Extinction des lumières vers 20 heures dans le bourg. L’ambiance devient un brin fantasmagorique. Les enfants cherchent une main, les adultes leur téléphone. « Le premier réflexe, quand tout le monde est dans le noir, c’est l’inquiétude, les cris », raconte Jean-Philippe Ruguet, chargé de mission énergie au PNR des Landes de Gascogne. Mais très vite, « notre œil se met en mode nocturne ». Peu à peu, les silhouettes réapparaissent, on distingue mieux le chemin et les étoiles servent à s’orienter. « Il faut réapprendre à apprécier la nuit, à ne pas avoir peur du noir », résume Jean-Philippe Ruguet. C’est tout l’enjeu du Jour de la Nuit.
De la balade sensorielle aux contes
Pour cette 11e édition dans les Landes et en Gironde, les petits groupes passent de l’écoute de la faune à l’observation du ciel, de la balade sensorielle aux contes. Puis Émilie Olivier, alias « Martine Tarot », sort ses cartes. Cette « voyante de territoire » a enquêté auprès d’élus, techniciens, gendarmes avant d’en tirer un spectacle drôle et documenté. Le message est le même : la nuit a besoin de rester noire. Éclairer davantage consomme plus d’énergie et perturbe insectes, chauves-souris et déplacements de nombreuses espèces. « Ça crée des barrières, ça cisaille les territoires », explique le technicien. Les LED blanches accentuent ces perturbations.

©Yohan TERRAZA
Changer les pratiques
En 2015, le Parc travaille déjà avec les communes sur leur éclairage public, d’abord pour réduire les consommations d’énergie. La réflexion s’élargit à la pollution lumineuse et à la biodiversité. En 2020, il confie à un bureau d’études en astrophysique la cartographie de la lumière nocturne. Sur 900 km², entre Haute Lande et Gironde, la qualité du ciel est jugée « quasi exceptionnelle », avec des mesures comparables à celles du Pic du Midi. Villages espacés, faible densité et éclairage concentré dans les bourgs limitent les halos lumineux.

Martine Tarot, voyante et détective, de la compagnie Midi à l’Ouest © SébastienCARLIER
Réserve internationale de ciel étoilé
Ces résultats servent de base au projet de Réserve internationale de ciel étoilé. Le Parc, les communes et les syndicats d’énergie s’accordent sur un cahier des charges pour faire évoluer l’éclairage public. Les 53 communes du Parc s’engagent dans cette démarche, rejointes par 29 collectivités voisines, notamment autour du bassin d’Arcachon, comme Lège-Cap-Ferret, Arès ou Andernos. La lumière ne doit plus partir vers le ciel, la puissance est limitée à 20 lumens par m², contre 35 dans la réglementation nationale et des teintes plus orangées remplacent progressivement les lumières blanches. Bélis fait partie des communes les plus avancées dans cette transformation. L’objectif est d’étendre ces principes à l’ensemble de la réserve dans les dix ans.
Cette démarche de protection, ajoutée à la qualité exceptionnelle du ciel, aboutit en 2025 au label de Réserve internationale de ciel étoilé décerné par DarkSky. Une distinction encore rare en France qui ne compte que sept labels. C’est ce ciel préservé que le public pourra découvrir à Garein et à Belin-Béliet les 9 et 10 octobre. « Par nuit dégagée, jusqu’à 3 000 étoiles sont visibles à l’œil nu ». Avec l’Astro-club du Marsan, les participants apprendront à repérer constellations et planètes et à lire le ciel au fil des saisons. Il suffira de lever les yeux pour mesurer tout ce que la lumière nous avait peu à peu fait oublier.
« Par nuit dégagée, jusqu’à 3 000 étoiles sont visibles à l’œil nu »
Rens. : 05 57 71 99 99
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