Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

L’Arrieulat, plantation de thés d’exception

Lucas Ben Moura a installé sa plantation de thé sur les coteaux d’Argelès-Gazost depuis 2019. Encore en phase de test-and-learn, les thés qu’il commence à produire s’adressent à une clientèle de spécialistes et d’amateurs avertis.

Thé L'Arrieulat

© Lilian Cazabet - La Vie Economique

C’est niché sur les coteaux d’Argelès-Gazost, sur des terres appartenant à sa famille que Lucas Ben Moura a choisi de planter ses premiers pieds de thé. Cette plante de la famille des camélias s’adapte bien au climat des Pyrénées. Passé par AgroParisTech, le jeune homme s’est d’abord intéressé au vin avant de tomber dans le thé. Lors d’une année de césure pendant ses études, entre 2018 et 2019, il s’envole pour l’Indonésie, où il effectue deux stages. L’un dans une petite et l’autre dans une immense plantation de thé. Il part ensuite découvrir le Laos puis la Chine. Il y étudie au plus près la culture du thé et affine ses connaissances. Juste avant de partir pour l’Asie, il avait planté une petite trentaine de pieds sur des prairies familiales délaissées, auparavant occupées par des éleveurs depuis partis à la retraite. Sans qu’il ne sache à quoi s’attendre, ces premiers pieds passent l’hiver.

L’arrieulat

Alors le projet prend peu à peu forme. À son retour, Lucas Ben Moura reprend les tests de plantations sur un terrain qu’il agrandit au fil des morceaux de parcelles récupérées. « Nous avions reçu des variétés d’un producteur en Bretagne, qui lui-même s’est lancé en 2018. Certains ont tenu à 100 %, d’autres n’ont pas survécu et d’autres encore à moitié. Tout dépend de leur position sur le terrain. Nous avions planté les premières boutures bretonnes à l’automne, mais, ce n’est pas le moment le plus propice. Nous avons replanté des génétiques plus costauds avec des plans d’origine italiennes et turques. Plus récemment, nous avons aussi utilisé des graines venues du Népal et de Chine », explique dans le détail le jeune homme. Le climat peut se révéler parfois sec sur les coteaux au-dessus d’Argelès-Gazost : « Face aux spécificités de notre terrain, nous essayons de développer des plantations diverses génétiquement issues de graines plus résistantes face aux intempéries. » D’abord baptisé Les Terrasses de l’Arrieulat, du nom du chemin amenant à la plantation, la production de thé de Lucas Ben Moura se nomme désormais l’Arrieulat.

Les plants que nous avons commencés à cultiver en 2020 seront matures en 2025 ou 2026. D’ici 5 ans, nous devrions atteindre près de 80 % de notre rendement

Un business model précis

Les plantations de thé demandent du temps. « Les plants que nous avons commencé à cultiver en 2020 seront matures en 2025 ou 2026. D’ici 5 ans nous devrions atteindre près de 80 % de notre rendement », commente le jeune producteur. Ce temps de croissance avant de pouvoir produire à plus grande échelle est en prendre en compte dans le projet de développement : « Il faut réussir à gérer une période d’investissement de 4 ans ce qui est compliqué aujourd’hui avec les intérêts bancaires qui augmentent. Nous validons peu à peu des éléments, le projet se confirme par étapes au niveau économique. Nous voyons quel rendement nous pouvons avoir, mais, notre poste de dépense le plus important reposera sur la main d’œuvre ». Pour l’instant, le jeune homme se consacre à temps plein à sa plantation tout en conservant des activités annexes comme l’accompagnement du développement commercial de plantations situées au Laos. Sa mère l’accompagne sur l’activité l’Arrieulat à mi-temps. En 2023, Lucas Ben Moura a produit une dizaine de kilogrammes et vise à terme entre 100 et 300 kilogrammes de thé. « Pour l’instant notre plan économique marche et le marché est en demande. Les coûts sont identifiés et nous pouvons regarder la valorisation du produit, regarder si nous faisons un bon thé et son prix correspond à sa valeur », ajoute-t-il.

Thés l'arrieulat

© Lilian Cazabet – La Vie Economique

Tonalités naturelles

Si en France la plupart du thé consommé est aromatisé, le jeune producteur mise sur un produit différent : « Nous nous axons vers le naturel, nous voulons tirer le meilleur goût possible de nos terroirs. Nous développons un thé de niche et de terroir. » L’Arrieulat propose d’un côté des thés noirs et des thés blancs, des produits riches qui s’adressent à une dégustation réalisée par une population avertie. Ils sont revendus par des petites boutiques spécialisées comme un Air de Thé à Pau et Bordeaux, La Diplomate à Bordeaux, Artefact dans le Marais à Paris et en ligne. Lucas Ben Moura propose aussi un thé jaune qui est produit avec les rameaux du théier, les feuilles matures et les tiges. D’inspiration japonaise, ce thé qui est rarement valorisé, s’adresse plutôt à une consommation sur le marché local.

Nous développons un thé de niche et de terroir

Diversification

L’Arrieulat est encore en phase de construction. Une grange déjà présente sur le terrain des coteaux d’Argelès-Gazost sera rénovée en 2024 pour accueillir un séchoir et une zone de dégustation. Afin de compléter ce qu’il propose à l’Arrieulat, Lucas Ben Moura entend également mettre en place un format visite. « L’accès se fera depuis le centre d’Argelès-Gazost, avec un chemin que nous sommes en train de rénover. Nous pourrons accueillir des expériences pratiques et des ateliers de préparations de thé », évoque le fondateur de l’Arrieulat.

Lucas Ben-Moura, fondateur des thés de L'Arrieulat © Lilian Cazabet

Lucas Ben-Moura, fondateur de L’Arrieulat © Lilian Cazabet – La Vie Economique

Nouvelle campagne de crowdfunding

A partir du 9 novembre, l’Arrieulat ouvre en ligne sa seconde campagne de financement participatif. Disponible sur la plateforme MiiMOSA qui propose aux citoyens et aux entreprises de financer des projets d’agriculture et d’alimentation durables sur le modèle du don avec contrepartie ou du prêt rémunéré. Les thés de l’Arrieulat y seront proposés en précommande.

Un domaine de précurseurs en France

La filière commence à se structurer. Lucas Ben Moura participe au projet de recherche appliquée FierThé, lauréat de l’appel à projet Connaissance 2023 du programme Casdar PNDAR. Il a pour objectif l’acquisition de connaissances pour développer une filière innovante et durable de production de thé en France. Portée par quelques précurseurs dans l’Hexagone, la filière manque encore de références techniques validées et de savoir-faire pour continuer à progresser. Ce projet passe par six objectifs dont l’acquisition de références technico-économiques sur la production de thé en France, le test de systèmes de culture répondant au cahier des charges de l’agriculture biologique, ou encore, la création de module d’enseignements pour la formation professionnelle agricole. « Nous devons identifier techniquement les systèmes de culture adaptés pour une production de qualité en France. Bien installer la production et identifier les bonnes variétés, étudier le modèle économique, avoir des retours d’expérience avec l’étude de l’existant, voir ce qui marche en fonction des techniques », énumère Lucas Ben Moura. Quelques 35 producteurs se sont lancés dans la cultivation de thé en France.