Couverture du journal du 21/06/2024 Le nouveau magazine

Irouléguy réfléchit

Ayant subi des épisodes climatiques parfois désastreux, le syndicat des vins d'Irouléguy réfléchit à son développement. Un laboratoire d’œnologie a été installé et la modification du cahier des charges de l’appellation est à l’étude.

© La Scep - Syndicat des vins d'Irouleguy

« En 2022 le gel mais aussi la sécheresse, en 2023 le mildiou puis la grêle, une année consécutive avec ce type d’aléas serait difficile », prévient Anne Betbeder, coordinatrice du syndicat des vins d’Irouléguy. Rassemblant une soixantaine de producteurs de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) Irouléguy, ce syndicat totalise une production moyenne d’environ 7 000 hectolitres les années sans problème. Mais avec une production de 4 800 hectolitres en 2022 puis de 5 251 hectolitres en 2023, c’est environ 30 % à 40 % de pertes qu’ont subis les viticulteurs et vignerons de ce vignoble de 270 hectares. Alors, avec fatalisme mais sans résignation, les membres du syndicat des vins d’Irouléguy réfléchissent pour s’adapter aux contraintes de l’évolution du climat.

L’un des plus petits vignobles de France

Des ravages du phylloxéra au début du XXe siècle aux catastrophes des guerres mondiales, de la crise économique des années trente à l’exode rural, comme de nombreux vignobles français, l’histoire d’Irouléguy est marquée d’épisodes parfois funestes. Réduit à 30 hectares après la Seconde Guerre mondiale, ce vignoble a été redéveloppé mais pour couvrir 270 hectares : il reste l’un des plus petits de France. En 1970, il a obtenu le label français d’appellation d’origine contrôlée (AOC) puis, en 2013, l’appellation d’origine protégée (AOP), déclinaison européenne de l’AOC. Aujourd’hui le vignoble est exploité par une soixantaine de viticulteurs réunis au sein du Syndicat des Vins d’Irouléguy : une vingtaine de vignerons indépendants, 35 coopérateurs et une dizaine de producteurs vendant leurs raisins à d’autres producteurs indépendants.

Le gel, la sécheresse et le mildiou ont causé 30 % à 40 % de pertes

Les adhérents interrogés en interne

Avec le renouvellement de son bureau en avril 2023, le syndicat des vins d’Irouléguy s’est engagé dans une nouvelle dynamique. Élus pour cinq ans, Gexan Costera, producteur indépendant (Domaine Ameztia) et Ximun Bergouignan, membre de la cave coopérative d’Irouléguy, se partagent la présidence du syndicat. L’une des premières actions de la nouvelle équipe a été de lancer une enquête auprès des adhérents pour connaître leur perception du syndicat, recueillir leurs besoins et leurs propositions d’actions, leur présenter l’offre de services du syndicat. « L’enquête a été réalisée en 2023 avec 95 % de réponses et des entretiens individuels ont été menés. L’analyse des résultats est en cours et ils seront présentés début 2025 lors la prochaine assemblée générale », précise Anne Betbeder.

© D. R.

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Un labo à Saint-Étienne-de-Baïgorry

L’autre réalisation importante du syndicat, en collaboration avec la coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) d’Irouléguy, en 2023 a été la création d’un laboratoire œnologique dans ses locaux de Saint-Étienne-de-Baïgorry. Comme les producteurs de l’appellation sont dans l’obligation d’envoyer leurs jus ou vins à analyser auprès d’un laboratoire accrédité COFRAC pour des contrôles réglementaires, ils s’adressaient à des établissements situés dans le Gers ou dans le Béarn (au sein de l’appellation Jurançon). Les producteurs leur confiaient également des analyses ordinaires qu’ils réalisent maintenant avec les équipements de la CUMA d’Irouléguy en gagnant du temps. Opérationnel depuis la fin de l’année dernière, ce laboratoire œnologique est sous la responsabilité d’Anne Betbeder qui procède elle-même aux analyses puisqu’elle est dispose d’un master en viticulture et œnologie obtenu à la faculté de Bordeaux. À noter que la cave coopérative d’Irouléguy possédait déjà un tel laboratoire.

L’idée est d’augmenter raisonnablement la superficie globale de l’appellation

Une aire d’appellation couvrant quinze communes

En lien avec l’Institut national de l’origine et de la qualité (anciennement INAO), le syndicat d’Irouléguy travaille sur la modification du cahier des charges de son appellation afin d’intégrer l’évolution des pratiques des viticulteurs. Parmi la vingtaine de modifications identifiées en 2021 les producteurs se concentrent sur de nouveaux dispositifs agro-environnementaux comme l’obligation d’enherbement des tournières, l’interdiction du désherbage chimique en plein des parcelles de vignes, l’obligation de traitement à l’eau chaude des plants de vigne. Dans les projets du syndicat figure aussi la révision dite simplifiée de l’aire d’appellation qui couvre quinze communes. L’idée est de permettre le classement de nouvelles surfaces en AOP afin d’augmenter raisonnablement la superficie globale de l’appellation.

Irouléguy en chiffres

270 hectares
5 251 hectolitres produits en 2023
80 % de cépages rouges
78 % du vignoble en bio ou en conversion
60 producteurs sur le territoire