Couverture du journal du 05/10/2022 Consulter le journal

Professions comptables : entretien avec Guillaume Tater, président du CEECA

Le CEECA, centre de formation des experts-comptables et des commissaires aux comptes de Nouvelle-Aquitaine, vient d’être certifié Qualiopi. Une reconnaissance essentielle pour cet organisme stratégique plus que jamais. Son président, Guillaume Tater, également dirigeant du cabinet Navellis à Agen-Boé, détaille pour nous les enjeux et mutations que vivent les professions comptables dans un contexte économique incertain.

Guillaume Tater, président CEECA

Guillaume Tater, président CEECA © Julien Domec

La Vie Economique : Vous êtes donc président du CEECA Nouvelle-Aquitaine, centre de formation des experts-comptables et commissaires aux comptes. Pouvez-vous nous rappeler comment fonctionne actuellement le CEECA au niveau de la grande région ?

Guillaume TATER : « Dans la continuité de la fusion des trois régions ordinales, nous avons procédé à la fusion des 3 centres de formation de la région. Nous sommes devenus un seul centre de formation depuis le 1er janvier 2021 avec 3 établissements situés à Bordeaux, Limoges et Niort. Nous maintenons nos formations sur tous les sites afin de faire perdurer notre proximité avec mes confrères. En ce qui concerne la gouvernance du CEECA, un Conseil d’administration composé de 13 membres représentant les institutions fondatrices du CEECA élisent un bureau ayant pour mission de gérer le CEECA au quotidien. Ces administrateurs ont bien voulu me confier la présidence, et je les en remercie, avec comme objectif de développer les activités du CEECA sur l’ensemble des territoires.

Cette mission ne pourrait être menée à bien sans l’équipe de permanents, entourés de 200 intervenants animant des formations, chacun dans leur spécialité, à raison de quelques jours par an. Nous avons mis en place 4 comités pédagogiques territoriaux (Bordeaux/Agen, Limoges, Niort, Pau/ Bayonne/Dax) dans lesquels se croisent managers et intervenants afin d’être proche des cabinets et détecter leurs attentes sur le terrain. Notre catalogue de formation et de services est ainsi principalement élaboré sur la base de cette « écoute terrain ».

Notre catalogue de formations et services est élaboré sur la base de l’écoute terrain

LVE : Dans ce monde de plus en plus incertain, qui plus est en période Covid, la profession d’expert-comptable est non seulement plus que jamais stratégique mais aussi en mutation. Comment le CEECA aborde-t-il les problématiques qui se posent à votre profession du chiffre ?

G.T. : « La mutation des métiers de l’expertise comptable se caractérise par 4 éléments :

  • La numérisation des données ayant pour effet de réduire les tâches matérielles d’enregistrement. Le point culminant sera le passage obligatoire pour toutes les entreprises à la facture électronique.
  • Une orientation des activités de l’expertise comptable vers des missions de conseil et d’accompagnement plus régulières induites par les incertitudes grandissantes pour les chefs d’entreprise.
  • Une nécessité de mieux manager des organisations de cabinet qui sont en croissance en termes d’effectifs et d’activités, suite à des regroupements, et à l’émergence de spécialités.
  • Un besoin de nouvelles ressources humaines aptes à accompagner les mutations des modèles économiques et les entreprises dans tous les secteurs d’activité.

Les cabinets d’expertise comptable resteront par ailleurs, le partenaire privilégié de l’État pour déclarer ou contrôler les assiettes fiscales des différents impôts. Tous ces éléments auront pour effet rapidement de repenser le rôle des collaborateurs au sein des cabinets et les engagera vers une nouvelle approche du métier et des fonctions : moins d’enregistrement, plus de contrôles des process, plus de conseils à donner aux clients, plus de phases relationnelles dans le service rendu aux entreprises et donc un besoin plus important dans ce qu’on appelle les « soft skills ».

Concrètement, nous réalisons depuis plusieurs années une veille professionnelle qui s’appuie sur des études régulières des comportements, des stratégies dans les cabinets et le contexte de leurs métiers. Nous proposons des séquences d’information et de discussions avec les cabinets par des visites régulières effectuées par nos conseillers.

Ainsi, nous développons des activités de consulting en RH : des audits d’organisation, des projections sur les fonctions et organigrammes, mais aussi en aidant les cabinets à mieux suivre leurs équipes et élaborer leur plan de formation. Nous prolongeons enfin nos services vers des parcours d’intégration de nouveaux collaborateurs ou d’évolution en interne des équipes dans cette phase de recherche de nouveaux talents et de nouvelles compétences. »

Depuis novembre, nous proposons aux experts-comptables des sessions régulières sur la facture électronique

LVE : Parmi les thématiques majeures, il y a la facture électronique. Comment accompagnez-vous les professionnels et comment ceux-ci se préparent-ils ?

G.T. : « Nous proposons depuis 4 ans des programmes qui s’ajustent chaque année aux différentes échéances qui nous amèneront à la facture électronique généralisée.

Par exemple, nous avons diffusé régulièrement des sessions autour du contrôle des FEC et du contrôle fiscal sur des comptabilités dématérialisées. Nous passons actuellement   aux   questions   de la PAF (Piste d’Audit Fiable), aux questions de cybersécurité et de RGPD. Parallèlement les cabinets investissent sur des nouveaux outils de dématérialisation de la comptabilité et investissent en interne sur de nouvelles méthodes de travail et d’échanges avec leurs clients. La question pour eux est d’utiliser cette phase pour proposer de nouveaux services à leurs clients. Cela impacte leur réflexion sur leur stratégie de développement de services.

Depuis novembre, nous leur proposons des sessions régulières sur la facture électronique : nous sommes dans une phase explicative qui sera suivie ensuite d’une phase de mise en place au sein des cabinets. Un label de référent « facture électronique » est proposé depuis fin 2021 sur l’initiative du Conseil Supérieur de l’Ordre (CSO). Nous avons été choisis pour former les experts-comptables et les collaborateurs qui veulent obtenir ce label. Il leur permet à la fois d’être des référents internes aux cabinets mais aussi de pouvoir proposer un accompagnement concret aux entreprises qui veulent passer dès maintenant à la facture électronique. »

LVE : Lors du dernier congrès national des experts-comptables qui s’est tenu à Bordeaux en octobre, le président Canesi a déclaré : « le conseil, c’est nous ». Qu’en pensez-vous ? L’avenir des experts-comptables passe-t-il par le conseil aux entreprises ?

G.T. : « Ce qui importe, c’est de savoir de quel conseil on parle. Toutes les professions revendiquent aujourd’hui des activités de conseil. Le marché du conseil est très grand et chaque profession peut tirer son épingle du jeu. Le conseil deviendra l’activité principale des cabinets dans la mesure où celui-ci répondra aux problématiques des organisations et des dirigeants :

  • Réfléchir, développer et mettre en œuvre une stratégie qui s’adapte aux évolutions de leur secteur d’activité.
  • Mieux gérer le personnel (gestion administrative et sociale) et améliorer la gestion des ressources humaines (recrutement et gestion des compétences).
  • Améliorer les performances et la rentabilité des activités et mettre en place les indicateurs utiles à la prise de décision dans la gestion de production et la gestion financière de l’entreprise.
  • Définir les investissements utiles et assurer leur financement.
  • Veiller aux risques et menaces pour l’entreprise et aux conséquences en termes de défaillance potentielle.
  • Saisir les opportunités de rapprochement d’entreprises ou d’activités dans des conditions juridiques et financières viables et optimales.
  • Prévoir la transmission de l’entreprise et ses conséquences afin d’optimiser cette phase pour un dirigeant à la fin de sa carrière. Ainsi proposer une approche patrimoniale de la situation du chef d’entreprise tout au long de sa carrière.

LVE  :  Le CEECA a  été certifié Qualiopi récemment. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela représente et quels sont les avantages de cette certification ?

G.T. : « Cette certification fait suite à différentes certifications qui nous ont permis d’améliorer régulièrement l’organisation de notre centre de formation : ISO 9001, NF, OPQF, Datadock… et maintenant Qualiopi. Elle est obligatoire pour tout centre de formation qui souhaite que ses clients puissent bénéficier des fonds de formation collectés par l’État. L’objectif de l’État est de mieux contrôler les activités de formation qu’il finance sur la collecte de la taxe de formation professionnelle. Pour cela, il souhaite réduire considérablement le nombre de centres de formations reconnus : 75 000 centres étaient déclarés il y a deux ans en France pour 9 000 en Allemagne. L’État français veut limiter le nombre de centres de formation à 15 ou 20 000.

Le CEECA développe des activités de consulting en RH

Les critères de certification sont fondés principalement sur la cohérence du choix de nos ressources pédagogiques et logistiques au regard des besoins des participants et la qualité des prestations en mesurant les acquis des participants, ce qui est assez complexe. Pour nous, c’est l’opportunité d’une reconnaissance de la qualité de notre organisation. Ainsi, de nombreux formateurs   indépendants de qualité se rapprochent de nous pour bénéficier de cette organisation. C’est aussi une façon de maintenir une forte exigence auprès de nos équipes sur leur engagement au sens positif du terme. D’ailleurs, nos collaborateurs se reconnaissent dans cette démarche et sont fiers de cette certification qui valorise leur travail. Enfin, c’est une garantie pour les cabinets que nous leur proposons le meilleur de nous-mêmes. »

LVE : Depuis 2 ans, le monde connaît une crise sanitaire sans précédent, avec des soubresauts et des répits qui évidemment chamboulent aussi l’économie. A l’aube de cette nouvelle année 2022 marquée par une 6e vague du Covid, comment percevez-vous la situation des entreprises et comment les accompagnez-vous ?

G.T. : « Depuis le début de la pandémie, l’État a mis en place un certain nombre de mesures afin de permettre aux entreprises de ne pas sombrer telles que les PGE, Aides COVID… Toute notre profession s’est mobilisée pour accompagner les chefs d’entreprise pendant cette période compliquée. Les entreprises sont encore marquées par les fermetures et les caractères d’essentiels ou non essentiels. La pandémie ayant la volonté de perdurer en ce début d’année, le gouvernement vient de faire des annonces pour reporter les PGE pour certaines entreprises en difficulté. Notre profession sera toujours là pour accompagner les entreprises et les aider à trouver des solutions en cas de crise de trésorerie.

Je pense que 2022 sera une année charnière car les PGE vont devoir être remboursés et j’espère que les pénuries de matières premières constatées depuis quelques mois vont s’amenuiser.

Certains secteurs d’activité tels que la restauration et le loisir font l’objet d’une pénurie de main-d’œuvre qu’il faudra juguler rapidement afin que l’activité puisse reprendre normalement dès que les conditions sanitaires le permettront. Je crains que les défaillances d’entreprises reprennent également en 2022 et à nous d’anticiper les difficultés avec nos clients. »

LVE : Malgré un contexte anxiogène, y a-t-il selon vous des signes d’optimisme et des sources d’opportunités pour les entreprises ?

G.T. : « Je suis d’un naturel optimiste et je pense que le meilleur est à venir. Il est clair qu’il y aura un avant et un après pandémie et que le meilleur reste à venir. Lincoln disait : « Le meilleur moyen de prédire votre avenir, c’est de le créer ». Cette philosophie est très proche du moral des chefs d’entreprises qui ont subi les effets de la pandémie tant d’un point de vue économique, humain et moral. Avoir subi tout ceci a fait que beaucoup se sont adaptés, réinventés, ont changé leur vision du management et de la vie. Cette capacité d’adaptation qui fait la force des entrepreneurs me laisse effectivement très optimiste sur le futur. Nous constatons que l’activité reprend et certains secteurs sont même en surchauffe. »

Nous constatons que l’activité reprend et certains secteurs sont même en surchauffe

LVE : Vous avez créé votre propre cabinet Navellis en 2018 à Boé. Quelles sont vos missions et pouvez-vous nous dire vos perspectives de développement pour 2022 ?

G.T. : « J’ai créé Navellis en 2018 à la suite de mon départ d’un groupe régional pour m’installer seul avec 3 de mes collaborateurs. En un peu plus de 3 années d’exercice, mon activité s’est bien développée et je viens de recruter mon 7e collaborateur. Les missions exercées au sein de Navellis sont les missions classiques d’expertise comptable (comptabilité, fiscalité et social) mais je m’efforce de proposer un service d’accompagnement le plus complet possible. En effet, ma clientèle est composée essentiellement d’artisans et de PME-TPE, et chacun d’entre eux ayant des problématiques différentes, je me dois donc d’adapter mon suivi et mes conseils à chacun.

Ma stratégie est de me servir des comptes annuels afin de proposer des conseils les plus pertinents et ainsi permettre, aux chefs d’entreprise, d’anticiper et de prendre des décisions en pleine connaissance. Concernant l’avenir, je souhaite pouvoir perdurer dans la stratégie de numérisation et digitalisation de mon activité afin de permettre de restituer des informations pertinentes le plus rapidement possible et passer le plus de temps possible à accompagner les chefs d’entreprise.

Je suis actuellement une formation sur le conseil patrimonial auprès de l’AUREP afin de pouvoir suivre mes clients dans leurs développements et stratégies patrimoniales. Ce diplôme me permettra de mieux appréhender les vicissitudes de la vie de mes clients et de les conseiller au mieux dans leurs acquisitions, placements et transmissions. En revanche, cet accompagnement s’effectuera toujours en relation avec d’autres professionnels de la gestion de patrimoine en qui j’ai confiance. Je crois beaucoup en l’interprofessionnalité et les personnes avec lesquelles je travaille me ressemblent et ont la même philosophie ; ce qui est un avantage lorsque nous travaillons pour mes clients. Quant à mes résolutions et philosophie de vie pour l’année 2022 et les autres, elles se résument en quelques mots : Vivre, Aimer, Profiter. »

Bruno Gratian directeur du CEECA

Bruno Gratian, directeur du CEECA
© Atelier Gallien

Notre rôle sera surtout d’accompagner les cabinets dans une activité de conseil élargie

LES MISSIONS DU CEECA

L’organisme Centre d’Études des Experts-Comptables d’Aquitaine plus connu sous le nom de CEECA est au service des institutions de la profession (Ordre régional des Experts-Comptables et Compagnie Régionale des Commissaires aux comptes de Nouvelle-Aquitaine) mais aussi directement au service des cabinets de la région. Son activité est exclusivement dédiée à la profession comptable. La mission principale du CEECA est de proposer une offre de formation sur toute la Nouvelle-Aquitaine pour l’ensemble des dirigeants et de leurs collaborateurs, et qui réponde à leurs besoins en évolution de compétences. Ces besoins sont relatifs aux techniques juridiques, comptables, sociales, et fiscales qui font l’objet d’une actualité abondante, mais aussi qui concernent les questions de management des équipes, de méthodes de travail, d’organisation des missions et notamment pour l’accompagnement des entreprises et le conseil auprès des dirigeants. La transition numérique du métier fait également partie de ses missions. Enfin le CEECA assure, pour le compte des institutions, la formation des experts-comptables stagiaires. Enfin, la mutation des métiers et le regroupement des cabinets amène la structure à réaliser des missions d’audit et coaching pour aider les dirigeants à bien structurer leurs nouvelles organisations.

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