Travaillant historiquement avec des artisans, principalement des menuisiers, charpentiers et ébénistes, Ermacora a développé son portefeuille client en se tournant vers les industriels, les agriculteurs ou l’agroalimentaire. « Notre métier historique était d’entretenir, d’affûter les outils puis on a décidé de les vendre. Aujourd’hui, l’activité de conseil et de vente d’outillage électroportatif professionnel (machines, accessoires, consommables et équipements adaptés) a dépassé celle de l’affûtage », souligne Mathieu Ermacora, dirigeant de l’entreprise familiale qu’il a rejointe le 2 juin 2014, le jour de ses 25 ans.
Du bois au métal
De formation commerciale, il a rapidement compris qu’il était vital pour l’entreprise de s’ouvrir vers de nouveaux marchés. Il se tourne alors vers des fournisseurs importants et agrandit l’espace de vente pour accueillir de nouveaux outils ouverts à tous les artisans. En parallèle, l’atelier d’affûtage accueille de nouvelles machines numériques capables d’affûter, en plus des traditionnels outils bois, des lames carbures, des fraises scie, fers de rabot et dégauchisseuses, mèches, couteaux de broyeurs, rubans acier et stellite, lame en acier et divers équipements utilisés en atelier ou sur chantier. En se déplaçant chez les clients pour récupérer les outils à affûter, les commerciaux en profitent pour présenter les nouveaux services de l’entreprise. Le succès est au rendez-vous : « Notre atout, c’est la récurrence de l’entretien des outils avec plus d’une centaine de clients par semaine implantés dans un rayon de 100 km autour d’Agen. Nous sommes des indépendants et donc très flexibles pour proposer des prestations à la carte », ajoute le dirigeant de l’entreprise qui compte six salariés pour un chiffre d’affaires de 760 000 euros en 2025.
Nouveaux marchés
Une souplesse indispensable pour perpétuer un métier en voie de disparition. Le nombre d’ateliers d’affûtage en France est ainsi passé de 200 à moins de 160 en dix ans. Devenu seul affûteur sur sa zone, cinq ateliers ayant fermé leurs portes ces dernières années, Ermacora s’est tourné vers de nouveaux marchés comme la viticulture, un secteur qui fait face au manque de main-d’œuvre. « Nous avons des marchés pour l’entretien des lamiers d’élagage des bords de route qui représente environ 300 lames par an. Il y a aussi l’essor des broyeurs végétaux, on en fait chaque semaine. On veut maintenant se rapprocher de l’agroalimentaire », détaille Mathieu Ermacora dont l’entreprise est adhérente du syndicat national des affûteurs français (SNAFOT).
Solidarité entre affûteurs
Ce lien essentiel avec d’autres affûteurs permet de favoriser les échanges dans une profession où il est difficile de recruter. « La dernière école d’affûtage à Bagnères-de-Luchon, où s’est formé mon père, a fermé il y a cinq ou six ans ! Certains fabricants de machines proposent des formations, mais nous faisons beaucoup d’échanges de compétences entre affûteurs. On se déplace et on reçoit des confrères, le temps d’une journée, pour s’entraider », confie le dirigeant. Dans son atelier de Bon-Encontre, des anciens soudeurs, ou plombiers se sont reconvertis avec brio dans l’affûtage.

Mathieu Ermacora, dirigeant d’Ermacora © Mathieu Dal’Zovo – La Vie Economique
Un soutien décisif
La solidarité entre affûteurs a également été décisive dans l’histoire d’Ermacora. Entré comme commercial en 2014, Mathieu Ermacora s’est retrouvé dirigeant après le décès en 2020 de l’associé qui avait créé l’entreprise avec son père en 2001. Bien qu’ayant grandi dans l’atelier voisin du domicile familial, le jeune homme reconnaît sans détour qu’il n’avait pas les compétences techniques pour reprendre l’entreprise. Soutenu par ses salariés et les adhérents du syndicat des affûteurs venus le former sur place, il s’est « retroussé les manches » pour gérer l’activité et apprendre le métier. « Sans ce soutien, nous aurions dû fermer ! », concède Mathieu Ermacora en ajoutant que cette formation technique lui permet aujourd’hui de maîtriser totalement son commerce et sa production.
« On veut maintenant se rapprocher de l’agroalimentaire »