Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Périgueux – Toutes les couleurs de Mattotti

Auteur d’images, comme il se présente, l’artiste italien Lorenzo Mattotti présente à l’espace culturel François-Mitterrand deux séries de planches originales qui reflètent l’étendue de son talent. Une expo événement.

Mattotti

© SBT

L’exposition de cet artiste italien installé en France depuis 25 ans a débuté dans le cadre du 34e festival BD en Périgord, dont il était l’invité d’honneur, et se poursuit jusqu’au 22 décembre à l’espace culturel François-Mitterrand pour clore l’année du dessin du Département. La première série, réalisée au pinceau et à l’encre de Chine, Oltremai (outre jamais, album de 2013), stationne pour la première fois en France dans son intégralité ; l’autre est née lors de la crise sanitaire, Rituels intimes, éclatants de couleurs, traits jetés dans l’urgence, comme un hymne à l’amour.

De fanzine en film d’animation

Artiste multirécompensé, aux multiples facettes et pratiques (bande dessinée, peinture, dessin, affiche), Lorenzo Mattotti a étudié l’architecture et le graphisme avant de publier dans des fanzines dès 1975. Feux, chef- d’œuvre de la BD, le révèle au grand public en 1984. Son œuvre grandit entre figuration et abstraction, jouant avec les techniques, les thèmes et les supports, de couvertures pour The New Yorker au film d’animation (nomination aux César pour La fameuse invasion des ours en Sicile, en 2020).

Décloisonner les disciplines

Avec son accent exquis, il raconte que « tout a commencé avec Robert Crumb et la culture américaine des années 1960 : les nouveaux dessinateurs indépendants ont raconté des histoires personnelles ». La révolution des années 1970, avec Tardi et Mœbius, « interroge le langage et les lois du récit traditionnel comme la Nouvelle Vague bouscule ceux du cinéma ». La porte est dès lors ouverte pour placer le 9e art à hauteur des autres disciplines, avec une BD expérimentale « qui parlait à notre génération ». Les années 1980 sont une période fertile de grande liberté, d’ouverture et de fantaisie.

Rituels intimes, dessin au crayon de couleur et pastel © Lorenzo Mattotti

« Il suffit d’un papier et d’un crayon pour tout explorer alors que le cinéma mobilise une économie. » Et l’artiste de se réjouir de l’abolition des frontières entre illustration, art contemporain, peinture, bande dessinée.

Dans cette traversée d’un art et d’une époque, Mattotti s’est installé dans l’image « dont la force est d’être unique, pour ouvrir l’imaginaire du public », ce que montre cette exposition de dessins originaux grand format. « Je ne savais pas que j’avais tout cela en moi. Évidemment, il y a 40 ans d’expérience derrière, mes archives d’imaginaire et d’émotions. »