Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Pays basque – Des bureaux Adaxis en Inde et aux USA

La start-up industrielle Adaxis, créée à Bayonne, commercialise à l’international son logiciel de transformation de robot industriel en imprimante 3D. Henri Bernard, l’un des quatre fondateurs, en détaille l’actualité et les projets dont une prochaine levée de fonds de 2 à 3 millions d’euros.

Guénolé Bras et Henri Bernard ©V.Biard

Guénolé Bras et Henri Bernard ©V.Biard

La Vie Economique : Où en êtes-vous du développement de votre société lancée début 2021 ?

Henri Bernard : « Nous sommes aujourd’hui 9 collaborateurs dans l’entreprise. Nous avons lancé la commercialisation de notre logiciel AdaOne en février et nous avons livré une trentaine de clients au Brésil, aux États-Unis, au Canada, en Inde, en Chine et un peu partout en Europe. Les retours du marché sont bons. »

LVE : A qui vendez-vous votre logiciel ?

H.B. : « A l’industrie manufacturière souhaitant transformer n’importe quel robot industriel en imprimante 3D. Dans l’industrie les robots sont utilisés pour déplacer des charges et l’impression 3D consiste à empiler de la matière pour créer des objets. Nous combinons les deux pour fabriquer des pièces de grande dimension en métal, en béton ou encore en polymère avec des volumes de plus de 10 mètres. On peut ainsi fabriquer des bateaux semi-rigides, des pales d’éoliennes, des pièces pour le bâtiment, des tuyaux pour l’industrie. »

LVE : Quelle est votre innovation ?

H.B. : « Il y a deux innovations : transformer le robot dans sa programmation et l’équiper d’une tête outil pour l’impression 3D. Nous intervenons uniquement sur la partie logicielle pour permettre à un robot équipé d’une tête d’impression de se mouvoir dans l’espace. Nous souhaitons contribuer à une industrie plus flexible et donc plus résiliente en aidant les entreprises à exploiter leurs moyens industriels et à se diversifier. Un robot pourra ainsi avoir plusieurs fonctions. On peut faire des gammes de fabrication plus petites, plus raisonnées, plus locales et qui répondent à la demande. Aujourd’hui, l’un des défis majeurs de l’industrie est de réduire les délais de fabrication. »

LVE : Avez-vous déposé un brevet pour votre logiciel ?

H.B. : « Le logiciel est protégé par le droit d’auteur et en termes de propriété intellectuelle l’approche d’Adaxis est de protéger au maximum son code source. C’est dans le développement informatique que l’on apporte quelque chose de nouveau. »

Nous proposons des alternatives dont les conséquences se verront sur le long terme

LVE : Votre logiciel peut piloter combien de modèles de robots ? Quel est le parc machines ?

H.B. : « C’est le parc machines mondial. Nous avons une approche agnostique permettant de travailler avec n’importe quel robot et n’importe quelle tête d’impression. Une entreprise peut même investir dans des robots d’occasion pour ensuite les utiliser avec notre logiciel qui s’adapte à tous les robots. Nous avons des librairies pour plus de 60 références de robots dans notre logiciel. Nous sommes compatibles avec 60 % des robots en activité et il y a 3,2 millions de robots actifs dans le monde. »

LVE : Quels sont vos projets immédiats ?

H.B. : « Nous espérons dépasser la centaine d’utilisateurs dans les 9 prochains mois. En plus de notre bureau de Göteborg ouvert avec nos associés suédois, nous avons ouvert un bureau en Inde en août et un bureau aux États-Unis début octobre. Nous gardons le développement en France en étoffant l’équipe et ces deux nouveaux bureaux internationaux auront pour mission de conseiller les industriels sur place. »

Une solution compatible avec 60% des robots en activité dans le monde

LVE : Après votre levée de fonds d’un million d’euros en janvier 2022, d’autres projets financiers ?

H.B. : « Nous préparons une levée de fonds pour début 2023 et nous sommes déjà en phase de discussion et de négociation avec des investisseurs. Le montant de cette levée de fonds serait de 2 à 3 millions d’euros. »

LVE : Et quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

H.B. : « C’est un nouveau marché et cela prend forcément du temps. Les développements dans l’industrie sont des programmes de 10 à 15 ans. Il faut aussi prendre en compte les questions de sécurité et de normes. Mais nous proposons des alternatives dont les conséquences se verront sur le long terme. »

Logiciel AdaOne

© Logiciel AdaOne

UNE COOPÉRATION FRANCO-SUÉDOISE POUR UNE AMBITION INTERNATIONALE

C’est lors d’un programme collaboratif européen impliquant la plateforme française Addimadour de Bayonne et l’institut de recherche suédois RISE que les Français Henri Bernard et Guénolé Bras, ingénieurs diplômés de l’ESTIA, ont rencontré les Suédois Emil Johansson et Vasan Churchill. Ensemble, ces experts de la robotique industrielle ont mis au point le logiciel AdaOne permettant de transformer un robot six-axes en imprimante 3D. Les volumes imprimables peuvent dépasser la dizaine de mètres cubes et ainsi permettre la production de pièces impossibles à fabriquer auparavant.

L’équipe franco-suédoise a créé sa société en janvier 2021 pour commercialiser la licence du logiciel AdaOne à 7 500 euros par an avec des mises à jour et un support technique. Les collectivités comme la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Agglomération Pays Basque soutiennent ce projet qui est récent lauréat du concours national i-Lab offrant jusqu’à 600 000 euros.