Façade en cours de rafraîchissement, signalétiques bientôt remplacées et bureaux prochainement rénovés… : à Accous, en vallée d’Aspe, le site et siège des Fermiers Basco-Béarnais s’offre un léger lifting. Des travaux qui relèvent davantage de l’esthétique et du confort que de l’investissement stratégique mais qui, à bien y regarder, sont le reflet d’une vitalité retrouvée par la coopérative. Depuis quelques mois, une nouvelle dynamique est en effet à l’œuvre, portée par son directeur comme son conseil d’administration. Ensemble, ils sont déterminés à tourner la page de plusieurs années difficiles et écrire la suite d’une histoire collective née il y a 44 ans, à l’initiative de producteurs de fromages au lait cru.
La relance après le déclin
Lorsque Nicolas Laforest arrive à la tête des Fermiers Basco-Béarnais il y a moins d’un an, il découvre une structure confrontée à une baisse du nombre de producteurs et des volumes de fromage. Sa feuille de route est claire : simplifier les règles, reprendre la communication et convaincre de nouveaux éleveurs de rejoindre le groupement. « On avait besoin que la coopérative se relance. Pour pouvoir assurer la pérennité des exploitations fermières, le maintien des emplois et la rentabilité de la coopérative, il nous fallait une taille critique » souligne le quadragénaire, fort de son expérience dans l’agroalimentaire, notamment chez Euralis.
La stratégie porte rapidement ses fruits : une quinzaine de fermes ont adhéré ces derniers mois. Une hausse qui change l’échelle de l’activité de la coopérative, qui assure l’accompagnement technique ainsi que le suivi qualité, l’affinage et la commercialisation. Pour absorber cette activité supplémentaire, deux personnes ont été recrutées pour l’affinage : l’équipe compte désormais cinq affineurs à temps plein.

© Les Fermiers Basco-Béarnais
Un enjeu financier
La progression des adhésions est certes un signal positif, mais elle s’accompagne également d’un enjeu financier pour la coopérative. Si la trésorerie était autrefois supportée par les producteurs, elle en assume désormais la charge selon un fonctionnement simplifié : les fromages sont rémunérés aux producteurs dès leur réception en cave, avant même leur commercialisation. Ce décalage entre les décaissements et les recettes, a conduit la structure à adapter sa gestion de trésorerie, avec l’appui de ses partenaires bancaires. Reste désormais à transformer cette dynamique en performance économique : pour l’exercice en cours, elle vise un chiffre d’affaires « entre 3 millions et 3,5 millions d’euros ».
Une nouvelle cave à Louvie-Juzon
Autre changement depuis l’arrivée de Nicolas Laforest : le groupement a recentré son outil de production. Le site de Montory au Pays basque, devenu obsolète, a été vendu au profit d’un recentrage sur les sites d’Accous et Louvie-Juzon, en vallée d’Ossau, où une troisième cave d’affinage a été créée. Si la technique a évolué au fil des années, les fondamentaux, eux, restent inchangés depuis la création des Fermiers Basco-Béarnais : affinage manuel, méthodes traditionnelles et traitement séparé des fromages pour préserver leur traçabilité et leur identité. Une vingtaine de références sont affinées, parmi lesquels le fameux Ossau-Iraty Fermier AOP ou encore la tomme des Pyrénées IGP, commercialisées partout en France.

© Cyril Garrabos – La Vie Economique
Une commercialisation à l’international
La structure, qui laisse le choix aux producteurs de vendre en direct ou non une partie de leur production, s’appuie sur un vaste réseau commercial pour écouler les 250 tonnes produites chaque année. Les fromages sont principalement vendus hors des Pyrénées-Atlantiques, via des partenaires grossistes qui approvisionnent notamment les fromageries, mais aussi la restauration et certains commerces de bouche. Sans oublier des tables étoilées, à l’image du restaurant de Sébastien Gravé, à Bayonne. La coopérative cherche également à renforcer ses positions à l’international. L’export, assuré par la société toulousaine Saveurs des Pyrénées, représente actuellement entre 10 et 15 % des fromages commercialisés, avec des débouchés en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient.
« Je suis un employé des fermes »
Pour autant, les Fermiers Basco-Béarnais, s’ils voient loin, ne voient pas forcément beaucoup plus grand et entendent préserver leur identité. « Nous sommes et nous resterons une petite coopérative », souligne Nicolas Laforest, qui tient à conserver une proximité avec les producteurs. Ce dernier revendique ainsi une structure qui serait « l’extension » des fermes adhérentes : « Je suis le directeur de la coopérative, mais je suis surtout un employé des fermes du territoire ». De nouveaux producteurs pourraient malgré tout rejoindre les rangs, puisqu’il « reste de la place », mais la direction ne veut pas faire de la croissance du nombre d’adhérents une fin en soi. La priorité est avant tout de fidéliser les derniers entrants : à l’adhésion, le producteur bénéficie d’une période probatoire d’un an, avant de s’engager pour une durée de quatre ans. Leur décision sera de fait cruciale et permettra d’envisager, ou non, de futurs investissements. Avec, quoi qu’il en soit, une ligne directrice portée par Nicolas Laforest qui, elle, ne changera pas : « Notre job, c’est de défendre les intérêts des producteurs fermiers. »

© Les Fermiers Basco-Béarnais
L’export représente entre 10 et 15 % des volumes commercialisés
Les Fermiers Basco-Béarnais en chiffres
3 millions d’euros de chiffre d’affaires
250 tonnes de fromages affinés chaque année
Près de 40 producteurs adhérents
10 salariés
6 caves d’affinage sur 2 sites
Des fromages médaillés
En février dernier, l’Ossau-Iraty AOP des Fermiers Basco-Béarnais a de nouveau décroché la Médaille d’Or au Concours général agricole du Salon international de l’agriculture de Paris, tandis que son Berger Basque Fermier, une tomme de brebis au lait cru, a obtenu une Médaille d’Argent dans la catégorie Tomme de Brebis. Cette série de distinctions s’inscrit dans la continuité d’une autre reconnaissance obtenue fin 2025 : le Somport, Tomme des Pyrénées Fermière, a remporté une Médaille d’Or au Concours Saveurs Nouvelle-Aquitaine.