Ce sont des lumières auxquelles personne ne fait attention. Et pour cause, « elles ne servent à rien… si tout va bien », sourit le directeur, Alain Boderiou. La précision est utile car ces éclairages de secours trouvent leur vocation quand un système principal tombe en panne. Les balises d’aéroport par exemple ne fonctionnent que si l’alimentation générale est coupée et que les groupes électrogènes sont hors-service. Et pourtant, cette troisième roue du carrosse a eu son utilité à Bangui (Centrafrique) il y a une dizaine d’années. « C’était l’assurance tous risques pour les avions qui se posaient. Ils savaient qu’avec les balises, ils allaient pouvoir redécoller. »
De Lourdes à Montauban via Paris
L’histoire d’Elaul a toutefois commencé loin de Bangui. Nous sommes en 1949 quand Joseph Laurent fonde sa société qui commercialise des produits électriques, avant de se lancer dans le petit électroménager. Alors basée à Lourdes, l’entreprise, qui accumule les succès, va migrer à Paris et s’établir boulevard Haussmann. Puis le groupe se scinde en deux : la partie électroménager devient propriété de SEB et la partie éclairage industriel va devenir indépendante, s’établissant à Montauban.
Mais, en 2006, Elaul se retrouve en dépôt de bilan. « Nous avons perdu beaucoup de marchés à l’export, notamment en Algérie », explique Alain Boderiou, entré cinq ans auparavant dans l’entreprise. Sept salariés vont alors décider de reprendre Elaul sous forme de société coopérative (SCOP). « On savait que pour survivre, il fallait recentrer l’activité », admet celui qui devient gérant de la nouvelle SCOP.
Made in France
Elaul va donc se spécialiser dans des produits plus robustes, plus durables. Car là où ses concurrents choisissent des batteries chinoises, Elaul fait marcher le dernier fabricant de batteries françaises. « On sélectionne des batteries au nickel cadmium alors que d’autres utilisent celles au plomb. L’avantage c’est qu’elles durent extrêmement longtemps, même sans être rechargées », explique le dirigeant. L’inconvénient repose sur les délais de fourniture. « On peut atteindre six à neuf mois sur certains composants. »
Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’établit justement à 1,3 million d’euros en 2025. Et l’année 2026 s’annonce tendue. « L’an passé on a fait – 6 % de chiffre d’affaires mais on a eu le renouvellement des lumières du Charles de Gaulle ». Le porte-avions est équipé de lampes de secours Elaul, un des nombreux clients estampillés défense du Montalbanais. « Toutes les forces armées sont parmi nos clients, tout comme NavalGroup pour les sous-marins. »

© Adrien Nowak – La Vie Economique
Clients prestigieux
Des clients prestigieux qui choisissent Elaul pour son savoir-faire. « On a 77 ans d’expérience et le bouche à oreille fonctionne bien ! », note le gérant qui souligne la réactivité de ses équipes mais aussi un côté un peu old school. « Nos chargeurs sont fabriqués à l’ancienne, avec des transfos, des condensateurs… Là où tous nos concurrents miniaturisent. C’est plus long à assembler, plus lourd et plus cher », annonce Alain Boderiou. « Mais j’ai des armoires des années quatre-vingt-dix qui fonctionnent encore ! Et puis on peut changer les pièces en cas de panne, on a un manuel, le client appelle et on gère ensemble. » Une démarche écoresponsable en quelque sorte.
Malgré tout, le gérant de la SCOP affiche une confiance limitée dans l’avenir. « Le marché est asiatique, on ne peut être que suiveur ou décalé. On a choisi la seconde option. » Pour se démarquer encore, Elaul a racheté en 2022 la société rochelaise Abakx, spécialisée dans les blocs de sortie, ces lumières vertes de secours qu’on voit au-dessus des portes des bâtiments publics. « C’est une activité complémentaire et dont le chiffre d’affaires est moins variant que dans l’éclairage industriel », souligne le dirigeant. Une opération de croissance externe qui a fait grimper les effectifs à 10 collaborateurs dont 8 sont aujourd’hui sociétaires de la SCOP.
« On veut produire robuste et “made in France” dans un marché où quasiment tout vient de Chine »