Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Les nouveaux enjeux de Veolia

Energie, IA, décarbonation : directrice de la région Sud-ouest pour l’activité recyclage et valorisation des déchets chez Veolia, Sophie Delage présente les axes de développement d’un secteur en perpétuelle évolution.

Véolia

Sophie Delage, directrice régionale de l’activité Recyclage & Valorisation des déchets pour le sud-ouest de Veolia.© LilianCazabet-Vie Economique 

La Vie Economique : Dans les Hautes-Pyrénées, Veolia travaille en lien avec le SYMAT pour la collecte des déchets. Quelles sont vos missions précisément ?  

Sophie Delage : « Nous avons trois agences à Tarbes, Lourdes et Bénac. Le SYMAT nous a renouvelé sa confiance pour la collecte des déchets résiduels et recyclables pour l’ensemble de 118 communes. Sur Tarbes, nous avons une activité plus orientée vers les entreprises et les industriels, pour les déchets valorisables ou non, principalement le papier, le carton, le plastique et le bois. Cela représente environ 200 clients. Nous y avons également une déchetterie dédiée aux professionnels. Véolia a un partenariat avec des éco-organismes, des entreprises chargées d’organiser la collecte et la valorisation d’un certain type de déchets, comme les emballages. A Tarbes, nous travaillons avec Valobat qui permet d’accueillir les déchets professionnels notamment les produits du bâtiment et de la construction. »  

LVE : Combien de collaborateurs avez-vous dans le 65 ? 

S.D : « Nous en avons 55, on peut dire que nous sommes une entreprise locale dans le sens où nos métiers ne sont pas des emplois délocalisables, ça fait toute la force de leur ancrage territorial. On travaille avec des entreprises sous-traitantes qui nous accompagnent au quotidien, on fait partie d’un grand groupe mais avec un impact local. » 

« Sur le site de Bénac, on accueillera 60 000 tonnes de déchets dits résiduels en 2024 » 

LVE : Le site de Bénac est très particulier puisque depuis 2011, il assure une fonction d’unité de production de biogaz issu de la dégradation des déchets. Quelle est sa production ?  

S.D : « C’est d’abord un site d’enfouissement des déchets depuis une cinquantaine d’années. En 2024 on y accueillera 60 000 tonnes de déchets dits résiduels, pour lesquels on n’a pas de solution de recyclage ou de réemploi. En parallèle on y produit 9000 MWh par an, en équivalence c’est 50 % d’électricité, qui couvre les besoins de 2000 habitants. On produit également de la thermie pour la consommation de 1 000 habitants. »  

LVE : Est-ce qu’on peut dire que c’est une des énergies sur lesquelles compter ?  

S.D : « Depuis plusieurs années, il y a la volonté que les déchets soient utiles aux territoires. Ce sont des énergies alternatives et effectivement dans toutes les solutions de traitements des déchets résiduels, l’objectif est de pouvoir capter l’énergie qui en ressort. Sur le site de Bordeaux, on a réussi à préparer des déchets qui étaient destinés à l’enfouissement pour en faire un combustible solide de récupération. Veolia a une installation de préparation qui va alimenter une usine de cimenterie, remplaçant ainsi l’énergie fossile. C’est un process très bien maîtrisé et une manière d’accompagner nos clients sur la transformation écologique mais aussi énergétique. »   

LVE : Veolia est également très engagé dans la décarbonation, comment accompagnez-vous vos clients ? 

S.D : « Dans un contrat comme celui du SYMAT à Tarbes, l’accompagnement se fait de façon très concrète au travers d’actions type carburation alternative. Toute l’agence a basculé dans une carburation à partir de biocarburants, fabriqués à partir de ce qui aurait pu être un déchet organique et on l’utilise pour nos camions. Ça a un véritable impact puisque les réductions de CO2 vont être réduites de 70 à 90 %. Dans ce même marché, on aura deux véhicules qui fonctionneront à l’électricité. » 

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LVE : C’est l’enjeu de l’avenir ? 

S.D : « Clairement, oui. Aujourd’hui Veolia accompagne les collectivités et les entreprises pour limiter leurs impacts sur l’environnement, on y contribue à travers ce qu’on maîtrise comme la carburation de notre flotte, on n’est plus uniquement sur l’aspect déchets. »  

LVE : Au niveau régional, quelles sont vos principales pistes d’évolution ? 

S.D : « Elles sont nombreuses ! A Toulouse nous avons, par exemple, une unité de broyage et de valorisation des plastiques où on les prépare pour qu’ils aillent vivre une deuxième vie vers les unités de production. On traite à peu près 2000 tonnes et l’objectif c’est d’augmenter la valorisation de 25 %. En complément, Veolia s’est associée au Village By CA, un centre d’innovation, et on a lancé un appel à projets sur le recyclage des plastiques et sa substitution. Pour l’instant on a une trentaine de dossiers, on est plutôt contents de voir le dynamisme sur un sujet qui n’est pas évident. L’idée c’est encore une fois de pouvoir identifier des porteurs de projets et travailler avec eux pour atteindre les 100 % de plastiques recyclés.  

Concernant le recyclage, on engage vraiment nos clients à pousser le curseur le plus loin possible 

Concernant le recyclage, on engage vraiment nos clients à pousser le curseur le plus loin possible, c’est dans cet esprit qu’on mène actuellement à Toulouse une expérimentation avec la start-up Akhantas pour détecter la qualité des flux qu’on reçoit sur nos sites. On va avoir une photographie des déchets entrants qui va nous permettre d’identifier s’il reste un peu de carton ou de bois. Le but est d’établir des pistes d’amélioration. »  

LVE : Vous travaillez avec de nouveaux partenaires pour évoluer. Est-ce également le cas dans le secteur R&D ? 

S.D : « En Occitanie, la R&D est très axée intelligence artificielle, on s’associe aux start-ups locales qui vont pouvoir nous accompagner et nous faire évoluer tout en leur donnant un terrain de jeux qui est le nôtre. Cela leur permet de s’expérimenter et de mener au bout leurs recherches. Sur nos sites de traitement, on a beaucoup travaillé sur la robotique, on reste un métier très ouvrier et notre but c’est de toujours éloigner l’humain du déchet. D’abord pour le confort mais aussi pour limiter les risques du métier. Et on continue de travailler sur la qualité des flux, on part des besoins de clients de l’aval comme les papetiers et les cimentiers. Enfin nous avons un partenariat avec la société IXO qui identifie aussi les flux directement sur les camions de collecte à partir d’une caméra, l’idée étant de limiter les erreurs de tri. On a développé ça sur la région bordelaise et ça nous permet d’identifier les quartiers où la qualité des flux n’est pas optimale et pouvoir avoir des actions très ciblées. »  

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LVE : Vous êtes en poste depuis le 1er juillet dernier mais vous avez un long parcours au sein du groupe. Quels sont vos objectifs personnels en tant que directrice régionale ? 

S.D : « En effet, j’ai fait toute ma carrière chez Veolia en alternant les fonctions opérationnelles comme directrice des unités de valorisation énergétique en Occitanie et les fonctions dites support en étant responsable de filière de valorisation et d’innovation. D’un point de vue personnel, le vrai enjeu c’est de pouvoir continuer à avancer et s’améliorer sur la sécurité mais aussi sur le bien-être des collaborateurs au travail. Ensuite, je souhaite engager l’engager l’ensemble de mes collaborateurs sur les sujets de la valorisation matière et la décarbonation. Ce sera le leitmotiv. »