Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Jurançon : la nouvelle ambition de Plaimont

Plaimont vient de dévoiler Yurea, sa première cuvée de Jurançon. En s'ouvrant à l’appellation béarnaise, l’union de coopératives gersoise assoit sa position de leader des vins du Sud-Ouest, déjà consolidée grâce à une feuille de route adaptée aux changements climatiques et sociétaux. Olivier Bourdet-Pees, son directeur général, s'en fait l'écho.

Olivier BOURDET-PEES, directeur de Plaimont © Louis Piquemil - La Vie Economique

Alors qu’il pousse les portes de « L’Atelier des cépages », le chai expérimental de l’union de coopératives viticole Plaimont inauguré il y a exactement un an, Olivier Bourdet-Pees l’annonce d’emblée : cet endroit est « unique en France ». Ici, dans le village de Saint-Mont, au cœur des collines verdoyantes du Gers, la R&D est au service des vins de Saint-Mont, Madiran, Pacherenc du Vic-Bilh et Côtes de Gascogne. Ce chai pionnier, qui fait le lien entre tradition et innovation, témoigne d’une vision globale portée depuis plusieurs années par l’union coopérative et défendue en premier lieu par son directeur : « Le monde change : il ne faut pas que nous figions nos vins ». Une stratégie gagnante semble-t-il, au regard notamment du chiffre d’affaires quasiment sans précédent enregistré en 2023 (75 millions d’euros) qui témoigne de la notoriété de Plaimont et de ses vins.

Plaimont

© Mika Boudot – Plaimont

Un chai à 2,7 M€

Ne pas rester figé, donc, mais également « s’adapter », « se renouveler », « sortir des sentiers battus » : autant de termes utilisés par Olivier Bourdet-Pees qui viennent en grande partie justifier les 2,7 millions d’euros investis pour la construction de « L’Atelier des cépages ». Si l’expérimentation a toujours fait partie de l’ADN de Plaimont, ce nouvel outil créé avec le soutien de l’État dans le cadre de France 2030 permet de l’accentuer et l’accélérer. Deux ingénieurs y travaillent à temps plein, axant leurs recherches sur les cépages disparus et leur préservation, sur l’adaptation de la viticulture aux nouvelles conditions climatiques « pour remettre le vigneron en harmonie avec l’environnement » mais aussi les attentes des consommateurs, en demande de « vins digestes, frais » et moins alcoolisés.

« Le monde change : il ne faut pas que nous figions nos vins »

Ambition « zéro pesticide »

Fil rouge de ce projet, la question d’une pratique viticole plus vertueuse et durable est primordiale. Plaimont en a en effet fait l’une de ses priorités, avec un objectif « zéro pesticide » en 2028. Une visée collective, partagée par les 600 vignerons adhérents engagés dans cette démarche pour 94 % d’entre eux, qui pour majorité sont labellisés Haute Valeur Environnementale (HVE). Côté bio, « aujourd’hui, 8 % du vignoble est sous certification AB », souligne Olivier Bourdet-Pees, soit une quinzaine de vignerons pour une centaine d’hectares. Une minorité que Plaimont souhaite voir grandir, avec l’ambition de multiplier par cinq les surfaces dédiées au bio d’ici 4 ans. Et, dans le même temps,  de développer « la capacité d’aller capter les marchés pour le bio » selon les dires du directeur du groupe coopératif.

Plaimont

© Plaimont

Des chiffres records à l’export

Un autre défi que le groupe coopératif doit relever, sur les bases d’une assise commerciale solide acquise ces dernières années et vérifiée sur le dernier exercice. « Sur ce plan-là, 2023 est une très belle année, notamment sur l’export avec des chiffres records en particulier vers les États-Unis mais également l’Ukraine », resitue Olivier Bourdet-Pees. « En France, malgré une déconsommation forte, nous avons développé nos ventes notamment dans les réseaux traditionnels ». Un constat particulièrement positif au regard de celui avancé par de nombreux concurrents, que le dirigeant sait expliquer : « Il y a un intérêt pour notre niche. Nous sommes sur des styles de vin en marge, des vins découvertes qui souffrent moins que dans d’autres régions. » Et d’ajouter : « Il faut reconnaître que notre consommateur est curieux et se distancie des grandes appellations et de la référence ».

« Notre consommateur est curieux et se distancie des grandes appellations et de la référence »

Une production en baisse en 2023

Du côté de la production, en revanche, Olivier Bourdet-Pees souligne une année « extrêmement difficile », liée à des précipitations très abondantes, en particulier au mois de juin. « Cela n’aura pas un impact qualitatif, nous sommes sur un joli millésime, mais quantitatif : nous constatons une chute de 40 % de la production en moyenne », se désole-t-il, évoquant même « des vignerons qui ont tout perdu ». À ce sujet, le dirigeant glisse espérer « un soutien » de l’État pour ces derniers, notamment à destination des plus engagés, précisant qu’au regard « des conditions difficiles de pouvoir d’achat, le consommateur ne va pas payer la survaleur ». De son côté, Plaimont a aussi son rôle à jouer dans ce contexte, selon Olivier Bourdet-Pees : « Nous allons continuer à survaloriser de 5 % les vignerons en bio et à dégager des primes à l’hectare de vignes et non au litre ».

Hôtellerie de luxe et gastronomie

Haut-lieu œnotouristique de l’appellation, le monastère de Saint-Mont, riche de ses 1 000 ans d’histoire, a rejoint le patrimoine de Plaimont en décembre 2015. Depuis le printemps 2019, il abrite un hôtel de luxe et un restaurant gastronomique unique dans le Gers, avec aux manettes le chef belge Jean-Paul Tossens. La renaissance de ce lieu symbolique du territoire est l’un des exemples de l’engagement de Plaimont en faveur du patrimoine. Bâti, d’une part, avec la valorisation du Château Arricau-Bordes, du Château de Sabazan, du Château Saint-Go ou encore du Domaine de Cassaigne…, et bien entendu végétal, à l’instar de sa parcelle de vignes inscrite aux Monuments historiques et de son conservatoire ampélographique.

Objectif 5 000 touristes

Pour Plaimont, accompagner et valoriser les vignerons passe aussi par la mise en lumière de leur travail et de leurs vins nés sur ce terroir. L’œnotourisme est en ce sens privilégié depuis quelques années et d’autant plus depuis la création du chai expérimental, ouvert au public. Une responsable œnotouristique a par ailleurs été recrutée pour mener « ce travail sur le long terme », avec « un objectif fort » de la direction : attirer 5 000 visiteurs d’ici quelques années contre 2000 en 2023. Visites guidées dans les vignes et les domaines, rencontres avec les vignerons, découverte du patrimoine bâti à l’instar du monastère de Saint-Mont (lire encadré), dates phares comme Vignoble en Course ou l’incontournable Saint-Mont Vignoble en Fête sont désormais autant d’occasions de mieux connaître le vignoble de Plaimont. Et, aussi, une manière pour Plaimont de participer à la vie de ce territoire qui lui permet d’exister, auquel le dirigeant est tant attaché.

200 000 bouteilles de jurançon sec seront produites sur le millésime 2025

Plaimont

© Plaimont

Yurea, un Jurançon « incroyable »

Ce Béarnais, fils de vigneron, le rappelle : Plaimont produit et veut mettre en lumière les vins du piémont pyrénéen. Élargir son offre en s’ouvrant à l’AOC Jurançon était ainsi presque une évidence. « C’est très symbolique », témoigne ainsi le directeur de Plaimont. Mi-février, à l’occasion du salon Wine Paris, l’union coopérative a officiellement fait goûter Yurea, son jurançon sec né grâce aux outils de vinification de la Confrérie du Jurançon. Cette filiale béarnaise du groupe bordelais Castel Frères, basée à Monein, n’avait en effet plus les moyens de répondre aux demandes de débouchés commerciaux suite à des non-renouvellements d’approvisionnements. Avec ce partenariat, Castel Frères et Plaimont permettent à une quinzaine de vignerons de l’appellation de trouver une solution avec à la clé cette cuvée dont, qui plus est, Olivier Bourdet-Pees se félicite. « La chance du débutant, peut-être… », sourit-il. L’année 2025 permettra de le vérifier : sur le prochain millésime, 200 000 bouteilles de ce jurançon sec « incroyable » sont espérées.

Plaimont

© Plaimont

L’union, la force de Plaimont

Au milieu des années 1970, le vigneron André Dubosc décide de développer la renommée des vins du Sud-Ouest. Accompagné d’une équipe de jeunes vignerons, il crée des vins de pays blancs secs, aujourd’hui IGP Côtes de Gascogne, réveille l’appellation Saint-Mont et relance le Pacherenc du Vic-Bilh, issu de récoltes tardives. En 1979, ces hommes décident d’unir davantage leurs forces en regroupant leurs caves et domaines. Ils donnent naissance à l’union de coopératives Plaimont (« Pl » pour Plaisance, « Ai » pour Aignan et « Mont » pour Saint-Mont). Aujourd’hui, Plaimont représente 98 % de l’appellation Saint-Mont, 55 % de l’appellation Madiran, deux tiers de l’AOC Pacherenc du Vic-Bilh et 30 % des Côtes de Gascogne.

Plaimont en chiffres clés

600 vignerons

200 salariés en équivalent temps plein

5 300 hectares de vignoble en production

24 millions de bouteilles vendues par an

45 % des ventes en France (55% GD et 45% CHR)

55 % des ventes à l’export dans plus de 30 pays (dont 80% en Europe)

75 M€ de CA en 2023, le deuxième plus gros chiffre d’affaires depuis la création de Plaimont