Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Fiers d’avoir la fibre locale

Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé du Numérique, s’est déplacé en Dordogne et en Gironde, le 14 décembre, pour un point d’étape sur l’accès à la fibre et les dix ans du plan France Très Haut Débit.

fibre

© SBT

Après la visite de l’entreprise Imepsa, à Montrem, qui se développe en milieu rural grâce à la fibre, le ministre a redit combien ce déploiement change la vie économique et le quotidien des citoyens, avec 20 millions de foyers raccordés et quatre Français sur cinq éligibles. On peut réellement parler de plan d’aménagement des territoires. « Où la fibre arrive, le chômage recule, la création d’entreprises progresse, résume-t-il. Avec 10 000 foyers raccordés par jour depuis 10 ans, c’est un succès pour la filière. » La fibre n’avance pas par magie, « c’est le plus grand chantier industriel de ce début de siècle, il faut la fabriquer, creuser des tranchées, poser des armoires… » Autant d’entreprises à l’œuvre.

Inclusion numérique

« Les objectifs collectifs ont été tenus, sans dérapages calendaires ni budgétaires. » Le prochain chantier, c’est le droit au très haut débit pour tous, abordable et avec une garantie de qualité ; puis travailler sur les usages, lutter contre l’éloignement numérique qui concerne un tiers des citoyens pour des raisons sociales plus que générationnelles. « On a vu, durant la crise Covid, que les conseillers numériques étaient les écrivains publics du XXIe siècle. » France Numérique Ensemble se chargera bientôt de bien relier les infrastructures et les usages. Quant au cuivre, le retrait se fera progressivement : 7 communes l’expérimentent en France pour identifier les blocages, 162 suivront l’an prochain et la fin de ce réseau est prévue pour 2030. Reste aux usagers à se saisir de la fibre qui leur est proposée, pour goûter « 100 fois plus de débit que l’ADSL avec 8 % de consommation énergétique en moins ».

Briser l’enclavement

« Non, le Périgord n’est pas à la traîne, on n’a pas fait les mêmes choix qu’ailleurs. On construit un système vertueux », assure Germinal Peiro pour dire que son département, le troisième en France en superficie, sera bien au rendez-vous de la fibre pour tous en 2025. La fibre, et rien d’autre, avec une montée en débit générale pour un maximum d’habitants (avec un bâti dispersé dans 503 communes, dont plus de 400 de moins de 500 habitants, et donc des kilomètres de réseaux, soit 240 000 prises à installer… à comparer aux 40 000 en Lot-et-Garonne) en un minimum de temps grâce à 92 nœuds de raccordement. « Nous avons pu passer la crise sanitaire ainsi avec le télétravail. » Le président du Département et du syndicat mixte Périgord Numérique note que les opérateurs, représentés lors de cette visite, « ne vont pas plus vite, ne sont pas moins chers » et ne veulent pas des prises les plus éloignées. L’État a consacré à la Dordogne le plus gros effort numérique avec 105 millions d’euros, soit 21 % de l’investissement, « car nous avons vocation à soutenir un coût plus élevé en zone rurale », rappelle le ministre.

« L’équipe de Périgord Numérique gère depuis huit ans le plus important chantier d’investissement. »

Germinal Peiro a remercié publiquement l’équipe de Périgord Numérique, « qui a débuté avec des moyens limités et, huit ans après, gère le plus important chantier d’investissement. Tous les autres réseaux, eau, électricité, ont mis 30 ans à se déployer ». Et il s’est félicité, devant le président de l’Avicca (numérique et territoires), Patrick Chaize, que le monde rural puisse se mettre à égalité avec les zones urbaines.

En chiffres

120 000 prises commercialisables – 35 000 abonnés à la fibre – 32 000 prises construites à réceptionner – 88 000 prises en phase travaux – Plus de 60 M€ du Département, de même pour la Région, 15 M€ des EPCI et 7 M€ du SDE24 sur les 500 M€ d’investissements du programme fibre + 226 M€ d’emprunts.

Un data center sous la terre

©ChauxdeSaint-Astier

À l’occasion de la visite en Dordogne de Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé du Numérique, Germinal Peiro a confirmé l’avancée du projet de création d’un data center. Le site potentiel, repéré depuis début 2023, a été dévoilé à demi-mot en conférence de presse, plus clairement en coulisses : ce serait un double coffre-fort pour les données numériques confiées à cet équipement puisqu’hébergées 40 mètres sous terre, dans l’immense carrière de chaux de Saint-Astier. Un site de haute sécurité s’agissant des ondes et qui offrirait, en prime, des conditions idéales de température avec une climatisation naturelle à 13 °C pour éviter la surchauffe. Le bureau d’études sélectionné va avancer sur les contours techniques, avantages et contraintes (cohabitation entre les deux activités), de cette implantation assez unique, qui pourrait fonctionner d’ici deux ans. Pour l’heure, Chaux de Saint-Astier dit être intégré au cahier des charges du projet porté par Périgord Numérique, comme d’autres sites possibles.
Des entreprises et groupes locaux suivent avec intérêt cette initiative qui sécuriserait localement leurs données : Delmon Group, Ayor, Imepsa, Mademoiselle Dessert, l’hôpital privé Francheville, Novi Group… en plus des chambres consulaires et de la French Tech Périgord, acteurs engagés auprès du Département pour la création de ce data center de proximité. « Des tas d’organismes craignent de confier leurs données ailleurs », insiste Germinal Peiro. Les acteurs économiques et institutionnels sont donc mobilisés. Le ministre a dit vouloir faire son possible pour accompagner ce projet.
L’exploitation des carrières se fait sur 40 ha, « dans le respect des contraintes géologiques, techniques, environnementales et préfectorales » et une autorisation légale ouvre des perspectives sur 76 ha à l’horizon 2031. De quoi trouver une petite place high-tech dans les galeries que cette entreprise du patrimoine vivant (110 ans) n’utilise plus.