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E-commerce du surf : Akewatu s’affirme

Akewatu qui signifie « prochaine session » en Maori est un site web de vente d’équipements de surf. La pertinence de son modèle économique combinant seconde main, esprit communautaire et e-commerce lui a permis de lever récemment 2 millions d’euros. Installée à Pessac et à Bidart, l’entreprise de 22 salariés se développe en Europe et en Australie. Rencontre avec Julien Martel, l’un des créateurs d’Akewatu.

Akewatu

Créé par Julien Martel et Nicolas Drouet, Akewatu a réalisé 3,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021. ©DR

La Vie Economique : Comment vous est venue l’idée de lancer la plateforme Akewatu ?

Julien Martel : « J’ai vécu longtemps à Paris et j’allais fréquemment surfer au Cap-Ferret. C’était compliqué d’acheter ou vendre une planche neuve ou d’occasion car il y a peu de magasins sur Paris et acheter une planche d’occasion sans la voir n’est pas pratique. J’ai demandé à Nicolas Drouet, propriétaire d’un surf shop au Cap-Ferret, pourquoi il ne vendait pas en ligne. Il m’a répondu qu’il avait essayé puis arrêté car ce n’est pas son métier notamment pour la gestion du transport et aussi car il n’était pas un spécialiste du web. Cela m’a rappelé l’histoire des librairies concurrencées par Amazon car elles n’avaient pas su s’adapter à la vente en ligne. Aujourd’hui il y a beaucoup moins de librairies. Ma frustration de ne pas pouvoir acheter et vendre facilement combinée à l’expérience ratée de vente en ligne de Nicolas en tant que commerçant de proximité sont les fondements d’Akewatu. »

LVE : Quels en sont les principes de fonctionnement ?

J.M. : « Avec Nicolas Drouet, nous nous sommes lancés sur la vente de planches de surf d’occasion en France en 2017. Nous proposons aux particuliers d’amener leur planche dans l’un de nos 120 magasins partenaires en France pour qu’elle soit certifiée par un professionnel. On peut aussi faire une validation par vidéo. Une fois classée d’ « état correct » à « neuf », la planche est proposée sur le site. Dès qu’elle est vendue, le particulier la ramène au magasin qui se charge de l’expédition avec un bon de transport automatisé et le service de l’un de nos transporteurs partenaires. Nous percevons une commission sur l’opération. Il y a deux ans nous avons lancé la vente de planches neuves, celles vendues par les magasins, ainsi que d’accessoires. »

Il faut 6 jours en moyenne pour vendre une planche sur Akewatu

LVE : Et quels résultats aujourd’hui ?

J. M. : « Il faut six jours en moyenne pour vendre une planche sur Akewatu. Nous nous développons en Espagne mais aussi dorénavant au Portugal, au Royaume-Uni ainsi qu’en Australie depuis mars 2020. Nous comptons 200 surf shops partenaires pour l’instant. 10 000 produits ont été vendus l’année dernière. Les planches représentent 80 % des ventes avec aujourd’hui 80 % de neuf et 20 % d’occasion. 8 000 planches ont donc été vendues en 2021 dont 6 500 en France et 1 500 planches en Espagne. Un magasin qui travaille avec nous augmente son chiffre d’affaires de 30 % en moyenne. »

Julien Martel Akewatu

Julien Martel ©DR

LVE : Quels sont vos projets de développement ?

J.M. : « Nous avons réalisé une levée de fonds de 2 millions d’euros il y a 18 mois auprès de business angels et de fonds d’investissements. L’objectif est d’accélérer sur l’Australie et d’ouvrir le site web à d’autres catégories de produits. Akewatu est une plateforme rassemblant 100 000 membres et nous avons un projet d’ouverture du capital aux membres. Déjà Johanne Defay, actuelle n° 2 mondiale en surf, est entrée au capital lors de la dernière levée de fonds. »

LVE : Et comment se caractérise votre engagement écoresponsable ?

J.M. : « Déjà le principe de la seconde main est une logique écoresponsable. Ensuite nous utilisons la solution Flexi-hex, un emballage cartonné 100 % recyclable et biodégradable. Ces emballages spécialement conçus pour le transport des planches nous permettent également de respecter notre politique zéro plastique. Enfin, cette année nous avons signé un partenariat avec l’ONG Surfrider Foundation à qui nous versons 5 % de notre chiffre d’affaires réalisé en France et en Australie. »

Johanne Defaye, actuelle n° 2 mondiale, est entrée au capital d’Akewatu

Tom Blake ©DR

1 000 ANS DE PLANCHES DE SURF

1778 : James Cook observe les premières planches En découvrant l’archipel hawaïen, l’explorateur anglais James Cook observe le He’e nalu, le surf que les Hawaïens pratiquent depuis l’an 1 000. Leurs planches les plus imposantes mesurant jusqu’à 7 mètres avec un poids jusqu’à 70 kg voisinent des plus courtes. Avec la colonisation d’Hawaii, la pratique du surf disparaît avant de renaître au début du XXe siècle comme attraction touristique sur la plage de Waikiki.

1935 : Tom Blake fixe une première dérive Ayant découvert le surf dans les années 20 en admirant Duke Kahanamoku, Hawaïen champion olympique de natation et surfeur à l’origine du renouveau de la pratique, l’américain Tom Blake décide d’alléger les planches archaïques. Il construit alors des planches creuses enrobées de contre-plaqué verni et il leur ajoute une dérive rendant ainsi leur trajectoire beaucoup plus contrôlable.

1946 : Pete Peterson teste la fibre de verre Avec deux autres surfeurs californiens, Pete Peterson utilise de la fibre de verre et de la résine pour enrober une planche en plastique, matière nouvellement inventée. Dans les années 50,les premiers fabricants de planche adoptent ce procédé pour enrober des planches en balsa puis en polyuréthane. D’une quinzaine de kilos et longues de trois mètres, les planches sont alors plus faciles à utiliser. Les quelques milliers de gaillards californiens et hawaiiens sont rejoints dans les vagues par une foule de teenagers.

1966 : Nat Young lance la shortboard revolution Alors que le surf popularisé par la musique des Beach Boys se propage dans le monde entier, l’Australien Nat Young remporte les championnats du monde 1966 sur une planche plus fine et plus courte lui autorisant des virages serrés. Tout comme la jeunesse de la fin des années 60, les surfeurs veulent plus de liberté. D’année en année, les planches raccourcissent jusqu’à moins de deux mètres en moyenne. Pesant dorénavant quelques kilos, faciles à transporter, maniables dans les vagues creuses et puissantes, les shortboards sont encore aujourd’hui les planches de référence.

1979 : Michel Barland invente la machine à shaper Pionnier du surf français de la fin des années 50 devenu fabricant de planches à Bayonne, Michel Barland met au point une machine qui sculpte les pains de mousse. Reste ensuite à les peaufiner à la main avant de les recouvrir de fibre de verre et de résine. L’invention de Michel Barland préfigure l’industrialisation des planches de surf avec aujourd’hui des usines chinoises mais toujours des artisans experts.

2005 : Gordon Clark ferme son usine de pain de mousse Plus gros fournisseur mondial de pains de mousse polyuréthane, l’entreprise américaine Clark Foam stoppe soudainement son activité. C’est officiellement par crainte de procès pour pollution aux produits toxiques que Gordon Clark, son fondateur, ferme l’usine du jour au lendemain. Celle-ci fournit alors 90 % du marché américain et 60 % du marché mondial soit 1 000 pains de mousse par jour. C’est un séisme dans l’industrie du surf mais aussi le début d’une nouvelle ère avec la recherche de solutions écoresponsables.