Couverture du journal du 25/05/2022 Consulter le journal

Dordogne : Labopéra, coup de jeune(s) sur l’Opéra

Inviter tout un département à suivre une grosse production pour casser le mur de verre qui sépare l’opéra du grand public : c’est le défi très populaire que s’est fixé Labopéra. Un ballet de compétences, artistiques et techniques, s’organise au fil des répétitions et dans les coulisses de la fabrication, pour aboutir à un Carmen vraiment unique.

Labopéra

© Pexels

C’est une fabrique pas comme les autres : on y conçoit des opéras dans un esprit coopératif. Le réseau national La Fabrique Opéra fait émerger des projets en France. L’expérience menée à Grenoble il y a dix ans s’est étendue en Val de Loire, en Seine-et-Marne, dans l’Oise, les Hauts-de-Seine et en Alsace. Et la voici en Périgord, premier département de Nouvelle-Aquitaine à entrer sur scène avec Carmen, les 2 et 3 avril, au Palio de Boulazac (5 000 places assises, à moduler selon la situation sanitaire).

Un opéra mêlant amateurs et professionnels

C’est au format associatif qu’une poignée de passionnés, parmi lesquels des chefs d’entreprise comme Jean Vigier (groupe Vigier, Thiviers), réunis autour du président Denis Rozier, ont soutenu le projet de créer un opéra mêlant amateurs et professionnels du spectacle vivant. Lors du confinement passé sur sa terre d’origine, la jeune cheffe d’orchestre Chloé Meyzie a eu l’idée de rejoindre l’aventure Labopéra : celle qui est devenue directrice artistique de la version périgourdine de ce laboratoire d’opéra a réussi à fédérer les énergies, dans un esprit coopératif. Tous entendent garder le niveau d’excellence tout en démocratisant le contexte. Rien de mieux pour cela que d’associer la jeunesse locale. En plus des partenariats noués avec les collectivités, des établissements d’enseignement technique et professionnel sont impliqués depuis l’automne dans la conception et la réalisation du spectacle.

AVENTURE HUMAINE ET SUPPORT PÉDAGOGIQUE

À Périgueux, des classes du lycée Léonard-de-Vinci créent et fabriquent les costumes des choristes, des jeunes de l’Espc Saint-Joseph interviennent pour la coiffure et le maquillage, des apprentis du CFA des Métiers (Boulazac) participent via les filières beauté- coiffure pour la mise en beauté des artistes et ébénisterie-art du bois pour réaliser les décors, de même que les compagnons du devoir (Chancelade). Les élèves de CAP peinture du lycée pro de Chardeuil (Coulaures) travaillent avec leur professeur d’atelier à la finition des décors tandis que le lycée agricole (Coulounieix- Chamiers) organise les « apéropéras » et l’IUT Tech de Co met la main aux réseaux sociaux pour la promotion.

À Périgueux, des classes du lycée Léonard-de-Vinci créent et fabriquent les costumes des choristes

MODÈLE ÉCONOMIQUE

Les organisateurs expliquent que l’opéra est subventionné à près de 80 % en Europe, avec un prix moyen de place autour de 74 euros. Souhaitant permettre à de nouveaux publics d’accéder à l’art lyrique, Labopéra a réduit les coûts de fonctionnement avec une structure de production plus souple, grâce au talent d’amateurs issus des environs, et un modèle de financement fondé à plus de 50 % sur la billetterie. Le coût total d’une place est 3,5 fois moins élevé que celui d’un opéra traditionnel et le tarif public est deux fois moins élevé. Une production Labopéra est d’environ 250 000 euros.

THIVIERS, VILLE SIÈGE DU LABOPÉRA

À Thiviers, ville siège du Labopéra, le lycée Porte-d’Aquitaine participe aux décors avec sa spécialité d’ébénisterie et mobilier contemporain. À Sarlat, la filière cinéma du lycée Pré-de-Cordy donne de l’image au projet. Et à Agen, le lycée Lomet, réputé dans les métiers du spectacle, prend en charge les costumes des solistes. Pour les jeunes comme pour les équipes pédagogiques, c’est l’occasion de sortir les élèves et les apprentis du cadre scolaire pour s’associer à un événement majeur. Ce processus de création « constitue une formidable occasion de montrer aux Périgourdins l’étendue des compétences du territoire, mais aussi d’inciter de nouveaux publics à découvrir cet art », soulignent les organisateurs.

Cette volonté de mettre l’opéra à portée de tous se traduit bien sûr par des tarifs accessibles (19 à 49 euros la place)

Le projet artistique permet de valoriser un engagement amateur aux côtés de professionnels. La baisse des coûts de production est directement liée à cette possibilité de donner un sens nouveau à une formation professionnelle, de révéler des talents en transmettant des savoirs. « Les élèves, à travers ce projet, développent leur employabilité et leur professionnalisme. Ils apprennent à gérer des échéances et développent leur conscience professionnelle. »

PROFESSIONNELS ET AMATEURS À L’UNISSON

Ce ballet de compétences, artistiques et techniques, s’organise depuis l’automne, au fil des répétitions et dans les coulisses de la fabrication, pour aboutir à un moment unique.

Conception, réalisation, organisation, promotion : des jeunes s’impliquent à tous les niveaux. Et aussi sur scène, bien sûr. 400 personnes de tous horizons s’activent avec 120 choristes adultes et enfants, un orchestre symphonique (musiciens amateurs issus du Conservatoire à Rayonnement Départemental de la Dordogne) et dix solistes. Aux côtés de Chloé Meyzie, Gersende Michel met en scène cet opéra le plus joué au monde : le chef-d’œuvre de Bizet est le passeport idéal pour aller vers tous les publics, un spectacle lyrique qui suscite l’enthousiasme.

Cette volonté de mettre l’opéra à portée de tous se traduit bien sûr par des tarifs accessibles (19 à 49 euros la place) et une programmation dans une salle très fréquentée pour des événements sportifs ou des concerts de variété. La répétition générale sera même ouverte aux scolaires du département. De quoi abolir les frontières entre les publics. Labopéra voit large et loin : le rendez-vous a vocation à s’ancrer durablement en Dordogne.

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

« Seulement 4 % des Français se rendent à l’opéra (dont 61 % d’abonnés) alors que 53 % écoutent de la musique classique. »