Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Anaten : rêves et réalité augmentés

Gwenaëlle Rialland a fondé à Tarbes une école d’animation, d’édition et de jeux vidéo devenue une référence. Déterminée et passionnée, cette chef d’entreprise atypique prépare l’ouverture d’un studio XR.

©LilianCazabet -La Vie Economique

Portée par la passion et une détermination hors-du-commun dans un parcours si dense, Gwenaëlle Rialland, la fondatrice de l’école de l’image et du numérique Anaten, n’a eu besoin que de deux choses : s’écouter et se faire confiance. Son aventure se poursuit avec brio : en 5 ans, l’établissement a trouvé ses élèves, sa renommée et répond à un vrai besoin, cinquante étudiants du Sud-Ouest y suivent leur formation.

Un parcours atypique

Dans les couloirs, l’ambiance est aussi créative que studieuse, ici, les nouvelles technologies rythment le quotidien. Programmation de jeux vidéo, narration par l’image traditionnelle ou digitale, spécialisation en 2D et 3D, édition, création d’applications interactives : si les diplômes sont académiques, l’esprit bien contemporain est résolument tourné vers demain. Une dizaine de professeurs réguliers assure les différents cours, un nombre qui grimpe à 17 avec les intervenants des masterclass… Rien ne différencie Anaten des autres établissements privés si ce n’est que Gwenaëlle Rialland l’a entièrement créé seule. La question qui brûle les lèvres est sans surprise, pourquoi donc avoir attendu si longtemps ? La Tarbaise l’a parfaitement analysé : « C’est peut-être une question de génération d’abord, à mon époque les femmes se lançaient moins facilement dans l’entrepreneuriat. De plus j’étais dyslexique, je manquais peut-être un peu de confiance en moi ». Des freins qui pèsent moins dans le monde associatif et culturel où Gwenaëlle Rialland s’est investie toute sa vie en créant structures et événements, sans entraves.

Art et tech

Alors que son cursus est concentré sur la filière pharmaceutique et recherche, on ne peut la détacher des arts plastiques : « Ma mère avait une galerie d’arts à Toulouse et faisait des ateliers à Tarbes, auxquels je participais. Je donnais des cours de dessin à 16 ans. Lorsque j’ai vu que mon orientation n’était pas bonne, j’ai fait les Beaux-Arts ». Une étape loin d’être anodine quand on connaît l’aboutissement. Dans une vie qui se déroule à Paris, la Tarbaise se consacre à sa famille et se passionne pour la micro-informatique qui se démocratise dans les années 80 : « J’ai suivi une formation. J’ai cherché une école d’animation, ça n’existait pas, c’était tôt ». De retour en Occitanie, elle donne des cours à Toulouse, se fait repérer par une école de cinéma et d’animation. Perspective, anatomie, modelage, couleurs, son bagage est le bon et une graine qui ne demande qu’à s’épanouir vient d’être plantée.

©Lilian Cazabet - La Vie Economique

©Lilian Cazabet – La Vie Economique

L’impulsion Pyrénées Mangas

La suite est limpide ou presque, de retour à Tarbes, Gwenaëlle Rialland crée l’association Pyrénées Mangas où la rencontre avec les professionnels et les lycéens s’avère déterminante : « Ils voulaient aller dans ce secteur d’activité mais c’était compliqué pour eux. Pouvoir proposer une école sur le territoire m’a paru une évidence ». En 2018, Anaten ouvre ses portes, les jeunes passionnés par le transmédia affluent immédiatement : « On a deux cursus, un pour les développeurs qu’on amène sur la réalité virtuelle et la réalité augmentée ainsi que sur deux moteurs de jeux. Ensuite on a les créatifs qui acquièrent les outils 2D et 3D. Ils étudient les logiciels et les techniques pendant 3 ans et peuvent s’attaquer à plusieurs médiums après ».

« Il y a des choses à faire et ce n’est pas parce qu’on est à Tarbes qu’on ne peut pas les faire »

Des projets à tous les niveaux

Aujourd’hui, cette impulsion folle fait des émules, deux jeunes qui ont développé un jeu de réalité augmentée sont en train de fonder un studio dans la capitale bigourdane et vont être accompagnés par Anaten. Des intervenants de l’école sont également en train d’en fonder un qui commercialisera un casque de réalité virtuelle et de réalité augmentée dans lequel l’école va investir. Deux projets parmi les nombreux qui se profilent entre ces murs où les idées fusent. En tête, c’est la XR qui occupe tous les esprits, la réalité étendue qui regroupe les diverses formes de réalités immersives : « C’est vraiment un créneau sur lequel notre école et nos élèves peuvent se positionner ».

Un studio XR

L’heure est au développement d’une application liée à l’évolution du territoire et au changement climatique mené avec Claire Lageyre, prof de motion design, et l’association Ecocene : « On va leur faire un outil qui permet que la vidéo défile suivant le temps et le codage pour qu’elle soit interactive devant la caméra ». Des actions qui permettent d’envisager la création d’un studio de production dédié XR et ce d’ici juin. Une dynamique inouïe qui pourrait faire de Tarbes une ville majeure dans ce domaine : « Il y a des choses à faire et ce n’est pas parce qu’on est ici qu’on ne peut pas les faire ». Gwenaëlle Rialland n’a pas fini de transformer ses rêves en réalité et c’est le plus bel exemple pour les jeunes d’Anaten.