Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

La Bio à contre-courant

Le groupe les Comptoirs de la Bio Pyrénées vient d’ouvrir le mois dernier son septième magasin à Juillan. Grandes marques, mise en lumière des producteurs locaux et prix accessibles : la méthode Cédric Falliero, le président, a trouvé sa clientèle.

Cédric Falliero, président du groupe les Comptoirs de la Bio Pyrénées

Cédric Falliero, président du groupe les Comptoirs de la Bio Pyrénées © D. R.

Il revient tout juste d’Espagne où il a trouvé une huile d’olive qui fait briller ses yeux et s’il y avait une recette Cédric Falliero, elle aurait cet ingrédient incontournable : dénicher des petits bijoux pour en remplir ses rayons. Le président du groupe les Comptoirs de la Bio Pyrénées vient d’ouvrir son septième magasin à Juillan, en périphérie de Tarbes, et cette croissance ne change rien à sa façon d’aborder son métier : « Je suis un épicier », déclare-t-il en souriant. Depuis 2019, il poursuit son ascension, entouré de proches et d’amis dont il a fait des collaborateurs qui partagent la même vision du commerce. Une cinquantaine de salariés, un turn-over inexistant, un dernier exercice de 10 millions d’euros, soit une hausse de 5 % du chiffre d’affaires, l’enseigne affiche une belle vitalité qui déjoue ce qu’au national on nomme un peu vite « la crise du bio ». 

Avec une hausse de 5 % du chiffre d’affaires, l’enseigne affiche une belle vitalité qui déjoue ce qu’au national on nomme un peu vite « la crise du bio » 

Mailler le territoire 

S’il ne la conteste pas, Cédric Falliero la tempère et est loin de lui donner un écho. Avec désormais trois adresses dans les Hautes-Pyrénées et quatre dans le Béarn, il a développé un solide réseau de magasins qui a trouvé son rythme : « Notre idée est de mailler intelligemment le territoire pour que nos clients n’aient pas à faire 20 kilomètres pour venir ». A première vue, la formule qui repose sur un riche assortiment de 8 000 références de produits ne se détache pas des autres enseignes dédiées au bio… Si ce n’est que sur 215 fournisseurs, 120 à 140 sont locaux ou régionaux. Un parti pris loin d’être étranger au succès du groupe : « On travaille par exemple avec Bio Garonne et Bio Pays Landais pour la partie fruits et légumes mais également avec des petits maraichers d’ici».  

Bio

© D. R.

Le respect des fournisseurs locaux 

Un rapide coup d’œil dans les rayons le confirme, des vins du Domaine Pichard aux Miels & Torrents des vallées pyrénéennes en passant par les pâtes ou la charcuterie, le savoir produire local a trouvé un distributeur mais aussi un allier. Petit-fils d’agriculteur, Cédric Falliero se plait à aller à la rencontre de ses collaborateurs et connaît chacun d’eux. Au fil des années certains sont devenus de véritables amis et beaucoup ont même démarré grâce au Comptoir de la Bio Pyrénées : « On croit en ces valeurs de rayonnement local, c’est aussi pour ça que nos fournisseurs on ne les étrangle pas. Tant pour les promotions que pour les avantages de la carte de fidélité, c’est sur notre marge qu’on joue, on ne répercute rien sur eux ». Si le magasin de 450 m² n’a rien à envier aux supermarchés de la grande distribution, c’est pourtant de la démarche des épiceries fines dont celle de Cédric Falliero se rapproche le plus : « Contrairement à pas mal d’enseignes qui ont décidé d’enlever les produits de niche parce qu’ils n’étaient pas assez rentables, nous on a décidé de les garder parce qu’ils constituent notre ADN».  

Retour au vrai commerce 

Des rencontres et une proximité qui ont su séduire la clientèle, visiblement réceptive à cet esprit familial… auquel elle participe en remplissant ses paniers : « Dans certains magasins on a une fonction de lien social, on le voit, certains clients ont pris l’habitude de se retrouver à la même heure et ils papotent une bonne demi-heure » confie le président. On sait le Pyrénéen bavard et Anaël Coquillat, le directeur du magasin de Juillan qui est aussi responsable multi sites, revendique cette façon de travailler, à l’opposé de la grande distribution : « Nous sommes des vrais commerçants, on a un fort contact avec la clientèle et c’est là où on se démarque. On ne se lance pas dans le e.commerce pour ces mêmes raisons. Le client ici vient chercher un ensemble, pas seulement un produit, mais des conseils, de l’échange ».  

Du bon, du sain et des prix raisonnables 

L’inflation n’a que peu changé les habitudes de ces consommateurs, en Béarn le panier moyen distance celui du 65 qui préfère les produits non transformés. Dans les deux départements la philosophie est la même : proposer du « bon, du sain, à prix raisonnables ». Souvent montrés du doigt, les prix ont en effet l’autre cheval de bataille de Cédric Falliero et de ses équipes, passablement énervés lorsqu’on désigne le bio plus cher : « L’an dernier, on a fait des comparatifs. A produit égal, comme les fruits, le café ou les avocats, nous étions 18 % moins chers que le magasin de la grande distribution.  On se bagarre vraiment au quotidien pour proposer des produits de qualité et biens de chez nous à des prix de fous ». Une approche qui induit de nombreuses sollicitations concernant la gestion d’autres magasins, dans le département mais aussi en France. Une évolution que l’entrepreneur ne compte pas engager dans l’immédiat : « On va plutôt se concentrer sur des services supplémentaires, comme la livraison à domicile, qu’on assurera nous-mêmes ».