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Bayonne – Les silos géants de Maïsica

Assurant 45,43 % des exportations du port de Bayonne, Maïsica atteste de l’activité du marché du maïs du Sud-Ouest. L'occasion aussi de revenir sur la longue histoire de cette céréale ramenée d’Amérique par Christophe Colomb.

Xavier Guihard Maisica

Xavier Guihard ©V.Biard – La Vie Economique

Hauts de 60 mètres, les silos de Maïsica dominent l’estuaire de l’Adour. Cette année, une centaine de vraquiers accostera aux 220 mètres de quai pour y embarquer environ 400 000 tonnes de maïs. Deux navires peuvent être chargés simultanément avec un record de 16 000 tonnes sur un seul bateau. Le maïs embarqué est produit par les groupes coopératifs agricoles Euralis du Béarn, Maïsadour des Landes, Lur Berri du Pays basque et Vivadour du Gers. Au tout début des années 60, ces quatre coopératives se sont associées à des négociants du Bassin de l’Adour pour créer Maïsica sous la forme d’une société d’intérêt collectif agricole (SICA). Pour exporter leur production par la voie maritime, trois silos d’une capacité de 100 000 tonnes de stockage ont été construits progressivement (1963, 1989 et 2000) sur le port de Bayonne.

Cultivé dans le Sud-Ouest depuis 400 ans

Livré par camions, le maïs y est pesé, identifié, séché si nécessaire, stocké de 15 jours à trois mois avant d’être chargé à bord de navires. « Le maïs est expédié essentiellement vers le nord de l’Europe pour fabriquer de l’amidon, de la nourriture animale, du whisky », explique Xavier Guihard, directeur de Maïsica. Avec 365 488 tonnes en 2023, le maïs a représenté 45,43 % des exportations du port de Bayonne. En France, toujours en 2023, la récolte de maïs s’est élevée à 12,5 millions de tonnes dont 40 % proviennent de surfaces cultivées en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. C’est donc un secteur d’activité capital pour le Sud-Ouest où le maïs est cultivé depuis 400 ans. Ramené d’Amérique par Christophe Colomb, le maïs s’est ensuite répandu partout où il pouvait être cultivé. Le Sud-Ouest est considéré comme le berceau de la culture du maïs en France.

Une céréale de seconde catégorie

Plus productif que le blé, peu sensible aux maladies, non soumis à la dîme alors que cet impôt ecclésiastique s’applique au blé, le maïs est adopté par les paysans. Cultivé dans leurs jardins, il est transformé en galettes, soupes, bouillies, parfois en pain. Le maïs est également utilisé pour l’alimentation animale : les feuilles pour le bétail, le grain pour les volailles, les canards et les cochons. La culture du maïs permet aux Français de faire face aux nombreuses disettes de la fin du XVIIIe siècle. Avec près de 700 000 ha en 1850, la culture du maïs est alors à son apogée en France. Mais peu à peu les rendements stagnent et les surfaces diminuent. Avec l’exode rural engagé à la fin du XIXe siècle puis les pertes humaines de la Première Guerre mondiale, la culture du maïs, essentiellement manuelle, manque de main-d’œuvre. Et comme la consommation alimentaire évolue, le maïs redevient une céréale secondaire et régionale.

©Maisica

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Le maïs hybride relance la production

Après la Première Guerre mondiale, la culture du maïs se concentre principalement dans les départements des Landes, des Basses Pyrénées (aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques), des Hautes-Pyrénées et de Haute-Garonne qui représentent alors la moitié des surfaces cultivées. À la même période aux États-Unis, les premières variétés hybrides sont cultivées et permettent des rendements beaucoup plus importants. Après la Seconde Guerre Mondiale, les hybrides américains sont testés dans le Sud-Ouest et croisés avec des variétés françaises pour les adapter au climat local. La production du maïs se réorganise et conduit notamment les coopératives agricoles du Bassin de l’Adour à créer Maïsica pour exporter leur production.

Production sécurisée mais nouvelles menaces

« Depuis dix ans, la production est stabilisée de 400 000 à 500 000 tonnes. Cela représente 40 000 à 50 000 hectares de surfaces de culture soit un peu plus de 1 000 exploitations », rapporte Xavier Guihard. Bien que sensible à la concurrence internationale et aux aléas climatiques, la filière de production du maïs du Bassin de l’Adour est pérenne selon lui. Avec un climat stable, des terres riches, un savoir-faire reconnu, un rendement en augmentation, la production est sécurisée. Mais avec le réchauffement climatique qui contribue au développement d’insectes nuisibles, l’évolution des contraintes réglementaires sanitaires, le manque d’eau, la hausse du prix de l’énergie, la culture du maïs fait face à de nouveaux défis.

Chiffres clés

365 488 tonnes de maïs exportées depuis Bayonne en 2023
12,5 millions de tonnes de maïs récoltées en France en 2023
40 % des surfaces cultivées du maïs français en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie