ouvertes. Dans nos canaux de distribution professionnelle, il peut s’agir de distributeurs, de magasins de design et de mobiliers, d’architectes prescripteurs, de projets directs de type cafés-hôtels-restaurants. La valeur ajoutée d’Alki est de proposer des produits relativement hybrides que l’on trouvera chez un petit restaurateur comme chez un étoilé. »

L’enjeu de reconquérir des parts de marché à l’export

LVE : Comment se partagent les marchés d’Alki entre la France et l’international ?

E.J. d. H. : « Les années passées, Alki se situait à 55/60 % sur le marché français et 40/45 % sur l’export. Nous avons des partenariats avec les États-Unis et le Canada. Ensuite c’est la première ceinture européenne avec l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, un peu l’Angleterre. Il y a également quelques pays grands exports qui fonctionnent très bien mais par projet. Nous pouvons faire une belle année sur le Jordanie par exemple et rien l’année d’après. Mais le Covid a rebattu les cartes et l’année dernière l’export a diminué avec 70 % marché français et 30 % marché export. C’est un enjeu d’avenir pour nous que de reconquérir des parts de marché sur l’export. »

9 000 M2 POUR FABRIQUER DES MEUBLES AU PAYS BASQUE

« Alki est née en 1981 de cette volonté militante de travailler et vivre au pays », raconte Peio Uhalde, l’un des fondateurs de cette coopérative dont le nom signifie chaise en basque. Mais dans les années 90, la production d’Alki de chaises et tables au style traditionnel est sérieusement menacée par la concurrence. Peio Uhalde confie alors au talentueux designer Jean-Louis Iratzoki la mission de réinventer la marque. Grâce à un style épuré, la ligne Emea relance Alki en 2005. Avec un chiffre d’affaires de 7,3 millions d’euros en 2021, Alki est une réussite emblématique du système coopératif basque. Comme les 4 000 m2 de l’atelier d’Itxassou limitent la production, la construction d’un nouvel atelier de 9 000 m2 (dont 1 000 m2 de salle d’exposition) sur un terrain de 16 000 m2 à Larressore a débuté en mai pour se terminer en septembre 2023. En présence d’élus locaux dont ceux de la Communauté Pays basque et du Département des Pyrénées-Atlantiques qui amènent chacun 300 000 euros au projet, la pose de la première pierre a été officiellement organisée le 22 septembre. La Région Nouvelle-Aquitaine a subventionné la stratégie d’Alki à hauteur de 155 000 euros sur les quatre dernières années. Les fonds européens FEDER sont également cités par Eñaut Jolimon de Haraneder qui ne communique néanmoins pas le coût total de l’opération.