Couverture du journal du 07/05/2024 Le nouveau magazine

Près de Toulouse, la vigne recherche des parrains

À Pechbonnieu, à quelques kilomètres de Toulouse, Hélène Séguier veut faire revivre le Vigné des Granges en plantant plus de 1 000 nouveaux pieds d’ici deux ans. Elle propose à qui le souhaite de parrainer un cep moyennant une somme de 40 à 300 euros qui donne droit à divers avantages.

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Le Vigné des Granges © D.R.

« Le vin, c’est la terre » disait Louis de Funès dans « l’Aile ou la Cuisse » de Claude Zidi en 1976. Celle de Pechbonnieu est argileuse et produit un vin rare, à moins de 15 kilomètres du Capitole : le Vigné des Granges. « En Haute-Garonne, on parle de vigné car il s’agit de terres plutôt pauvres, dédiées à la viticulture. Chaque habitant avait sa petite parcelle et cultivait son vin maison » explique Hélène Séguier, dont les grands-parents possédaient un vigné en leur temps.

Depuis 1931

Originaire du Tarn, Hélène Séguier devient ingénieure agronome à l’école de Purpan à Toulouse. C’est en 2017 qu’elle a l’opportunité de reprendre le vigné de Pechbonnieu. « Cette vigne a été sauvegardée par la famille Pivato. Elle a été plantée en 1931 et exploitée pendant trois générations. » À l’époque, une centaine d’hectares de vignes recouvrent Pechbonnieu. Aujourd’hui, il ne reste plus que ce petit pré carré de 2 500 m² duquel Hélène Séguier parvient à tirer 250 bouteilles de Vigné des Granges chaque année.

D’abord locataire du terrain, elle en devient propriétaire cette année et décide de réhabiliter la vigne. « Il manque beaucoup de pieds qui sont morts et qui n’ont pas été remplacés. » L’objectif est donc d’en replanter 500 cette année puis 800 l’an prochain avant de s’attaquer à une nouvelle parcelle voisine d’ici deux ans. Ainsi, la production pourrait atteindre les 800 bouteilles d’ici 3 à 4 ans, quand les pieds prochainement plantés commenceront à donner du raisin.

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Hélène Séguier devant ses vignes © Maxime Fayolle

Adopte ta vigne

Pour atteindre son objectif, Hélène Séguier a lancé une campagne originale en proposant aux gens de devenir parrain d’un pied de vigne. « J’ai plusieurs formules qui vont de 40 à 300 euros » explique-t-elle. Mais la somme versée n’est pas un simple don, il y a des contreparties. « D’abord, un certificat de parrainage et surtout des bouteilles de vin. Ça fonctionne sur le principe d’une box. » Par exemple, si vous choisissez la formule à 100 euros, vous recevrez 3 bouteilles dont une du Vigné des Granges. « Il n’y a que comme cela que vous pourrez en boire, je n’ai que 600 bouteilles en réserve », sourit la viticultrice.

Une trentaine de parrains se sont déjà mobilisés. « Les entreprises peuvent aussi parrainer la vigne. Vu que la parcelle est 100% bio et que nous sommes sur une action de conservation du patrimoine, cela peut faire partie des politiques RSE. » Une façon de favoriser la relance d’un vignoble à quelques encablures du centre-ville toulousain, dans un contexte d’urbanisation toujours grandissante.

C’est un vin rare ! Ce n’est pas un Gaillac, ni même un Fronton.

Plantation en novembre

« Le vin, c’est aussi le soleil » poursuivait De Funès, en expert gastronomique dans le film de Claude Zidi. Et sur ces sols argileux, baignés par la lumière chaude et permanente de l’exposition sud, une question s’est posée. Quels ceps replanter en plein réchauffement climatique ? « Pour l’instant, nous sommes encore dans un climat océanique. Cette année, il a beaucoup plu en juin et juillet ce qui nous a ramené le mildiou » déplore Hélène Séguier. Son choix s’est donc porté sur des cépages résistants aux maladies. « Pour le moment, je n’ai pas sélectionné beaucoup de cépage méditerranéen car ce n’est pas encore le climat d’ici, mais ça pourrait le devenir. » Il faut aussi varier, alors que les pieds en haut de la pente souffrent de la chaleur, quand ceux du bas craignent l’humidité. « On fait des essais en permanence » explique la viticultrice. « Maintenant, on va planter en novembre, espérer que les pieds prennent bien, qu’ils passent l’été prochain et surtout que les chevreuils ne les mangent pas ! »

Le vin final sera un savoureux mélange de ceps récents et de pieds plantés en 1931. « Il ne ressemble à aucun autre vin ! » s’extasie la propriétaire des lieux. « Ce n’est pas un Gaillac, ni même un Fronton. On dirait presque plus un vin de Bourgogne, vif et léger. »

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Un cep du vigné des Granges © Maxime Fayolle

Un projet qui peut faire des petits

Si Hélène Séguier mise sur ses box et ses parrains pour relancer le vigné de Pechbonnieu, elle espère aussi que d’autres petites parcelles puissent suivre son chemin. « Pechbonnieu est un laboratoire, mais je suis preneuse de contacts de personnes qui voudraient confier leur petite vigne plutôt que l’arracher. » Histoire que la tradition de ces vignés du sud-ouest se perpétue dans le temps. « On est les derniers des Mohicans en quelque sorte ! Ça donne de la valeur à ce vin unique qu’on produit grâce à des vignes plantées par des gens qui sont au cimetière aujourd’hui. C’est fou quand on y pense ! Le vin, c’est avant tout un rapport au temps et à la patience ! » Une citation que n’aurait probablement pas renié le couple Zidi – De Funès.