Couverture du journal du 28/09/2022 Consulter le journal

Lourdes, le temps du renouveau

Très durement impactée par la crise sanitaire, avec une baisse de fréquentation de 90 % en 2020 et 80 % en 2021, Lourdes est parvenue à maintenir la tête hors de l’eau grâce à un Plan de relance spécifique mobilisé sur ces deux dernières années. Un soutien à l’économie lourdaise à court terme qui a ouvert la voie à un projet de transformation en profondeur de la destination d’ici 2030. Dans ce contexte, Thierry Lavit, maire de la Cité mariale depuis 2020, dépeint le Lourdes de demain.

Lourdes

© Lilian Cazabet

Thierry Lavit, maire de Lourdes

Thierry Lavit, maire de Lourdes © Lilian Cazabet

La Vie Economique : Le « Plan d’Avenir pour Lourdes » a été lancé en début d’année, à la suite du Plan de relance et des 176 millions d’euros mobilisés par l’État et ses opérateurs en 2020 et 2021. Cette crise sanitaire très violente pour Lourdes a-t-elle été une sorte de « déclencheur » ?

Thierry Lavit : « Avec le Covid, le système économique lourdais mono-segmenté s’est effondré. Cette crise est une opportunité historique de propulser dans le monde moderne Lourdes, qui est aujourd’hui une ville endormie avec un profil gris. 2020 est la première année du nouveau siècle pour Lourdes : il faut l’ouvrir alors qu’elle s’était refermée sur elle- même. Certes, le « Plan d’avenir pour Lourdes Ambition 2030 », qui prévoit un premier « reset » en 2025, propose une stratégie ambitieuse, mais elle est à la hauteur du potentiel de Lourdes et de son rôle structurant pour l’attractivité de tout le territoire. »

LVE : En quelques mots, quel est l’objectif de ce plan ?

T. L. : « Le Plan d’Avenir pour Lourdes (PAL) est un projet de territoire sur le long terme, identifié par la formule Lourdes cœur des Pyrénées, qui vise à reconnecter Lourdes aux Pyrénées en l’intégrant dans un concept global au sein de ce territoire, à restructurer la ville, mais également à changer l’image de Lourdes tout en gardant son rayonnement. Ce plan, ce sont 5 axes et 100 actions, parmi lesquelles plusieurs sont lancées et aboutiront en 2025, moyennant 100 millions d’euros dont 38 millions de l’État. »

LVE : L’axe 1 du PAL prévoit de conforter la position de leader de Lourdes sur le tourisme religieux. Le tourisme cultuel aurait-t-il besoin d’un coup de pouce ?

T.L. : « Les spécialistes pensent que nous allons perdre dans les prochaines années entre 800 000 et 1 million de pèlerins en fréquentation globale. À cause notamment du vieillissement des pèlerins, d’une certaine baisse de la religiosité et d’une peur inhérente au Covid. Le lead catholique doit servir l ’intérêt général. Il ne faut pas sortir du cultuel, mais le travailler, le compléter en élargissant le spectre, en étant pilote d’un projet d’interreligion et d’humanisme qui soit initié depuis Lourdes parce que c’est dans l’ADN de cette ville. Nous souhaitons passer de la ville des malades et des personnes en situation de handicap à la capitale mondiale de la fraternité.

Cette crise est une opportunité historique de propulser Lourdes dans le monde moderne

Il faut également configurer, consolider et penser différemment le fait de Lourdes. À titre d’exemple, le chemin de Bernadette Soubirous va être retravaillé et valorisé avec une signalétique durable et un jalonnement de clous en fonte et de spots lumineux, ainsi qu’avec un hologramme de Bernadette Soubirous. Il faut par ailleurs que le sanctuaire devienne culturel, et c’est en ce sens que nous allons essayer d’aller chercher le label Patrimoine mondial de l’Unesco… Il y a une phrase pour résumer ce que nous souhaitons mettre en place : le pèlerin doit devenir visiteur et le visiteur doit devenir pèlerin.

FACILITER L’ACCÈS À LOURDES GRÂCE AUX TRANSPORTS

La consolidation et le développement de la desserte de Lourdes est l’un des objectifs primordiaux pour la ville.

Du côté des bus d’abord, grâce à une promotion et une communication de l’offre de transports privés en autocars auprès des visiteurs et des socioprofessionnels et au réaménagement de la gare routière. En ce qui concerne le transport ferroviaire, l’ouverture du train de nuit Lourdes-Paris constitue une réelle opportunité pour la Cité mariale, malgré un temps de trajet de 10 heures. Par ailleurs, le Grand Projet Ferroviaire du Sud-Ouest, avec la perspective de réalisation de la branche de Dax, rapprochera également l’agglomération de Tarbes-Lourdes de l’ensemble du Sud-Ouest et de Paris. Enfin, et surtout, la desserte aérienne par l’aéroport Tarbes-Lourdes-Pyrénées est déterminante pour la destination : la ligne Paris – Tarbes-Lourdes-Pyrénées vient d’être pérennisée dans le cadre du renouvellement du contrat à Obligation de Service Public, dont l’exploitation a été confiée à Volotea. Pour la saison 2022, l’aéroport TLP a identifié l’ouverture de 7 lignes ouvertes à l’année (Paris, Londres, Stanted, Bergame, Rome, Dublin, Malte et Charleroi). Pour la saison des pèlerinages, 4 lignes supplémentaires sont identifiées : Lisbonne, Cracovie, Bruxelles et Rome. Au total, plus de 400 000 personnes devraient transiter par l’aéroport pour l’année 2022. D’ici à 2025, l’aéroport a pour ambition d’ouvrir 3 lignes annuelles supplémentaires vers des destinations européennes et françaises.

LVE : Développer le pan culturel est l’une des ambitions fortes pour Lourdes, avec la construction notamment d’un palais des congrès pour 15 millions d’euros.

T.L. : « Culturel et sportif. Outre le chemin de Bernadette et l’ouverture du sanctuaire au plus grand nombre, le culturel s’appuie également sur des infrastructures, comme le futur Auditorium – Palais des Congrès des Pyrénées porté par la Communauté d’agglomération, outil essentiel dont la reconstruction débutera avant la fin de l’année. Nous garderons la façade, très représentative de l’architecture de Lourdes, et nous moderniserons ce bâtiment qui a plus de 50 ans. Il y a également dans les projets culturels la future Maison des Arts et de la Jeunesse. Côté sportif, il s’agit de faire de Lourdes un camp de base pour le vélo mais également les activités de pleine nature et une capitale du pyrénéisme. »

Le chemin de Bernadette Soubirous va être valorisé avec une signalétique durable, lumineuse et un hologramme !

LVE : De nombreux autres aménagements sont prévus parmi les actions annoncées pour requalifier et embellir le cœur de ville. Pouvez-vous en détailler quelques-unes ?

T.L. : « Les trois places centrales Marcadal, Champ commun et Peyramale vont être refaites, tout comme le parking Peyramale. Nous allons également créer les Halles gourmandes des Pyrénées, pour moderniser la halle historique. Moyennant une enveloppe de 50 millions d’euros, le quartier de l’Ophite sera déconstruit et ses 1 200 habitants seront relogés dans des pavillons. Concernant la friche de l’ancienne usine Toupnot (NDLR à l’abandon depuis un incendie en 2019), elle sera également déconstruite et transformée en un écoquartier comprenant 64 logements (…).

La reconstruction de l’auditorium-Palais des Congrès débutera en fin d’année 2022

Mais selon moi, le point stratégique, le symbole de ce projet politique, c’est la démolition et la reconstruction du pont Peyramale pour 5 millions d’euros qui précédera un réaménagement des berges du Gave. Bien entendu, je n’oublie pas la construction de la caserne des pompiers ou encore d’un centre de santé en lien avec la construction de l’hôpital commun Tarbes-Lourdes. Toute la réurbanisation de la ville et ses annexes permettront à Lourdes de recommencer à être attractive. Par ailleurs, c’est également une aide indirecte aux entreprises : la déconstruction de l’Ophite par exemple, c’est 19 millions d’euros. »

LVE : Une des actions prioritaires concerne le château fort, qui domine Lourdes. Tendrait-il à devenir le « phare » de Lourdes ?

T.L. : « En effet, juste en dessous de l’objectif « Lourdes cœur des Pyrénées », il y a l’objectif « Château cœur de Cité ». Cœur de Cité est le pivot de retournement du haut vers le bas de la ville et inversement. Je défends l’union sacrée haut et bas de ville et la fin de la dichotomie entre les deux. Et comment lier le bas et le haut ? En détruisant un pilier négatif qui est l’hôtel d’Anvers et en repensant la rue du Bourg qui deviendra la rue Made In Pyrénées, où seront installés des ateliers boutiques autour de la laine des Pyrénées notamment. Cette même rue du Bourg qui remonte jusqu’au château-fort de Lourdes, dont la rénovation nécessite un investissement de 14 millions d’euros sur dix ans. »

Selon moi, le point stratégique, c’est la démolition et la reconstruction du pont Peyramale qui précédera un réaménagement des berges du Gave

LVE : Ce plan prévoit un accompagnement auprès des acteurs socio-professionnels, notamment des hôteliers. Comment cela va-t-il se traduire concrètement ?

T.L. : « Avec 135 hôtels, nous sommes toujours la deuxième ville hôtelière de France en termes de capacité. Mais un chiffre fait mal : en juillet et août 2021, plus d’un million de visiteurs ont passé la porte du sanctuaire et seuls 12 % d’entre eux ont dormi à Lourdes. Cela sous-entend qu’il y a une vraie démarche qualité qui doit accompagner ce projet. Si on veut reconquérir du client, il va falloir upgrader nos performances d’hébergement, la qualité de la restauration etc. Il y a tout un travail à faire des hôteliers sur la nécessité de mettre leurs établissements en configuration moderne et de s’adapter à une grande diversité de clientèle. L’accompagnement des acteurs socio-professionnels annoncé dans le cadre du plan de relance sera poursuivi à travers le guichet unique partenarial de soutien et d’investissement, qui mobilisera l’ensemble des outils et financements au bénéfice des établissements de Lourdes dans la perspective de rendre possible leurs investissements. »

Si on veut reconquérir du client, il va falloir upgrader nos performances d’hébergement

LOURDES EN CHIFFRES

3e destination de pèlerinage catholique mondiale

Une moyenne de 3 à 4 millions de pèlerins chaque année avant la crise

2e ville hôtelière de France en termes de capacité

135 hôtels et 100 000 chambres d’hôtel

2,1 millions de nuitées en 2019

Avant la pandémie, 60 % de personnes séjournant à Lourdes étaient étrangères

563 commerces dont 149 commerces de piété

2 500 emplois saisonniers avant la crise

LVE : « La crise des saisonniers touche tout le monde en France. À Lourdes particulièrement, ils sont indispensables. Comment les attirer et les faire rester ? »

T.L. : « Il y a, déjà, des dispositifs de Pôle Emploi notamment, spécifiques à Lourdes, qui sont extraordinaires… Nous allons par ailleurs créer la Maison du Saisonnier pour accompagner au cas par cas les saisonniers en matière de logement, d’accès à l’emploi et d’ouverture de leurs droits et que les conditions soient réunies pour qu’ils puissent revenir. En prolongeant la saison sur dix mois, jusqu’en décembre comme nous le souhaitons, nous pourrions quasiment annualiser leur contrat ou tout du moins l’allonger. Nous diversifions également les modalités de recrutement, en développant notamment les groupements d’employeurs pour transformer un cumul d’activités ponctuelles en emploi stable, comme le fait déjà le groupement Gelpyvag. Et il y a bien entendu un levier qui est dans la main des hôteliers et restaurateurs : c’est le salaire… »

Lourdes

© Lilian Cazabet

LVE : Ce « Plan d’avenir pour Lourdes » est-il l’opération de la dernière chance ?

T. L. : « C’est un virage à ne pas manquer. Nous sommes dans le creux, nous remontons doucement. C’est maintenant qu’il faut poser des actions fortes. Le président de la République l’a dit face aux socio-professionnels le 21 juillet dernier lors de son passage à Lourdes : « investissez, c’est maintenant ». Nous faisons tous des erreurs mais l’essentiel n’est pas de dire « vous vous êtes trompés ». On tient compte du passé parce qu’il ne faut pas les renouveler, on respecte le devoir de mémoire, on respecte l’histoire qui nous a conduit là, mais on n’a pas le choix : il faut se projeter sur des enjeux modernes. Lourdes va repartir. »

Le pèlerin doit devenir visiteur et le visiteur doit devenir pèlerin

Lourdes

© Lilian Cazabet

PLAN D’AVENIR POUR LOURDES (PAL) : CINQ AXES POUR REPENSER LA DESTINATION

AXE 1 UNE AMBITION PARTAGÉE POUR LA DESTINATION LOURDES

Cet axe définit la stratégie et les choix de positionnement de la destination Lourdes. Il s’agit d’une part de conforter la position de leader de Lourdes sur le tourisme religieux en renouvelant et modernisant l’accueil de pèlerins et d’autre part d’attirer de nouveaux visiteurs en développant les activités associées à l’identité lourdaise. Il s’agit enfin de faire de Lourdes un camp de base pour des activités de pleine nature et une capitale du pyrénéisme.

AXE 2 UN PLAN DE TRANSFORMATION POUR UNE VILLE DURABLE :

Il s’agit d’engager, dans une logique de développement durable, un vaste programme de réhabilitation de la ville de Lourdes qui souffre d’une image urbaine très dégradée, ainsi qu’une réflexion urbanistique d’ensemble.

AXE 3 UNE NOUVELLE IMPULSION ÉCONOMIQUE

Cet axe regroupe les actions visant à accompagner les acteurs économiques (notamment les hôteliers et les commerces de piété) dans leurs projets de transformation et d’adaptation à l’évolution de la destination, tout en favorisant l’émergence de nouvelles activités économiques.

AXE 4 L’HUMAIN AU CŒUR DES PRÉOCCUPATIONS

Il s’agit de prendre en compte la singularité de la situation des travailleurs saisonniers lourdais, en favorisant l’évolution vers l’annualisation de l’activité, et en mettant en place les dispositifs d’accompagnement adaptés, notamment dans le domaine du logement.

AXE 5 DES LEVIERS POUR DÉVELOPPER L’ATTRACTIVITÉ DE LA DESTINATION

Les différents axes prévoient, d’une part, des mesures de communication et de commercialisation à conduire pour mener à bien la stratégie de diversification de la destination et, d’autre part, les modalités d’amélioration de la desserte en bus, en train et en avion de la ville.