Couverture du journal du 14/02/2024 Le magazine de la semaine

Le Bambino, un rêve de gosse

Cadre dans la fonction publique territoriale, Cyril Laparre, 52 ans, a renoncé à une vie professionnelle confortable pour ouvrir Le Bambino, un cabaret à Bergerac en 2021. Le projet d'une vie.

Les danseuses du Bambino ont été recrutées sur audition par Cyril Laparre et sa chorégraphe, Lucile Thomasson Niquot, professeur de danse chez Altaïr à Bergerac

Les danseuses du Bambino ont été recrutées sur audition par Cyril Laparre et sa chorégraphe, Lucile Thomasson Niquot, professeur de danse chez Altaïr à Bergerac © Loïc Mazalrey - La Vie Economique

Posséder son propre cabaret ? Cyril Laparre, 52 ans, en avait toujours rêvé sans oser sauter le pas. Ancien secrétaire général de la mairie de Lamonzie-Saint-Martin, le quinquagénaire vivait sa passion pour le music-hall par procuration en dirigeant Le Moonlight Cabaret, une compagnie itinérante de six danseuses, quand son emploi du temps lui en laissait le loisir. Une expérience très formatrice. Sur scène comme en coulisses, Cyril Laparre a appris le b.a.-ba du métier sur le tas, au fil des bonnes et mauvaises surprises. Derrière les strass et les paillettes, ce sont des collants à rapiécer, des micros à régler et des humeurs à gérer dans le feu de l’action. « J’avais une trentaine d’années quand j’ai créé Le Moonlight Cabaret avec une poignée de bénévoles », explique-t-il. L’aventure a duré vingt ans. Le destin a-t-il cherché à lui donner rendez-vous ? En septembre 2019, alors qu’il s’apprête à rejoindre le cabinet d’un député périgourdin comme attaché parlementaire, Cyril Laparre apprend que le Music-Hall, le cabaret créé par Bernadette Biato, décédée en fin d’année 2017, est placé en liquidation judiciaire.

Je me suis dit : quitte à diriger une troupe, autant en faire mon métier

Cyril Laparre, créateur du cabaret Le Bambino

Cyril Laparre, créateur du cabaret Le Bambino © Loïc Mazalrey – La Vie Economique

Temple du glamour bergeracois

Alors que le temple du glamour bergeracois tarde à trouver un repreneur, Cyril Laparre parvient à convaincre Claire Rebière, directrice commerciale dans le secteur des assurances, de tenter l’aventure. Bingo. Leur offre est retenue. Pour 26 000 euros, les froufrous, les dentelles et les paillettes sont sauvés et avec eux, l’esprit des lieux, populaire à souhait. « Les choses n’étaient pas gagnées. Les cassandres s’en sont donné à cœur joie pour mettre en doute notre sérieux, mais nous ne nous sommes pas laissés décourager. Ma compagnie venait de passer semi-professionnelle peu de temps avant. Je me suis dit : quitte à diriger une troupe, autant en faire mon métier », confie l’ancien fonctionnaire.

Il récupère les clés le premier jour du confinement

Pressé de voir revivre l’emblématique cabaret de la rue Neuve-d’Argenson, le jeune entrepreneur se donne alors six mois pour relancer l’activité du cabaret rebaptisé entretemps Le Bambino. Une ambition rapidement contrariée par la pandémie de Covid-19 qui s’abat sur la France en mars 2020. « J’ai récupéré les clés du bâtiment le premier jour du confinement », se souvient Cyril Laparre, alors loin de se douter des contraintes que la crise sanitaire va faire peser sur les établissements comme le sien. « On avait donné rendez-vous aux Bergeracois le 1er décembre 2020 pour la présentation de notre premier spectacle qui a finalement eu lieu… le 11 juin 2021 », raconte l’intéressé.

J’étais danseur, chanteur, amuseur public ; je suis devenu un chef d’entreprise

Le soir de la première, le public découvre un show déjà rodé avec dix artistes professionnels pendant qu’une vingtaine de petites mains s’activent en salle pour servir le repas qui accompagne le spectacle. Une entreprise est née, et avec elle, un patron qui a la lourde responsabilité d’employer 25 personnes. « J’étais danseur, chanteur, amuseur public ; je suis devenu un chef d’entreprise », reprend Cyril Laparre qui mesure depuis toute la difficulté de la tâche. « Je ne me suis pas lancé au hasard dans l’aventure du Bambino : avant d’acheter le fonds de commerce du Music-Hall, j’ai pris le temps de regarder ce qui n’avait pas fonctionné avant et j’en ai tenu compte pour bâtir mon propre business plan », développe le quinquagénaire, forcé d’avouer avec trois ans de recul que « gérer une entreprise est un combat de tous les jours ».

Le Bambino s’exporte aux 4 coins de la région

Non content de réussir à organiser à domicile plus de 70 représentations par an des deux spectacles maison, Besame mucho et Le 109 Palace, Cyril Laparre s’est très vite décidé à exporter le savoir-faire du Bambino sur les scènes de la Nouvelle-Aquitaine et même au-delà. L’exercice n’a rien d’anodin, il est même très énergivore, ne serait-ce que pour organiser le transport des 120 costumes que revêtent les artistes pendant le spectacle. Mais l’enjeu en vaut la chandelle. « Non seulement, cela permet des rentrées d’argent immédiates, mais cela permet surtout de capter une clientèle qui ne serait pas venue forcément jusqu’à Bergerac assister à l’une de nos représentations », observe le chef d’entreprise, content de voir que le bouche-à-oreille fait le reste. « Une personne qui nous avait vus danser à Pessac, en Gironde, à l’automne, a convaincu tout un groupe de copains motards d’organiser leur prochaine sortie en Dordogne avec, en point d’orgue de la journée, un repas-spectacle au Bambino », rapporte Cyril Laparre qui n’oublie pas pour autant de gâter la clientèle locale. Régulièrement, le cabaret donne rendez-vous à son public autour de moments festifs (afterworks) ou culturels (pièces de théâtre jouées par des troupes indépendantes). « L’objectif n’est pas uniquement d’occuper 350 chaises de la salle, mais bien de faire du Bambino un épicentre de l’activité culturelle bergeracoise », conclut le quinquagénaire. Le rêve d’une vie.