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Elda Technology : mieux produire la neige artificielle

La start-up toulousaine Elda Technology propose un service pour optimiser la production de neige de culture dans les stations de ski. Leur solution permet de mesurer l’épaisseur du manteau neigeux grâce à un drone et promet des économies d’eau et d’énergie.

© Elda Technology

Comment concilier le manque de neige naturelle, le maintien des sports d’hiver en station et le risque environnemental d’une pénurie d’eau ? L’équation semble insoluble et pourtant, la start-up toulousaine Elda Technology pourrait bien y apporter une solution. « On mesure l’épaisseur du manteau neigeux grâce à un drone » explique Nicolas Guibal, cofondateur d’Elda avec Julie Aubert et Charlotte Brenac. « L’analyse des données permet d’optimiser la production de neige de culture. » L’objectif est de réduire l’impact environnemental des stations notamment sur la consommation d’énergie et d’eau. « On estime qu’on peut économiser 20% d’eau sur une saison » table Charlotte Brenac.

Les Pyrénées fortement touchées

Les stations de ski l’ont bien compris. Le réchauffement climatique entraîne des hivers plus doux où la neige naturelle se fait plus rare. C’est particulièrement vrai dans les stations pyrénéennes. « Elles veulent mettre la neige de culture au bon endroit et en bonne quantité. C’est une question d’économie mais aussi d’écologie » note Nicolas Guibal qui ajoute que les mentalités ont évolué sur ce point. « Avant, certaines stations ne se posaient pas la question. Aujourd’hui, on en voit certaines qui vont jusqu’à tenter de conserver de la neige d’une année sur l’autre pour éviter d’en produire. »

Face à l’urgence climatique, les trois fondateurs décident de mettre au point un logiciel lors de leur Master à l’ISAE Supaéro. « On se sert des données relevées par les capteurs LiDAR du drone » expliquent-ils. Il s’agit en fait d’un laser qui balaye le domaine skiable de la station. « Ensuite, on cartographie le manteau neigeux en 3D pour déterminer son épaisseur en tout point du domaine. » Soit les stations sont déjà équipées de drone à capteurs LiDAR et la start-up propose un abonnement au service, soit Elda s’occupe de la prestation globale avec leur drone, reçu fin février. « Comme je suis aussi pilote de drone, je vais me rendre dans les stations pour les phases de test » précise Nicolas Guibal. A l’heure actuelle, trois stations testent la solution d’Elda Technology en bêta test, il s’agit de Serre Chevalier et le Grand Bornand dans les Alpes, et la station de Piau Engaly dans les Hautes-Pyrénées.

« On estime qu’on peut économiser 20% d’eau sur une saison »

Autres cas d’usage

Au-delà de la cartographie du manteau, Elda Technology envisage deux autres cas d’usage à sa solution. « Les données récoltées nous permettent de conseiller les stations » souligne Julie Aubert. « On va pouvoir montrer le coût de l’enneigement de certaines parties. A elles de se poser la question de la balance coût / intérêt. » La question de la transition vers un modèle 4 saisons devra se poser pour certaines stations où l’enneigement est insuffisant. Mais ce n’est pas le seul objectif de la start-up qui veut aussi développer un volet prédictif. « On aimerait comprendre comment va évoluer le manteau neigeux en fonction de plusieurs paramètres comme la météo, le flux des skieurs … » explique Nicolas Guibal. Un partenariat avec un laboratoire de recherche de l’ISAE vient d’être lancé afin de tester cette solution d’ici 18 mois.

© Elda Technology

© Elda Technology

Démarchage et recrutement

L’avenir pour Elda s’inscrit dans la commercialisation de son offre dans les prochains mois. Quant au tarif pour les stations, « joker » souffle Julie Aubert. « On est encore en phase de test et d’amélioration. Les retours de nos premiers clients nous permettent d’affiner notre réflexion. » Ne restera ensuite qu’à élargir le spectre des stations touchées. « On s’est rendu au forum Ocova début février » raconte Julie Aubert. « On a beaucoup réseauté, on a rencontré pas mal de stations potentiellement intéressées, c’est très encourageant. »

Levée de fonds en 2025

Si aujourd’hui, les trois fondateurs sont seuls aux commandes du navire (avec une stagiaire), ils visent sur une dizaine de recrutements dans l’année avec un objectif de 150 000 euros de chiffre d’affaires en 2024 et 800 000 euros en 2025. Viendra ensuite l’étape de la levée de fonds pour fin 2025. Elda Technology en espère environ 300 000 euros pour construire les prochaines étapes de ce projet très scruté et déjà fortement récompensé. « On a été lauréat de la dernière promotion de French Tech Tremplin et on candidate pour la bourse French Tech Emergence avec la Bpi » précise Charlotte Brenac.

Accompagnés par l’ISAE Supaéro qui les héberge, aidés au sein du réseau Lanceur d’Etoiles, soutenus à hauteur de 71 000 euros par un prêt d’honneur de Créalia, pré-incubés par Nubbo et finalement intégré au programme de l’incubateur Incoplex Toulouse, la start-up toulousaine coche toutes les cases de la réussite.