Laurent Teixeira : Business instinct

À 46 ans, Laurent Teixeira a multiplié les investissements dans des univers qui n’ont, en apparence, rien en commun. Portrait d’un homme d’affaires qui préfère s’associer et rester libre.

Laurent Teixeira

Aziz Moujane, l'humoriste Paul Mirabel et Laurent Teixeira dit « Tex ». © Giggles

N’en déplaise au loup de Tex Avery, à Tarbes, c’est bien Tex qui est connu comme le loup blanc. Un diminutif devenu une signature, celle d’un homme d’affaires qui touche à tout, tant que ça l’amuse et qu’il « sent » le projet. Sous son air décontracté et souriant, Laurent Teixeira est pourtant un radar qui scanne les tendances.

Un coup d’avance, souvent, sur un secteur amené à croître ou au contraire à s’écrouler, un quartier désert qui deviendra central… À 46 ans, la vision de ses 20 ans le porte toujours et fait de lui un investisseur surprenant, qui ne se lance jamais seul : « Je préfère avoir 30 % de quelque chose que 100 % de rien ».

Une figure de la nuit

Une philosophie qui le place aujourd’hui à la tête de deux sociétés de lavage automobile, d’un des principaux sites de padel du département… et d’une maison de production de spectacles de stand-up. Le lien ? « Des rencontres et des opportunités. » Des premiers pas commencés dans le business à 23 ans avec le Carpe Diem. Une boîte de nuit qui avait fait de Laurent Teixeira une figure de la vie nocturne. « Je l’ai ouverte avec deux associés, c’était une super aventure. » Ils la vendent quatre ans plus tard, au sommet : « J’ai senti le vent tourner avec les bars musicaux. Je savais qu’on allait inexorablement vers le déclin ». Les fonds sont là, mais pas question de les réinvestir à tout prix : « Monter une affaire pour monter une affaire n’a aucun intérêt ».

Le pari de l’Arsenal

Après quelques mois comme salarié dans la climatisation, le déclic arrive en 2008 avec une première station de lavage automobile à Séméac, là encore avec deux associés. L’investissement est lourd et l’activité moins passive qu’imaginé : « C’est tout l’intérêt de ne pas être seul », plaisante Tex. En 2010, il renouvelle l’opération à Tarbes, dans un quartier qui n’est alors qu’une friche industrielle : l’Arsenal. « On voyait une voiture passer toutes les dix minutes. C’était un désert total. » Aujourd’hui, quelque 12 000 véhicules y circulent chaque jour et la société de lavage est évidemment un succès. Toutes les aventures ne connaissent pas le même.

Revers et succès

En 2011, son association dans le commerce de produits de carrosserie en Seine-Saint-Denis tourne court lorsque les comptes éveillent ses soupçons. « J’ai repris mes billes, je n’ai pas perdu d’argent mais c’est dommage, j’aurais pu en gagner bien plus… Le gars a fait fortune. » Aucun regret : en choisissant de s’associer, le Tarbais se dit « conscient des risques ». « Je n’ai pas de boule de cristal, ça peut ne pas fonctionner. » Une période plus calme suit, entre investissement immobilier et engagement comme élu municipal à Tarbes. En 2018, il repart avec un garage de voitures d’occasion à Escondeaux. L’aventure sera mouvementée mais l’entreprise atteindra 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires avant sa liquidation en 2025, lorsque le marché s’effondre.

Laurent Teixeira

Laurent Teixeira. © Lilian Cazabet – La Vie Economique

Du padel au stand-up

Entre-temps, en 2022, Tex achète un nouveau bâtiment à l’Arsenal sans projet précis. Comme souvent, il attend le déclic. Il arrive en 2024 avec quatre jeunes passionnés de padel : « Ils avaient 23 ans, une énorme envie, aucun fonds. J’ai dit banco et je leur ai donné des parts dans la société ». WA Padel voit le jour et rencontre rapidement son public. C’est là, assis à l’une des tables, que Laurent Teixeira raconte sa dernière aventure aux côtés d’Aziz Moujane. Les deux amis se sont associés dans un univers inattendu : la production de spectacles de stand-up. Avec Les Giggles, ils ont progressivement construit leur crédibilité en misant notamment sur la sélection des artistes. Après le Tarbes Comédie Club, Lourdes accueillera à son tour un festival le 19 novembre, tandis que la société programme désormais des dates chaque mois. « Avant cela, il a fallu aller chercher les gens et prospecter », rappelle Aziz Moujane, passionné de stand-up et en charge de la programmation. Laurent Teixeira ne cherche finalement pas tant la cohérence des secteurs que celle des rencontres et des paris. Une nouvelle aventure où affaires, rires et amitié se combinent, dans une formule qui lui ressemble : « Je suis enchaîné à mes affaires mais libre. C’est l’essentiel ».

« Je préfère avoir 30 % de quelque chose que 100 % de rien ».

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