Couverture du journal du 28/09/2022 Consulter le journal

La Truite des Pyrénées, pisciculteur engagé

Au cœur de la vallée des Gaves, à Lau-Balagnas près d’Argelès-Gazost, La Truite des Pyrénées perpétue la tradition familiale depuis 1952. En 70 ans, l’entreprise a acquis une solide réputation et s’attache désormais à réduire significativement son empreinte énergétique.

Abel Caubarrus, Franck Pomarez, ferme aquacole, Truite des Pyrénées

Abel Caubarrus et son petit fils Franck Pomarez, La Truite des Pyrénées © Lilian Cazabet

Franck Pomarez l’annonce d’emblée, lorsqu’il vous reçoit au sein de son entreprise à Lau-Balagnas : la truite, il peut en parler « pendant des heures ». Le gérant de la ferme aquacole La Truite des Pyrénées est en effet un passionné, attaché à faire vivre l’histoire familiale née il y a 70 ans grâce à son grand-père, Abel Caubarrus. Muni d’un instinct et d’un sens de l’observation exceptionnels, ce Bigourdan qui n’avait pourtant jamais pêché a construit en quelques années l’un des élevages de référence en France, et est également à l’initiative de la création en 1981 de la coopérative landaise Aqualande puis de sa marque Ovive.

S’appuyant sur un savoir-faire transmis d’abord à François, le gendre, puis Franck, le petit-fils, peaufiné à la faveur des évolutions techniques, et grâce aux eaux saturées en oxygène des gaves de Barèges, de Gavarnie et de Cauterets, La Truite des Pyrénées produit et transforme un poisson d’exception. La qualité, bien avant la quantité, est un leitmotiv évident pour cette ferme aquacole qui ne peut et ne veut produire davantage, quitte à refuser de nouveaux marchés. Pour Franck Pomarez, comme pour ses associés, sa sœur et son beau-frère Fanny et Mathieu Mathis, l’essentiel est ailleurs : « Notre réputation n’est plus à faire : la demande est là, je ne prends plus de nouveaux clients », remarque ce quadragénaire, pour qui reprendre la suite de l’entreprise a toujours été une évidence. « Mon grand-père a relevé le défi de se lancer dans l’aquaculture et mon père a développé l’entreprise. Notre mission aujourd’hui est de préserver cette qualité en ayant un impact écologique moindre. » Produire éthique, en somme, notamment en investissant intelligent.

Abel Caubarrus, Franck Pomarez, ferme aquacole, Truite des Pyrénées

La Truite des Pyrénées © Lilian Cazabet

UNE AQUACULTURE RAISONNÉE ET DURABLE

Tout juste inaugurés, les 1 000 m2 de panneaux solaires installés au-dessus de l’un des bassins illustrent l’engagement de La Truite des Pyrénées en faveur du développement durable. Franck Pomarez souhaiterait également développer l’aquaponie, construire un élevage d’écrevisses qui se nourriraient des carcasses de truites, créer une cressonnière ou encore produire de l’énergie hydrolienne… En outre, il y a quelques temps déjà, La Truite des Pyrénées fabriquait son propre diesel issu des viscères de ses poissons. Jusqu’à ce que la taxe sur le prix des bio-carburants flambe et que l’entreprise ne s’y retrouve plus.

L’augmentation des taxes, justement, a également impacté le coût des céréales données aux truites, ici essentiellement arc-en-ciel. « Depuis six mois, on subit une augmentation comme on ne l’a jamais vu ! », se désole le chef d’entreprise, qui réfléchit à un substitut, pourquoi pas à base d’insectes. Mais malgré l’inflation, Franck Pomarez ne veut pas monter ses prix : il tient à ne pas bousculer ses clients, pour 70 % des professionnels, et 30 % des particuliers.

UN NOUVEL ÉLAN DEPUIS 2013

Des particuliers qui, par ailleurs, sont d’autant plus présents depuis le Covid, grâce à une meilleure visibilité de la marque en magasins de producteurs mais aussi en grandes surfaces. D’un certain point de vue, la crise n’aura pas engendré que du négatif pour l’entreprise bigourdane, bien que cet épisode fût particulièrement compliqué à gérer pour Franck Pomarez, plus encore que les crues du gave en 2013 qui ont entièrement rasé la pisciculture de Lau-Balagnas. « Après les crues, il a fallu absolument tout reconstruire. Heureusement il nous restait une partie de la ferme aquacole de Soulom, qui nous appartient également », se souvient-t-il. « Mon grand-père m’a dit : C’est l’occasion de repartir à zéro avec une nouvelle ferme. Il a eu raison. » En effet, mieux pensée, la « nouvelle » pisciculture connaît depuis un nouvel élan. Abel Caubarrus avait encore vu juste. Aujourd’hui, à 98 ans, il dit être « épaté » par le trio aux commandes et se dit serein pour l’avenir de La Truite des Pyrénées, qui envisage de développer de petits élevages dans d’autres vallées pyrénéennes.

 

EN CHIFFRES

12 M€ de CA sur la ferme de Lau-Balagnas et son écloserie ainsi qu’à la ferme de Soulom 30 salariés sur les trois sites

27 000 truites pondeuses à l’approche de l’hiver

1 400 tonnes de truites transformées, dont 400 tonnes sur site et 1 000 tonnes à Aqualande, à Roquefort dans les Landes

Une zone de pêche ouverte au public et un magasin où sont vendus du poisson frais et des conserves (rillettes et émiettés de truite, velouté, etc.)

« NOUS SOMMES DES PAYSANS À PART »

Le 21 juillet dernier, Franck Pomarez a pu échanger quelques mots avec Emmanuel Macron, alors de passage dans les Hautes-Pyrénées. L’occasion d’aborder un certain manque de structuration autour de la filière : « En trois présidents, la pisciculture a connu trois ministères : celui de la mer sous Sarkozy, de l’écologie sous Hollande, et de l’agriculture aujourd’hui.

Pour l’Europe, nous ne sommes pas des agriculteurs mais des pêcheurs et nous n’avons donc pas droit à la PAC, alors que l’état français nous considère comme des agriculteurs… En résumé, nous sommes des paysans à part», remarque-t-il. « Aujourd’hui, il y a en France une aquaculture durable et responsable, avec une pisciculture dans chaque département français et 42 000 tonnes de truites produites chaque année. Et pourtant, la filière ne se développe pas. J’ai demandé au président la création d’un plan autour de l’aquaculture en France et d’en faire une priorité. » Le chef de l’État s’est oralement engagé à organiser une table ronde avec les principaux concernés, à l’Élysée. À suivre.