Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Agen : une économie au ralenti mais résiliente

Alors que les entrepreneurs sortent d’une année difficile et s’interrogent sur 2024, les dirigeants de la Banque de France ont livré à Agen leur analyse sur la santé des entreprises en Nouvelle-Aquitaine. Entre inquiétudes et motifs d’espoir, la conjoncture économique se montre pleine d'incertitudes.

économie Agen

© Julien Mivielle - La Vie Economique

La salle est comble et l’audience particulièrement attentive pour écouter les experts de la Banque de France délivrer leur analyse sur la situation économique du moment. Avec les résultats d’une enquête auprès de 3 600 entreprises de la région représentant 270 000 emplois, ils ne sont pas moins de trois à s’exprimer devant la centaine de chefs d’entreprise réunis : Valérie Dupas, directrice de la Banque de France en Lot-et-Garonne, François Savary, directeur régional adjoint et Guillaume Richet, chef de l’Observatoire des Entreprises. Un trio d’experts qui va répondre aux interrogations des personnes présentes pendant près de 2 heures.

Une épargne record

C’est le directeur régional adjoint de la Banque de France, François Savary, qui lance la matinée en toute franchise : « Le flou n’a jamais été aussi grand. L’aléa est le nouveau mot à la mode, que ce soit sur la consommation comme sur les investissements ». Pour illustrer ces propos, le taux d’épargne des ménages fin 2023 est de 17,5 % (contre une moyenne normale de 14 %), un pic très élevé digne d’une économie de crise. La conséquence directe pour les entreprises de cette forte thésaurisation est une consommation en berne et des investissements au ralenti. Côté bonnes nouvelles, l’inflation à 5,7 % en 2023 devrait chuter à 2,5 % en 2024 et la France ne devrait pas entrer en récession et maintenir une croissance, certes faible à 0,9 %. De plus, avec un taux de chômage toujours inférieur à 8 % jusqu’en 2025, le marché de l’emploi reste fluide et les chefs d’entreprise sont 40 % à ressentir des difficultés de recrutement. En conclusion de son intervention, François Savary se veut extrêmement prudent : « Si 2024 pourrait être l’année du début du rebond, 2025 devrait être la confirmation du rebond ».

 L’après-Covid est moins délicat que l’après-crise financière de 2008

La trésorerie des entreprises en question

Avant de laisser la parole à Guillaume Richet, chef de l’Observatoire des Entreprises à la Banque de France, le président du Medef 47, Jean-Luc Guéry, a fait part de son inquiétude quant à la baisse de la trésorerie des entreprises du territoire. Une remarque qui a fait consensus et a lancé l’intervention de Guillaume Richet : « Oui, les entreprises se sont endettées mais les marges demeurent et elles sont capables de rembourser. On a certes eu un accroissement des défaillances d’entreprises fin 2023 avec un total de 55 000, mais l’après-Covid est moins délicat que l’après-crise financière de 2008 ». En Nouvelle-Aquitaine, 75 % des factures sont payées à temps et la durée moyenne des retards de paiement est de 12 jours, contre 4 jours en Europe du Nord et 25 jours en Europe du Sud. Si les incertitudes macroéconomiques demeurent, le tissu productif français est donc résilient.

Le flou n’a jamais été aussi grand

économie Agen

© Julien Mivielle – La Vie Economique

Le bâtiment et les transports : un vrai sujet

C’est à la directrice départementale, Valérie Dupas, qu’est revenue la difficile tâche d’évoquer la situation délicate des entreprises de la construction et du transport. Alors que les services se maintiennent et que l’aéronautique est la véritable locomotive industrielle de la région, le bâtiment et les transporteurs souffrent. Amar Hocine, charpentier de profession, président de la Capeb 47 et vice-président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, ne pouvait que partager son constat de la chute des chantiers de logements neufs en même temps que la hausse du prix des matériaux. Les professionnels du gros œuvre sont les plus impactés avec un recul de 6 % et la baisse du chiffre d’affaires devrait se poursuivre en 2024. Devant cette situation inquiétante pour le secteur, des mesures d’ampleur sont sollicitées de la part des pouvoirs publics par les acteurs de la profession.

L’économie régionale en chiffres

Industrie : 4,3 % d’augmentation du CA (liée à la hausse des coûts), effectifs stables. Hausse prévue en 2024.

Services : croissance régulière du CA : 2,1 % et des effectifs : 2,2 %. Même trajectoire en 2024.

Bâtiment : proche de la stagnation du CA : 1,4 % et des effectifs : 1,2 %. Érosion prévue de l’activité en 2024 : -2 %.