D’aucuns disent que les opportunités ne se présentent jamais deux fois. Patrice Bélie, le PDG de Spherea, n’est pas de ceux-ci. Preuve en est du rachat officialisé en janvier par Spherea du Canadien Averna. Le rapprochement entre les deux entités avait en réalité débuté il y a plusieurs années. « On avait tenté l’opération avant le Covid mais tout s’est arrêté avec la pandémie. » Et lorsque les industries sont reparties, la donne avait changé. Spherea, plutôt axé aéronautique et défense, a mis du temps à sortir la tête de l’eau. Averna, au contraire, a connu une période faste. Le Canadien est en effet dédié aux tests dans le domaine médical ou encore pour les data centers.
Le yin et le yang
Mais à l’été 2024, les discussions reprennent dans le plus grand secret. « Averna et Spherea, c’est un peu le yin et le yang », résume Patrice Bélie. Deux spécialistes du test mais qui opèrent sur des marchés différents et des géographies distinctes. Une complémentarité qui fait sens pour un rachat. Ne restait « plus qu’à » finaliser le deal du point de vue financier. Une machine complexe car, classiquement, les opérations de croissance externe ne concernent pas deux entreprises de taille similaire. Or ici, Spherea (160 millions d’euros de chiffre d’affaires, 750 salariés) et Averna (120 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1 100 salariés) boxaient dans la même catégorie. « Heureusement, notre fonds Andera Partners a accompagné ce projet », se félicite le PDG de Spherea. L’actionnaire majoritaire a en effet créé un fonds de continuation de 200 millions d’euros pour financer ce rachat.
Digérer l’opération
Aujourd’hui, le groupe est donc présent dans 13 pays et a réduit sa dépendance aux marchés aéronautique et défense qui représentaient près de 80 % de son chiffre d’affaires. « Le Covid a souligné cette faiblesse. Ce sont des marchés importants et porteurs d’avenir mais nous ne voulions plus en dépendre », explique Patrice Bélie. Le rachat d’Averna ouvre désormais des portes nouvelles pour Spherea. « Nous sommes le leader indépendant du monde du test. Cela nous donne plus de moyens en R&D. Nous allons devenir plus performants avec nos propres produits », détaille le PDG. Mais le groupe va déjà devoir digérer ce rachat et réfléchir à une nouvelle façon de travailler ensemble. « L’objectif, c’est de créer des ponts entre certains savoir-faire d’Averna et les nôtres. »
500 millions de CA en 2030
Un avenir qui s’écrira encore avec des opérations de croissance externe, même si aucun projet n’est dans les tuyaux. « On veut aller sur des marchés où on n’est pas ou peu présents comme l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne. On peut se renforcer en Inde aussi », liste Patrice Bélie qui fixe un objectif « 500 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030. C’est ambitieux mais atteignable. » Pour porter cette croissance, Spherea s’appuiera évidemment sur l’aéronautique et la défense, des secteurs sur lesquels le groupe est à la pointe depuis 60 ans et les premières solutions de test pour le Concorde. Depuis, les équipements ont réduit en taille et permettent de tester tous les équipements d’un avion sur un seul banc. « Nos clients sont des mainteneurs, des fabricants d’équipements, des ensembliers… » liste le PDG de Spherea qui vise désormais un marché plus « caché ». « Il existe de nombreux grands groupes industriels qui gèrent ces phases de test en interne. C’est notre plus gros challenge. »

© Adrien Nowak – La Vie Economique
L’IA game changer
Pour cela, Spherea travaille sur son efficacité opérationnelle. « Si vous passez de 10 à 8 secondes sur certains tests en production, vous êtes le roi du pétrole », espère le PDG. L’IA va être un véritable game changer, notamment sur le codage des séquences de tests où des programmes de R&D s’appliquent à réduire les processus. La R&D collabore aussi sur les prochains programmes avions chez Airbus, notamment, avec le ZEROe à hydrogène mais aussi dans le domaine des eVTOL (avions à décollage et atterrissage vertical). « Notre ambition, c’est d’apporter la bonne solution de test à nos clients pour l’aviation décarbonée de demain. »
« Nous travaillons avec Airbus sur les tests du futur avion à hydrogène »