Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

H24 : start-ups sans frontières

L'incubateur H24, à Périgueux, accueille sa 5e promotion pour accompagner le développement de jeunes pousses et favoriser l'expérimentation en milieu rural.

H24

© SBT

Fidèle à la dynamique d’open-innovation imaginée en lien avec les TPE-PME et le monde institutionnel local, l’infatigable dirigeant périgourdin Raymond Hammel se félicite car « depuis son lancement en 2019, H24 a accompagné près d’une cinquantaine de start-ups, ce qui représente 25 emplois et près de 8,5 millions d’euros levés en fonds publics et privés ». AlertEau, RunnrZ, ABC résidences, CocoriCosmetic, Greenscope ont déjà parcouru un beau chemin. Cette fois, ces aventures humaines et tech vont chercher loin géographiquement.

Dix dossiers ont été retenus parmi les candidatures, avec une dimension internationale marquée et même téméraire.« Des entreprises veulent et peuvent se développer dans un écosystème local. Elles arrivent de Bordeaux ou Paris mais aussi de Russie ou d’Iran, dimension à croiser avec notre capacité d’accueil pour faciliter leur installation. »

« Depuis son lancement en 2o19, H24 a accompagné une cinquantaine de start-ups, ce qui représente 25 emplois »

Shima Zandi et Abbas Karimi viennent d’Iran pour développer une application qui crée des parcours touristiques sur mesure grâce à l’intelligence artificielle. La jeune femme de 30 ans, formée à l’université de Téhéran, a été guide touristique dans son pays (dans un français impeccable) avant de créer son agence de voyage en 2020 et quatre emplois. Pour coller au changement de comportements de visiteurs « qui veulent toujours plus de digital pour gagner du temps et avoir des séjours personnalisés », elle a choisi de créer une application. Installée depuis deux mois en Périgord, elle va créer avec son mari, Abbas, expert en data et IA, un moteur de recommandation qui devrait lutter contre le surtourisme et préserver les sites.

UNE GALERIE D’INNOVATIONS

Autres horizons avec Lisa Emtseva, arrivée de Russie où elle animait une école en ligne pour apprendre le français, qu’elle parle elle aussi parfaitement. 300 clients sont déjà connectés et elle a imaginé de créer une application qui faciliterait les recherches et réservations d’activités touristiques en France, pour donner plus de visibilité aux professionnels. « Et je fais déjà connaître la région sur monblog ! » La jeune femme bénéficie d’un visa French Tech accordé par le ministère de l’Économie, avec accord del’ambassade pour 12 mois afin de créer la société, ce qui ouvrira la possibilité de carte de séjour de 3 à 4 ans. Natalia Vologzhanina, 22 ans, a imaginé entre Russie et France une plateforme IA qui génère des contenus visuels, images ou logo pour faciliter les créations dans les PME ou collectivités qui manquent de moyens : « une publicité réactive et moins chère, une communication ultraréaliste à tarif très attractif, par abonnement ». La plateforme existe déjà, il suffit de s’y promener pour se convaincre qu’elle va attirer les investisseurs espérés pour se développer encore en tant qu’entreprise française.

TRAVAILLEURS NOMADES ET CHANTIERS MAÎTRISÉS

Aylin Demir fait partie de la tribu des digital nomades, même si elle est ancrée à Bordeaux, après des études à Izmir et des missions à l’étranger dans le marketing opérationnel. Elle a eu envie d’accompagner les entreprises dans leur consommation digitale, surtout les hôteliers, jusqu’à boucler la boucle avec sa communauté nomade (35 millions d’actifs dans le monde, un milliard à l’horizon 2035) avec le projet de start-up Nilya Travel : « Une appli permettrait de relier ces travailleurs à fort pouvoir d’achat et l’économie locale, l’hôtellerie de plein air par exemple, pour des tarifs basse-saison et des lieux de coworking ».

« Le projet de start-up Nilya Travel permettrait de relier les travailleurs nomades du digital,à fort pouvoir d’achat, à l’économie locale »

 Son projet de construction de maison en 2016 a conduit Mayass Soukarieh, ingénieur systèmes réseaux, à imaginer la plateforme Hello-Archi pour mettre en relation les futurs propriétaires et les concepteurs architectes qualifiés, et éviter bien des galères. « Il faut une vraie solution pour ce métier de l’art qu’est l’architecture, un outil digital pour sécuriser un chantier où évoluent plusieurs corps de métiers. » La période Covid lui a donné le temps d’avancer dans sa réflexion.

DES CHEVEUX À REVENDRE

Véronique Desveaux, coiffeuse à Ribérac et élue à la CMA, est partie d’un constat pour créer une start-up pas encore baptisée. Les cheveux représentent la moitié des déchets d’un salon, payants dans la filière de traitement. En France, 4 000 tonnes annuelles pourraient être recyclées « car le cheveu est compostable, c’est un engrais naturel, un absorbeur d’humidité, un répulsif dans les jardins, utilisable dans les matériaux de construction ou le paillage en agriculture, dans les installations de dépollution lors de marées noires ; et la kératine sert dans la recherche médicale ». Elle aimerait concevoir un outil pour faciliter la collecte des restes capillaires auprès de ses collègues coiffeurs pour valoriser cette matière première.

Thierry Lecoq et Jean-David Mora ont déjà créé eDog à Bordeaux (300 scooters électriques en accès libre, 8 000 clients), offre complète dans la mobilité qu’ils souhaitent développer dans des villes moyennes ; Périgueux en serait le projet pilote.

Tous ces créateurs ont présenté leur projet devant un parterre d’anciens start-upers et de dirigeants de référence et seront accompagnés le temps nécessaire pour éclore.