Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Altela monte aux filets

Leader sur les filets de protection, Altela, basée à Séméac, est la seule à les fabriquer en France. Elle s’attaque à un nouveau marché qui vise l’Europe et va quadrupler sa surface pour l’atteindre.

© LilianCazabet-LaVieEconomique

Dans L’Art de la guerre, Sun Tzu est formel : tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. Que celle-ci soit commerciale n’y change rien et pour relever le combat qu’il s’est lancé, le dirigeant d’Altela, Pascal Claverie, a patiemment affûté ses armes. Un savoir-faire unique, des innovations, un leadership sur le marché national, une autonomie totale, tout est déjà en place pour qu’il se lance dans la bataille. Ce tout ne serait rien sans son équipe, les 34 salariés d’Altela marchant à ses côtés comme un seul homme. Le défi qu’ils s’apprêtent à relever est aussi le leur : « Aux jeunes, je ne vais pas leur dire « j’ai 60 ans, je n’en ai plus rien à faire, je ne veux pas avancer ». Il faut qu’ils puissent avoir des projets », souligne le chef d’entreprise. Les permis de construire sont déposés, les travaux vont commencer et, d’ici la fin de l’année, la société devrait s’étendre sur 6 000 m² pour atteindre son objectif : s’attaquer à la concurrence allemande et la prendre dans ses filets. Ça tombe bien, à Séméac, il s’en fabrique 3 millions de m² tous les ans.

De la pose à la fabrication

Pour comprendre la stratégie de Pascal Claverie, il faut plonger dans son milieu et remonter un peu le temps. Lorsqu’il fonde Altela en 1990, la société a pour vocation d’installer des filets de protection qui assurent la sécurité des ouvriers du bâtiment en cas de chute. Un changement de voie pour celui qui travaillait alors dans la toiture industrielle. Aussi souple que lourd, le produit demande une vraie technique et l’activité concentrée dans le sud de la France et le BTP marche plutôt bien. Alors que ses concurrents choisissent tous de délocaliser la fabrication de leurs filets, Pascal Claverie, qui ne faisait que les poser, prend le chemin inverse. En 2001, Altela mise sur l’autonomie en lançant sa propre unité de confection aux portes de Tarbes.

© LilianCazabet-LaVieEconomique

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Une stratégie de monopole

Avec des années de recul, cette décision de rester en France est imparable : aujourd’hui la plupart des concurrents ont disparu, noyés dans la gourmandise des sous-traitants, et elle est la seule dans l’Hexagone à les produire. Un atout indéniable qui lui a permis de voir plus loin et plus grand avec une stratégie et une patience de joueur d’échecs. Le rachat d’Applications de l’électrolyse, entreprise de Briare, spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques et de traitement de surface a été le premier coup avancé. Toutes les protections périphériques y sont réalisées et la toile Altela s’est très vite étendue avec le rachat de Delpichromelec spécialisée dans le chromage et l’argenture. En 2016, Agrispor rejoint ce qui est désormais un groupe solide et permet au chef d’entreprise d’installer son monopole en répondant aux besoins en sécurité de tous les secteurs, à savoir le BTP, le sport, l’agriculture, les parcs aventures, l’industrie ou encore l’environnement.

Altela fabrique pour l’ensemble du groupe

Groupe leader

La même année, Pascal Claverie fonde Locapose dans l’Essonne et complète ainsi son artillerie avec la location et la pose de filets destinés à l’Île-de-France : « Avec elle, on est vraiment orientés sur les interventions en hauteur et les travaux d’accès difficiles sur Paris », souligne le PDG. Les clients s’appellent la Tour Eiffel, le palais de Chaillot, le Panthéon, la RATP, la Samaritaine ; des grands hôtels aux monuments historiques, les filets fabriqués à Séméac rayonnent partout. Il faut dire que, dans ce monde cousu de fil blanc, le sémillant dirigeant a ajouté de la couleur et de l’innovation. Dans les ateliers des Hautes-Pyrénées, savoir-faire ancestral et dernière technologie se mêlent en suivant la même trame qui tresse et lace les filets sur mesure en polytexYam.

Innovation made in Séméac

C’est bien dans le 65 que se peaufine le nerf de la guerre, façonné par les petites mains qui jouent des navettes et les machines parfois uniques comme le tunnel autoclave qui rétrécit les mailles pour leur faire défier le temps : « Altela fabrique pour l’ensemble du groupe, c’est grâce à elle qu’on a pu développer tout un tas d’applications ». Le laboratoire joue un rôle majeur et tous les lots de filets y sont testés avant de partir avec un procès-verbal qui indique leur résistance dynamique, leur résistance à l’abrasion, à l’élongation… Et pas de surprise, c’est le niveau de résistance le plus élevé : « Nous avons participé à une nouvelle norme pour les filets ignifugés dans la masse et non par trempage. On est les seuls à avoir ce certificat. C’est grâce à lui par exemple qu’on a pu équiper la Tour Eiffel ». Et une petite particularité bien pyrénéenne, la couleur.

« On est les seuls à avoir ce certificat pour les filets ignifugés dans la masse. C’est grâce à lui qu’on a pu équiper la Tour Eiffel »

Une team soudée

Quand le devis des concurrents les présente d’un blanc qui plombe l’esthétique du monument, Altela les teint dans sa nuance pour les rendre invisibles et remporte le marché. Blancs, verts, rouges, jaunes, bleus pour les jeux et les parcs aventures, ces filets ignifugés dans la masse se payent même le luxe d’être exportés en Chine via Agrispor. Des anecdotes qui résument tout l’esprit de ce groupe indépendant et avant-gardiste jusqu’à sa gestion du temps : ici ce sont les employés qui fixent collectivement leurs propres horaires collectifs de travail tous les trimestres : « S’ils respectent le temps alloué pour réaliser leurs ordres de fabrication mensuels, ils ont une prime. Ce qui fait qu’on ne les surveille pas, ils sont autonomes ». Un esprit collaboratif et participatif qui fait partie des forces de la société où les problèmes de recrutement sont inexistants et l’esprit d’équipe aussi solide que les nœuds des mailles en surjet.

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À la conquête des filets tricotés

Si Altela a choisi de fabriquer des filets noués basés sur la résistance et la durée, depuis l’Allemagne c’est le filet tricoté qui inonde le marché européen. Plus cher et bien moins résistant, il trouve paradoxalement des débouchés plus importants. Son principal fabriquant affiche un monopole qui agace sensiblement le Tarbais qui va l’affronter sur son propre terrain : « J’ai bien l’intention d’aller leur faire les poches et leur piquer quelques millions, s’amuse Pascal Claverie. L’extension sert à ça, nous aussi on va fabriquer des filets tricotés et s’attaquer au marché européen. Pour nous, ça sera un nouveau débouché mais aussi l’occasion d’accroître l’utilisation de nos filets noués auprès des futurs clients ». Côté arguments, le prix s’impose, ils sont 30 % moins chers que les tricotés que le PDG prévoit d’écouler 20 % de moins que les fabricants tudesques.

Grâce à un état d’esprit collaboratif, les problèmes de recrutement sont inexistants chez Altela

4 fois plus grande

Un développement sous forme de véritable cheval de Troie et pour lequel l’entreprise Altela va être multipliée par 4, usine, machines et bureaux inclus. Dans les ateliers, on sent que le défi est de taille mais que tous veulent le relever. Inutile de penser qu’il ira de pair avec les heures supplémentaires, ce n’est pas le genre de la maison : « Tout le monde doit être capable de mener sa mission pendant les 7 heures de travail. Après ces heures, il y a une autre vie. Le bonheur ça compte, les gens avancent quand ils sont heureux, ils font des choses extraordinaires ». C’est bien ce que cette incroyable entreprise a l’intention de faire, une fois de plus.

© LilianCazabet-LaVieEconomique

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Altela en chiffres

Groupe de 5 entreprises : Altela, Locapose, Agrispor, Delpichromelec et Applications de l’électrolyse

CA global de 15 m € dont 5 M€ pour Altela

136 salariés au total

Développement des ateliers de Séméac de 1 600 m² à 6 000 m², investissement de 4,50 M€ dont 3 M€ pour les bâtiments et 1,50 M€ pour les machines

10 embauches immédiates