Couverture du journal du 21/07/2021 Consulter le journal

Dominique Broustau : Nager pour Bergonié

Ils ont relevé le défi ! Le 19 juin, le chef d’entreprise néo-aquitain Dominique Broustau et sa « Team Aquatique » ont traversé le bassin d’Arcachon à la nage pour récolter des fonds au profit de l’Institut Bergonié. Rencontre avec un entrepreneur qui s’est battu contre la maladie avant de relever ce grand défi sportif. Une leçon de vie.

Dominique Broustau

Dominique Broustau à son arrivée à la dune du Pilat le 19 juin dernier © Christian Girard

Il y a ceux qui mènent leur vie tambour battant. À l’image de son dernier challenge « Traverser vivre », Dominique Broustau est de ceux-là. Quelques jours seulement après son exploit, l’homme d’affaires a levé plus de 18 000 € pour la Fondation Bergonié et recommence déjà à faire des projets. Traverser, innover, transformer, se dépasser sont les verbes qui s’appliquent le mieux à sa vie. De retour à Bordeaux à la fin des années 90 après ses études et une première expérience parisienne, ce Landais, originaire de Saint-Sever, s’est lancé dans le grand bain. « J’ai été salarié 6 mois dans ma vie : ingénieur d’affaires dans une société d’informatique à Paris. Ensuite, j’ai eu envie de créer rapidement mon entreprise, sans idée précise ». Ce sera Euridis, dédiée au recrutement de chargés d’affaires dans l’informatique et la formation. C’est cette dernière partie que Dominique Broustau prend en charge, tandis que son associé s’occupe du recrutement.

De retour à Bordeaux, il se lance parallèlement dans une autre entreprise : « J’ai eu envie de participer à l’aventure de la bulle spéculative d’Internet et lancé la première agence de voyage festive à vocation éditoriale Baoom ». L’idée est novatrice : proposer des voyages éphémères autour d’événements festifs, culturels et sportifs, tout en fédérant des groupes autour de thématiques aussi variées que le jazz, la formule 1, le rugby, la tauromachie ou encore l ’opéra… Les 10 millions de francs levés n’y pourront rien : Baoom est en avance sur son temps, les charges éditoriales (avec tout un réseau de pigistes) sont trop lourdes. Après avoir revendu la partie voyage, Dominique sent bien qu’il peut miser sur la plateforme de réservation. Il décide de l’appliquer au secteur de l’événementiel et crée TeamResa. Son but ? La digitalisation collaborative de création d’événements à l’adresse des agences de communication, des entreprises, des collectivités, et des agences de développement économique. La plateforme fournit ainsi des outils digitaux pour des invitations à participer à des congrès, des conventions, des séminaires. L’offre permet d’organiser des rendez-vous business, meetings, avec un algorithme permettant de générer des agendas personnalisés pour chaque participant. Bientôt, la plateforme devient incontournable aussi bien à l’échelle locale, nationale, qu’internationale. « C’est un paradoxe, » s’amuse Dominique Broustau, « de créer du digital pour du présentiel ».

C’est un paradoxe de créer du digital pour du présentiel

Mais la période Covid met un coup d’arrêt brutal à l’activité. 80 événements sont ainsi annulés au moment du 1er confinement. Heureusement, grâce à la visiophonie, le chef d’entreprise a réussi à sauver 63 événements d’avril à décembre dernier. « C’est une année harassante, on a dû fournir beaucoup de travail pour maintenir une activité tout en restant innovant », témoigne-t-il.

 

LE BASSIN VU DU CIEL

Parallèlement, Dominique Broustau connaît un parcours de santé encore plus épuisant. Un cancer lui est diagnostiqué en mars 2018. Il décide de se battre. Ce combat passe aussi par le sport et il se met à nager en piscine, lui qui se dit volontiers plus « terrien rugbyman qu’Aquaman ! » L’annonce d’une récidive en janvier 2019 est un nouveau coup de tonnerre. « Je ne voulais plus subir. Je voulais entreprendre quelque chose pour stimuler mon corps et mon cerveau. » Lors des séances éprouvantes de radiothérapie, une image va peu à peu s’imprégner en lui : une photo du bassin d’Arcachon vu du ciel « Comme un message ». Cette photo concentre toutes ses pensées vers un objectif positif : traverser le Bassin à la nage. Il va alors faire des pieds et des mains (sic !) pour participer à la Transostréa, une traversée à la nage qui part de la jetée de Bélisaire jusqu’au Moulleau.

Je suis plus terrien rugbyman qu’Aquaman

Dominique Broustau PDG TeamResa Bergonié Traverser vivre

Dominique Broustau, « Traverser vivre » © Christian Girard

Les autorisations médicales sont difficiles à décrocher. Lui-même reconnaît qu’il ressort exsangue des différents traitements mais il le veut tellement… Il fera la traversée en entier, finit tétanisé par tant d’efforts mais il a relevé le challenge. « C’était une manière de retrouver une harmonie, de redevenir ami avec mon corps. » Janvier 2020 marque pour lui l’arrêt de son protocole de soins, et il est dans un état de très grande fatigue à l’annonce du premier confinement. « C’était une catastrophe. J’étais épuisé, l’annonce de la pandémie m’a mis un genou à terre. » Mais paradoxalement, c’est dans ce moment de grande difficulté qu’il cherche – et trouve – de nouvelles ressources. L’idée de la visiophonie est une porte de secours. Les 3/4 mois de travail acharné l’aident à sortir de cet état de fatigue, et peu à peu « Traverser vivre » germe dans son esprit.

Il faut accepter qu’on est malade, mais aussi s’autoriser à rêver, à faire des projets.

TRAVERSER POUR VIVRE

« Face au mal profond qui me rongeait, cette image me ramenait à un objectif positif. Lorsqu’on est en traitement, il faut accepter qu’on est malade. C’est une nouvelle démarche de s’autoriser à rêver, à faire des projets. » Cette recherche d’harmonie et de projection, il la vit à travers les entraînements. Enfin, en 6 mois il développe ce nouveau projet : organiser une traversée du Bassin à la nage, tout en sollicitant son réseau, pour lutter contre le cancer et reverser les fonds à la Fondation Bergonié. « On peut faire face seul, mais ce combat se gagne aussi en équipe. » Dominique Broustau a le sens du collectif et retrouve ses valeurs dans le sport. Lui-même a été président du Rugby Club Aquitaine Entreprises de 2006 à 2017 : « Ce qui m’a permis d’allier ma passion pour ce sport, les entreprises et le développement économique territorial ». Il constitue une petite équipe autour de lui, sa « team aquatique ». Arnaud Bayle, ancien golfeur professionnel, qu’il avait croisé dans une salle de sport avant sa maladie et qu’il a retrouvé lors de la Transostréa l’accompagne dans ce projet ; Cécile Menuet, toujours prête à relever un challenge. Marie-Christine Bayle, « une vraie dauphine » ; Philippe Pèraire, un ancien 3e ligne ; et Sébastien Vidal, « la sagesse et la force. » Ce partage, il le vit également avec son milieu professionnel, avec ses clients, ses partenaires. Il se lance alors dans ce projet et fédère deux types de sponsors : des amis qui vont le soutenir, et des rencontres qui vont adhérer au projet. C’est le cas de la banque CIC qui est venue le soutenir jusqu’au départ de la traversée le 19 juin dernier : « C’est une convergence heureuse, » explique Dominique Broustau, « Le CIC était déjà partenaire de la Fédération française de Natation.

Ils recherchaient un projet à soutenir. » Cette action de sensibiliser sur les vertus de l’activité physique et les bienfaits de l’élément aquatique face à la maladie les réunit. « Dominique Broustau incarne un véritable modèle de résilience, de défi sportif et de combativité au service de la vie », déclare de son côté Patrice Cauvet, directeur général du CIC Sud-Ouest. Le CIC se mobilise alors autour d’un challenge connecté via l’application KM for Change où chaque kilomètre parcouru est transformé en don.

Mon cerveau flotte encore

Dominique Broustau PDG TeamResa Bergonié Traverser vivre

Dominique Broustau avec Corine Martinet, directrice de la communication CIC Sud-Ouest et Marina Mas, directrice de la Fondation Bergonié © Christian Girard

UN DÉFI PLUS LONG QUE PRÉVU

« Mon cerveau flotte encore », sourit Dominique Broustau quelques jours après son exploit, avant d’exulter : « DÉFI SPORT SANTÉ RÉUSSI ! », écrit-il à ses amis. Après plusieurs jours de canicule, la météo s’annonçait perturbée ce 19 juin, journée consacrée à « Traverser Vivre ». Un quart d’heure avant le départ, des trombes d’eau s’abattent sur le Bassin. Les nageurs, tendus, s’équipent plus que prévu. La SNSM les escorte. Avec un coefficient de marée très bas (53), le premier tiers au départ des Cabanes Tchanquées s’annonce délicat avec une marée montante, puis une prise de courant descendant pour éviter les parcs à huîtres. Les nageurs affrontent ensuite beaucoup de ressac dans le 2e tiers, avant une 3e et dernière partie, plus calme mais avec du clapot.

« Comme par magie, la lumière est arrivée à 2 km de la Dune du Pilat. C’était notre cadeau d’arrivée, avec tous nos amis qui nous attendaient sur la plage. » L’équipe aura finalement nagé 12 km en 4 h 15. Mais surtout, la Team a réussi son pari et déjà récolté près de 18 000 €. La cagnotte, en ligne jusqu’au 7 juillet, sera alors clôturée, en même temps que s’achèvera le challenge connecté KM for Change organisé par le CIC. Les dons récoltés sont destinés à financer la recherche et le développement de nouvelles thérapeutiques, soutenir l’acquisition d’appareillages de pointe et favoriser la prise en charge « globale » du patient. « Nous allons dépasser les 20 000 € », se félicite Dominique Broustau, « Ce qui rend cette opération encore plus fédératrice ». Cette traversée achevée, compte- t-il se reposer ? Évidemment, le chef d’entreprise reste mobilisé « jusqu’au Challenge CCI ». Et déjà, de nouveaux projets émergent tant professionnels que personnels… Maintenant qu’il s’est dépassé, il souhaite donner une nouvelle impulsion à son entreprise. « Je vais passer un cap avec TeamResa », explique-t-il, « je voudrais recruter un développeur, constituer un service commercial, une équipe de production… » Sans oublier de préparer un événement pour la fin de la rentrée avec tous les partenaires pour la remise du chèque à l’Institut Bergonié.

« Avant même d’avoir fini, j’ai déjà quelques idées, quelques envies. J’ai le sentiment que c’est cet esprit de challenge qui aide mon corps à se défendre. Je pense déjà à un nouveau rendez-vous. »

BIO EXPRESS

1963 : Naissance à Saint-Sever (Landes)

1992 : Cocréation d’Euridis (avec Jean-Christophe Chamayou) à Roubaix

1998 : Création de Baoom à Bordeaux

2002 : Lancement de TeamResa

2019 : Participation à la Transostréa

19/06/2021 : Traversée Vivre

 

LES SPONSORS : Les Sauveteurs en Mer (SNSM), Cap Ingelec, Systonic, Voltéo, TeamResa, CIC, Drone Eye, Club Vip, Natation Store, CTer&Co, Foul&es, Keetoa