Couverture du journal du 22/09/2021 Consulter le journal

Coutellerie : entre tradition et innovation

La Fête du Couteau de Nontron trouve son origine dans la célébration du modèle de buis pyrogravé et d’acier réputé comme le plus vieux pliant de France : il a traversé le temps et l’espace avec de nouveaux designs et une ouverture à l’international.

CollectionBuis Coutellerie

© D .R.

C’est un authentique trésor artisanal qui a perduré au cours des siècles, depuis 1653, pour faire de Nontron l’une des places fortes de la coutellerie. L’image de ce modèle traditionnel, sur un marché haut de gamme, à forte identité, va parfaitement avec celle du Périgord et les touristes sont au rendez-vous pour contempler les gestes pratiqués dans l’atelier, visible depuis la boutique de la Coutellerie Nontronnaise qui reçoit jusqu’à 4 000 visiteurs au mois d’août.

Si les techniques de fabrication n’ont guère évolué, le modèle pliant avec virole bloquante et manche sabot étant toujours réalisé avec le buis de la région, des designers ont modernisé les formes et matériaux, des couverts de table et accessoires ont renforcé la gamme de couteaux de poche. La marque a fait appel à de grands créateurs français pour des lignes élégantes que l’on retrouve sur des tables étoilées (La Chapelle Saint-Martin à Limoges, Le Vieux Logis à Trémolat…). Parfois même, l’innovation se fond dans la tradition comme pour le modèle réalisé avec Château Poulvère, en Bergeracois, manche en chêne de barrique où a vieilli le vin de la propriété.

Gilles Gassou

Gilles GASSOU,
directeur de la Coutellerie
Nontronnaise © D. R.

La crise sanitaire a bien sûr ralenti la production de l’atelier et fermé la boutique sur site, qui pèse à elle seule 30 % du chiffre d’affaires, comme celle des revendeurs partout en France. Le stock important prévu pour la Fête du Couteau 2020, qui a dû être annulée, s’est reporté sur les fêtes de Noël, les confinements successifs entraînant une activité partielle avec des aides de l’État pour passer ces caps. Avec la réouverture des restaurants, c’est un secteur important qui reprend vie : les commandes des professionnels de la gastronomie sont en progression pour atteindre 20 % du chiffre d’affaires de la Coutellerie. Côté grand public, le site de vente en ligne, opérationnel depuis quatre ans, a fait un bond lors de la crise sanitaire pour atteindre 15 %.

Pas question de faire évoluer le couteau en lui-même, héritier d’un savoir-faire ancestral, mais les artisans s’adaptent aux attentes contemporaines de personnalisation et de design

Investissements au sein d’un groupe d’excellence

Créée en 1928, la Coutellerie Nontronnaise est restée une entreprise familiale jusqu’en 1992, date de sa reprise par la Forge de Laguiole, qui lui fournit l’acier de ses lames. 19 salariés réalisent jusqu’à 45 000 pièces par an à Nontron. Le site réalise un chiffre d’affaires autour d’un million d’euros au sein du groupe présidé par Derek Tanner, qui en fait 5 à 6 millions avec 150 personnes. Gilles Gassou, issu de la métallurgie, a pris voilà deux ans un poste de direction qui n’existait pas, le directeur technique assurant jusque-là le lien avec le siège ; ce qui marque une volonté de développement de la structure passée de Sarl à SA.

Un important investissement sur trois ans, le premier d’envergure depuis la construction imaginée par Luc Arsène-Henry où s’est établie la coutellerie en 2000, permettra bientôt de réaliser une extension et une modernisation de l’atelier, afin d’aménager un espace plus proche d’un public toujours curieux de découvrir les étapes de fabrication et de mieux comprendre le prix d’un objet qui n’a rien d’industriel. Des démonstrations de montages pourront s’y dérouler. Le matériel de production sera aussi en partie renouvelé, en restant dans la pratique artisanale qui lui vaut le label d’entreprise du patrimoine vivant (EPV). La marque va porter ses efforts marketing sur les arts de la table en s’appuyant sur l’identité traditionnelle et l’image de luxe qui font sa force. De quoi s’armer un peu plus à l’international pour aborder de nouvelles destinations et conforter celles où des revendeurs travaillent déjà bien, au Danemark, aux États-Unis, au Japon, en Suisse, les ventes par Internet représentant 18 % de l’export… ce qui représente un bon continent virtuel.

Le site de vente en ligne a fait un bond lors de crise sanitaire pour atteindre 15 %

Dalva*, petit dernier au teint de porcelaine

Le confinement a ralenti la création conçue en association avec d’autres entreprises du patrimoine vivant, mais elle devrait être disponible en fin d’été : imaginée par le designer Franck Faugère, elle repose sur un mariage audacieux. Celui d’un manche de porcelaine et d’une lame au tranchant inversé, inspirée des bois de cerf.

La Coutellerie est maître d’œuvre du projet qui engage un porcelainier de Limoges, Les Ateliers Arquié, pour la fabrication du manche, et Les Ateliers de Peretti, à Saint-Junien, vénérable façonneur, pour le cartonnage du coffret de présentation. La recherche commune mise en œuvre a produit un objet hybride, au carrefour de trois savoir-faire de Nouvelle-Aquitaine : de moules en essais, jusqu’au prototype et la mise en fabrication, trois ans de travail ont permis d’aboutir à une esthétique capable de composer avec la fragilité de la porcelaine et la force de l’acier. La Coutellerie signe la prouesse technique du montage avec une fixation de la lame à la fois belle et solide. Dalva et ses porte-couteaux, en coffret de six pièces, signent un exploit dans le choc des matières, une expérience tactile hors normes.

* En référence au personnage de Jim Harrison, auteur des grands espaces et des traditions.