« C’est un peu notre Joconde à nous ! » Arnaud Mounier, le directeur général de la Cité de l’Espace, arbore un fier sourire au moment de révéler la maquette taille réelle de Mona Luna. Le véhicule lunaire fabriqué par la société monégasque Venturi Space a pour ambition de se poser sur la Lune en 2030 pour la première mission européenne. Celle-ci sera menée avec Ariane 6 et grâce à l’alunisseur Argonaut, actuellement en cours de fabrication.
Flip et Flex en précurseurs
Bien que pièce importante du dispositif lunaire européen, Venturi n’est pourtant pas une entreprise du New Space comme les autres. Elle s’est largement fait connaître depuis les années 80 dans le monde de l’automobile, et particulièrement depuis sa reprise par le Monégasque Gildo Pastor en 2000. C’est seulement en 2021 que Venturi s’est lancée à la conquête de l’espace en collaborant avec la NASA sur deux véhicules lunaires : le FLIP et le FLEX.
Le premier doit s’envoler dans l’espace pour la mission américaine Griffin-1 qui doit décoller au second semestre 2026. « Ce projet va nous permettre d’avoir les premiers retours sur expérience d’un rover parti sur la Lune », détaille Xavier Chevrin, directeur de Venturi Space France. Quant au second rover FLEX, il concourt pour la mission Artemis IV qui verra l’humain remettre le pied sur notre satellite naturel, en 2028. « Nous attendons le choix de la NASA car nous sommes parmi les trois finalistes », indique Xavier Chevrin.

© Venturi Space
Roues hyper-déformables
Sur ces deux missions, Venturi Space est à la baguette sur les roues hyper-déformables, les batteries et leur système de pilotage. « On ne maîtrise pas la totalité du projet, on envoie nos composants et c’est Astrolab qui intègre cela au rover. Mais de là est née l’envie de créer notre propre rover », explique Xavier Chevrin. C’est ici qu’entre en scène Mona Luna. Le véhicule lunaire conçu par Venturi Space pour l’Agence spatiale européenne (ESA) doit alunir pôle sud pour une mission prévue en 2030. Pour cela, le rover doit être prêt en 2029. « Nous sommes dans les temps d’autant que les roues, les batteries et le système de de pilotage sont déjà prêts », liste le directeur de Venturi Space France.
Une roue qui s’adapte aux reliefs lunaires
Des technologies complexes et poussées à leur paroxysme. Dans le cas des roues, c’est l’ingénieur Antonio Delfino, passé par la R&D de Michelin, qui les développe en Suisse. « La structure de la roue est tenue depuis le haut. Il n’y a donc aucune pression sur elle. Elle pourrait vous passer sur le pied que vous ne sentiriez rien » affirme Xavier Chevrin. Là où une roue de voiture affiche une pression de 2 à 3 bars, la roue du rover atteint 0,14 bar. « C’est comme si elle flottait ! » Surtout, cette roue s’adapte aux reliefs lunaires, sans crevaison et avec la capacité de porter 2 tonnes de charge utile à une vitesse de 15km/h. Une roue testée pendant 1 an sur une imitation de régolithe lunaire aux Etats-Unis. « La NASA nous impose de pouvoir tenir 5 000 km là où les rovers lunaires des missions Apollo n’en ont pas fait plus de 50 », résume le dirigeant.
La nuit lunaire
Autre contrainte de taille : la nuit lunaire. Au pôle sud, elle dure l’équivalent de 14 jours terrestres, avec des températures qui frôlent les -250°C. « L’idée c’est d’avoir des batteries qui permettent de tenir pendant la nuit et de pouvoir se recharger dès les premiers rayons du soleil », précise Xavier Chevrin. Les tests sont donc nombreux sur l’isolation thermique pour résister également aux radiations solaires qui frappent durement la Lune en journée.
Première pierre de l’usine toulousaine près du B612
La particularité de Venturi Space est aussi l’éclatement géographique lors de la fabrication des composants. Si les roues sont fabriquées en Suisse, les batteries le sont à Monaco et le système de pilotage (BMS : battery management system) le sera à Toulouse. C’est aussi dans la ville rose que Mona Luna sera entièrement assemblé dans une usine dont la première pierre va être posée dans les prochaines semaines sur une ancienne friche du quartier Toulouse Aerospace, près du B612. Un investissement de plus de 100 millions d’euros qui sera achevé d’ici deux ans et qui accueillera à terme près de 200 personnes sur 16 000 m² avec des technologies de pointe.

© Venturi Space
A terme, l’ambition de Venturi Space est de travailler également avec des acteurs privés désireux de réaliser des missions lunaires. « On peut imaginer un intérêt scientifique pour tester des molécules en micro-gravité pour des médicaments », estime Xavier Chevrin qui voit également plus loin. Car après la Lune, vient Mars. Là encore, les technologies inventées par Venturi peuvent être réutilisées pour des missions martiennes. Pour l’instant, les rovers présents sur la planète rouge ne peuvent rouler que quelques mètres par heure. « Venturi aime battre des records donc l’idée c’est de créer un rover qui aille plus vite. » Avec une batterie d’ingénieurs issus d’agences spatiales mais aussi de la Formule 1 pour certains, Venturi peut viser les étoiles.
« Nous investissons plus de 100 millions d’euros dans la construction de notre usine toulousaine »
Xavier Chevrin, l’aventurier devenu directeur
« Comment j’ai rencontré Gildo Pastor ? La réponse peut prendre une heure ! », s’amuse Xavier Chevrin. Toulousain, le dirigeant de Venturi Space France est avant tout un aventurier des temps modernes. A cheval, en ski ou en scooter électrique, il est en quête perpétuelle de défis. « Je voulais réaliser un trajet entre la France et la Chine en véhicule électrique mais mon constructeur m’a lâché. Alors j’ai pris contact avec Venturi et Gildo Pastor. » C’est ainsi qu’il réalise près de 15 000 km entre Shanghai et Paris avec un véhicule de Venturi suivis d’une traversée de l’Afrique de l’Est. Après l’endurance, c’est la vitesse que va conquérir Xavier Chevrin en prenant la tête de Venturi North America. En 2016, avec ses équipes, ils établissent un record pour un véhicule électrique avec une vitesse de 549 km/h avec la Venturi VBB-3. En vue de la création d’un rover européen, il prend la tête de Venturi Space France et boucle la boucle à Toulouse, où tout a commencé.