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Valoregen : le n°1 du plastique flexible recyclé

Le fondateur de Valoregen dirige l’un des plus gros sites européens de recyclage du plastique flexible en plein cœur du Lot-et-Garonne, à Damazan. Alors que les machines s’apprêtent à démarrer, Thierry Perez nous raconte les origines de ce projet et l’avenir d’un secteur devenu un enjeu de société.

Thierry Perez, fondateur de Valoregen

Thierry Perez, fondateur de Valoregen © Louis Piquemil - La Vie Economique

Alors que l’on entend le bruit des voitures qui passent sur l’autoroute Bordeaux-Toulouse à proximité, un panneau discret indique Valoregen devant un grand bâtiment industriel. Difficile d’imaginer que l’avenir de la filière du plastique flexible recyclé en France se joue à Damazan. Et pourtant, c’est un chef d’entreprise à la course qui nous accueille dans ses locaux. Thierry Perez, 57 printemps et une longue expérience dans le recyclage derrière lui (voir CV express), vit l’expérience d’un start-upper au four et au moulin pour son entreprise. Fin connaisseur du milieu méconnu et obscur de la gestion des déchets, il tient à mettre les choses au clair d’entrée : « Nous rachetons les déchets aux producteurs de déchets. Je suis un industriel de l’économie circulaire, pas un gestionnaire de déchets. Valoregen est une start-up industrielle de la décarbonation et de l ’économie circulaire du plastique ». Le cœur de l’activité de Valoregen est simple : récupérer des plastiques souples pour en faire des granulés qui peuvent être réutilisés en plastique recyclé (le recyclage mécanique) et produire de l’huile pour diminuer l’utilisation de plastique vierge issue du pétrole (le recyclage avancé). Valoregen est ainsi le seul site d’Europe à proposer ces 2 méthodes simultanément grâce à plusieurs brevets, réduisant drastiquement la production de rebuts.

Valoregen est une start-up industrielle de la décarbonation et de l’économie circulaire du plastique

UNE MISSION DE DÉFRICHEUR

Ici, un petit retour en arrière s’impose. Après les Grenelle de l’Environnement de Jean-Louis Borloo entre 2008 et 2010, le choix est fait du tout incinération pour les déchets, même plastique. Rapidement, plusieurs problématiques émergent : l’incinération participe à l’effet de serre, le taux de rebuts est important et il est difficile politiquement d’implanter des incinérateurs. Résultat quelques années plus tard : l’incinération est une impasse, il faut privilégier la méthanisation, les biodéchets et le recyclage. Mais la filière n’existe plus en France et notre pays est même au dernier rang européen pour ce qui est du recyclage du plastique. En 2018, Thierry Perez est alors directeur général chez Derichebourg quand on vient lui demander une chose aussi simple que délicate : faire émerger une solution de recyclage des plastiques souples dans l’Hexagone.

Valoregen

© Louis Piquemil – La Vie Economique

ENTRE BORDEAUX ET TOULOUSE

Thierry Perez est un homme de défi, il connaît les problématiques du recyclage du plastique pour avoir dirigé la société d’économie mixte Cycléa à la Réunion. Et au moment de choisir l’implantation du futur site industriel, un argument majeur a fait la décision : « On est venu en fonction d’une banane entre Rennes et Toulon qui était intéressante pour nous, vierge d’activité de recyclage et offrant un gisement de déchets subséquents. On n’était pas dans une zone d’influence de pays avancé sur le recyclage comme l’Allemagne, la Belgique ou les Pays-Bas. Ici, nous sommes entre Bordeaux et Toulouse, proche de l’autoroute, avec le lycée de Marmande qui forme à la plasturgie, sur une terre agricole maraîchère consommatrice de plastique. Au départ, on a regardé à Agen mais le projet n’a pas pu se faire. La rencontre avec Jacques Bilirit, président de Valorizon, a été déterminante. Et comme Madame Perez est originaire du Lot-et-Garonne, les choses s’expliquent assez vite ». Pour Thierry Perez, originaire des Landes et plus particulièrement d’Hagetmau, l’implantation dans le Sud-Ouest fait également sens.

150 CV POUR UN POSTE

Et quand l’on évoque les difficultés pour entreprendre à la campagne, le Landais est catégorique : « je suis un fervent défenseur de l’implantation en milieu rural. Les élus locaux interviennent avec leurs moyens : ils essayent de faire du développement économique avec des moyens plus limités que les métropoles. Cela offre des avantages car certains talents veulent quitter les métropoles. Mais il y a aussi des problématiques d’hébergement, de transport en commun et l’offre de commerces n’est pas la même. C’est un changement de vie. Dire que c’est facile : non, l’attractivité pour les cadres est un sujet. Sur la main-d’œuvre technique et les opérateurs, on a eu un poste à pourvoir et on a reçu 150 CV. On a une marque employeur qui a l’air de séduire. Pourquoi ? Parce qu’on est dans l’économie circulaire du plastique, parce que les gens ont envie de faire quelque chose pour la planète. On essaie d’imaginer le modèle de l’entreprise de demain. La promesse doit être tenue pour conserver nos compétences ».

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© Shutterstock

UN AVENIR SOUS CONTRAINTE

Lorsque l’on demande à Thierry Perez comment il voit l’avenir de son secteur, le chef d’entreprise prend une longue inspiration qui en dit long. Ce n’est pas pour rien que Dow Chemical, leader mondial américain du plastique a investi et noué un partenariat resserré avec Valoregen : les perspectives du marché mondial du plastique recyclé sont exponentielles. Des mega ou giga-factorys sont même annoncées par le Gouvernement avec des volumes énormes. Pourtant, le PDG de Valoregen ne peut s’empêcher d’évoquer les contraintes normatives qui pèsent déjà sur sa filière : « On ne pourra prouver la réalité de notre concept qu’après un premier cycle industriel. Notre temps de parole auprès des élus du Gouvernement et de l’Union européenne est très réduit et nous ne comprenons pas forcément les décisions prises. On nous annonce déjà des normes sur le plastique recyclé et l’huile en 2025 alors qu’on n’a pas commencé à en produire. Attendons, mettons à l’épreuve notre modèle et laissons-nous le temps d’écrire la feuille de route de notre filière avant de légiférer ».

Je suis un fervent défenseur de l’implantation en milieu

VALOREGEN : UN PROJET À BORDEAUX

Valoregen démarre à peine son activité en ce mois de novembre que son dirigeant fait déjà l’objet de sollicitations : « on doit être ouvert sur un port maritime, ce qui nous oriente vers la façade atlantique. C’est pour répondre à des sollicitations de capacité auxquelles on ne peut pas répondre aujourd’hui qu’on regarde d’autres solutions d’implantation. Au vu de la complexité en zone rurale d’intervenir avec de très grosses capacités, il faudra rejoindre des infrastructures d’accueil de projets de plus grande ampleur. Il est légitime que l’on regarde ailleurs car on ne pourra pas tout faire à Damazan au vu des volumes qui nous sont demandés. Si on va à Bordeaux, le recrutement sera plus facile mais l’environnement sera différent, alors on réfléchit ».

valoregen

© Valoregen

THIERRY PEREZ, CV EXPRESS

Né à Hagetmau (40) en 1967

Lycée technique, filière papier, à Aire-sur-l’Adour (40)

Années 90 : débuts dans l’industrie papetière dans le Pas-de-Calais (62)

2000 : diplôme d’ingénieur à l’EI CESI à Bordeaux

2001-2004 : consultant senior chez KPMG en audit, conseil et stratégie

2004 -2009 : directeur général chez Cycléa, recyclage du plastique sur l’île de la Réunion

2010-2016 : directeur des solutions clients à l’ANDRA, agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs

2016 -2018 : directeur général chez Derichebourg milieux sensibles (nucléaire, pétrochimie et pharmacie)

Depuis 2019 : président fondateur de Valoregen, industrie de recyclage des plastiques souples

VALOREGEN EN CHIFFRES

17 millions d’euros d’investissement

Production de 15 000 tonnes de granulés et 10 000 tonnes d’huile par an

Capacité maximale de 70 000 tonnes par an

Prévisionnel de 15 millions d’euros de chiffres d’affaires annuel (au démarrage)

42 salariés

VALOREGEN, UN MONTAGE FINANCIER COMPLEXE

On ne lance pas le plus gros site de recyclage de plastique de France uniquement avec de la bonne volonté et du cœur, une mise de fonds conséquente s’impose. Grâce à son réseau et à son expertise, Thierry Perez a réussi à réunir les fonds suivants:

– 2,1 millions d’euros du plan de relance qui porte sur le recyclage avancé

– 3,9 millions d’avance remboursable de la Région Nouvelle-Aquitaine

– Groupe Amundi, 1er fonds européen, filiale du Crédit agricole, fonds solidaire qui gère l’épargne salariale : 1,6 million d’euros.

– Crédit Agricole Nouvelle Aquitaine Expansion 0,2 M€

– GSO Innovation : 0,3 M€

– Dow Chemicals, client principal américain : prêt de 2 millions d’euros

– Pool bancaire avec un crédit-bail de 7,4 millions d’euros

– Total : enveloppe de 17 millions d’euros