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[ Nouvelle-Aquitaine ] Les nouveaux enjeux du mécénat

Les chefs d’entreprises adhèrent de plus en plus au mécénat, la Nouvelle-Aquitaine se plaçant en 4e position des régions les plus dynamiques. Mais avec le Covid, l’activité mécène se trouve confrontée à de nouvelles difficultés et de nouveaux choix stratégiques.

mécénat

Béatrice Bausse, déléguée générale de la Fondation de France Sud-Ouest © atelier Gallien

Le mécénat de plus en plus plébiscité par les entreprises ? C’est une réalité qui se vérifie par les chiffres. Depuis 2010, le nombre d’entreprises mécènes ne cesse d’augmenter en France. En ex-Aquitaine (Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Lot-et-Garonne et Dordogne), il a même été multiplié par 4 entre 2010 et 2018. Au total en 2018, 96 000 entreprises ont déclaré leurs dons auprès de l’administration. Une démarche qui permet la défiscalisation prévue par la loi Aillagon (cf. encadré) et qui a rapporté 2 milliards d’euros. Mais Admical, (association qui réunit les entreprises mécènes) estime le montant total du mécénat entre 3 et 6 milliards d’euros – toutes les entreprises ne réalisant pas de déclaration. Toujours selon Admical, la région Nouvelle-Aquitaine se place au 4e rang des régions les plus dynamiques en termes de mécénat d’entreprise avec 6 % des entreprises de la région qui ont déclaré des dons en 2018. Elle représente 4,6 % du budget total du mécénat en France. Et c’est sans surprise l’ex-région Aquitaine qui comptabilise le plus d’entreprises mécènes. 6 430 d’entre elles ont déclaré des dons en 2018 pour un montant moyen de 46,4 millions d’euros. Un montant multiplié par 3,4 en 8 ans !

Mais la marge de progression reste immense puisqu’avec 113 332 entreprises (soumises à l’impôt des sociétés), l’ex-région ne comptabilise que 5,6 % d’entreprises mécènes sur son territoire en 2018. Les TPE et les PME contribuent à hauteur de 23 % du budget, et représentent 96 % des entreprises mécènes. Ces dernières années, les TPE en particulier sont de plus en plus nombreuses à se convertir à la démarche. En 2010, elles représentaient 55 % contre 64 % en 2018. Ces petites entreprises pratiquent un mécénat qui leur est spécifique : plus sensibles aux aléas économiques, elles fonctionnent davantage au projet « coup de cœur ».

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Mécénat de terrain

S’appuyant sur le modèle américain des community fondations, la Fondation de France abrite près de 900 fondations en France pour 10 milliards de dépenses. Engagée sur l’ensemble des causes touchant le territoire français, elle déploie le premier réseau régional de la philanthropie en France. La section Sud-Ouest couvre 7 départements en Nouvelle-Aquitaine (Gironde, Landes, Dordogne, Pyrénées-Atlantiques, Lot-et-Garonne, Charente, Charente-Maritime) et 8 en Occitanie. Pour l’année 2019, cette section abrite 40 fondations et 808 projets soutenus pour un budget de 9,3 millions d’euros consacrés à leur mise en œuvre. La Gironde consacrant 3,5 millions d’euros à elle-seule.

Mécénat. Les avantages fiscaux

66 % de réduction du montant du don sur l’impôt sur le revenu,

75 % de réduction sur l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière),

60 % de réduction sur l’impôt des sociétés (dans la limite de 5 pour mille du chiffre d’affaires).

« Les initiatives se déclinent de manière différente selon les régions », indique Béatrice Bausse, déléguée générale de la Fondation de France Sud-Ouest, « on agit en fonction du territoire. Il faut rendre notre action toujours plus lisible et plus visible. » Les actions développées par la Fondation sont multiples, et vont du partenariat d’entreprise à la création de fondation en fonction des appels à projet. « Le chef d’entreprise a changé de rôle », estime Béatrice Bausse, « il a un nouveau regard sur les actions d’intérêt général. Beaucoup d’entre elles nous ont sollicités pendant la Covid. Des propositions originales nous sont remontées. Il y a eu par exemple l’alliance avec l’AP-HP et l’Institut Pasteur. Il y a eu un appel aux dons pour le personnel soignant et la recherche, mais aussi pour toutes les personnes défavorisées. On a eu des entreprises qui nous ont accompagnés, des plus grandes aux plus petites TPE. À Bordeaux, il y a eu la création du foulard Petrusse pour la Fondation de France, avec un pourcentage sur chaque vente. Il y a eu aussi des dons très importants, des collectes, des partages. On a pu acheter des respirateurs pour le CHU, distribuer des tablettes pour l’éducation, pour les EHPAD. La réalité de la vie est sur ces petites actions. C’est tout un écosystème de philanthropie privée qu’il faut préserver. Il ne représente pas toujours des dons énormes, mais chacun prend sa part. » Les entreprises choisissent souvent un programme. Comme le souligne encore Béatrice Bausse, « nous avons un programme un peu particulier « Vendanges d’idées » sur le nord-Gironde et des partenaires locaux, Clairsienne, Johanes Boubée, qui nous accompagnent financièrement et dans l’animation de ce territoire. Chacun arrive avec sa casquette. » Certaines entreprises créent leur propre fondation, « c’est la forme la plus aboutie », reconnaît la déléguée générale, en ayant leur propre politique de redistribution. C’est le cas de la fondation Cassous à Mérignac (dans le bâtiment) ou encore la fondation Lune de miel, créées sur un territoire.

Les TPE et PME régionales représentent 96 % des entreprises mécènes

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L’année du covid

Les entreprises réagissent aussi en fonction de l’actualité. « On s’est mobilisé pour le Liban, il y a eu beaucoup de solidarité, de générosité », souligne Béatrice Bausse, qui remarque par ailleurs que depuis quelques années c’est l’univers du social, des solidarités et de l’environnement qui mobilisent le plus les donateurs. Dans le contexte de crise actuelle, les mécènes ont une perception accrue de la nécessité de leur engagement. Mais comme le fait remarquer un rapport d’Admical, cette volonté est contrariée par la pression croissante des contraintes financières qui pèsent sur les entreprises. Pour 2021, les trois quarts des entreprises prévoient de stabiliser le budget qu’elles consacrent au mécénat. Mais près de 9 sur 10 alertent sur le fait que leurs actions pourraient être impactées par la crise. D’ores et déjà, 14 % d’entre elles estiment qu’elles seront dans l’obligation de réduire leur engagement et 2 % de le supprimer complètement. Dès lors, certaines causes, comme le sport, pourraient se voir délaissées au profit du domaine social. Face au Covid 19, la Fondation de France a récolté quelque 32,5 millions d’euros, avec 112 000 donateurs et 740 actions déployées sur le terrain. « Dès le 24 mars, l’Alliance « Tous unis contre le virus » était initiée », expose Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France. Quatre axes ont structuré cette action : la recherche médicale ; l’aide aux plus vulnérables, le soutien aux soignants et celui aux associations. « Face à cette crise, les donateurs du Sud-Ouest se sont mobilisés », déclare Béatrice Bausse.

Mécénat. Les bénéficiaires

La culture 56 %

Le patrimoine 26 % La santé 25 % Le social 22 %

L’environnement 13 %

« Quant aux associations, elles ont dû faire preuve d’agilité pour s’adapter et faire face aux besoins aggravés. » Des problèmes se sont révélés pendant cette période.

« On a travaillé sur l’alimentation, le suivi pédagogique », précise la déléguée générale Sud-Ouest. La Fondation de France a lancé des programmes d’intervention sur des problématiques. Les entreprises sont intéressées par le mécénat qu’elles en fassent ou pas.

« Il faut être dans la réalité de la vie. »

Le chef d’entreprise a changé de rôle et a un regard sur les actions d’intérêt général