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Les sportives en quête de mécènes

La Maison du Sport au Féminin de Toulouse s’attaque au financement des carrières des sportives. Une plateforme de mise en relation avec les entreprises du territoire vient d’ouvrir pour encourager les parrainages et ainsi améliorer les conditions de travail des femmes dans le sport.

© Adrien Nowak - La Vie Economique

Un chiffre résume souvent de longs discours. En France, les sportives gagnent encore en moyenne 3 à 4 fois moins que les hommes tous sports confondus. Un chiffre qui grimpe même à 27 quand on parle du sport roi dans notre pays, le football. « Beaucoup de sportives sont sous le seuil de pauvreté » déplore Maguelone Pontier, la présidente de la Maison du Sport au Féminin, inaugurée en décembre 2022. Pour remédier à ce problème, l’association a créé une plateforme pour mettre en lien ces sportives avec des entreprises du territoire qui veulent s’engager dans une action de mécénat.

« Avec la loi PACTE, une entreprise peut défiscaliser jusqu’à 20 000 euros par an en mécénat »

Système unique en France

C’est la première fois qu’un tel dispositif est mis en place en France. « Les sportives s’inscrivent en détaillant leurs besoins. Les entreprises indiquent de leur côté ce qu’elles peuvent apporter. Ce peut être de l’argent, mais aussi un soutien en nature ou en bénévolat » détaille Maguelone Pontier. La plateforme est également anonymisé, ce qui fait qu’une entreprise ne peut pas sélectionner spécifiquement une sportive à parrainer. C’est la Maison du Sport au Féminin qui joue le rôle de l’entremetteur.

« Quand on s’entraîne 6h par jour, on n’a pas le temps de chercher des soutiens financiers »

Défiscalisation

Pour l’entreprise, ce mécénat rentre évidemment dans le cadre de la politique RSE, même si ce n’est pas le seul objectif rappelle le vice-président de l’association, Damien Comolli. « J’en ai marre qu’on voie le sport féminin uniquement par le biais de la RSE. Au Téfécé, je gère aussi la section féminine et mon envie c’est de performer, de gagner des titres. Or aujourd’hui, il n’y a pas encore de modèle économique, on a donc besoin des entreprises pour cela. » Un moyen aussi pour l’entreprise de réaliser une belle opération fiscale. « La loi PACTE permet aujourd’hui aux TPE / PME de choisir un plafond de mécénat annuel, qui peut atteindre 20 000 euros » détaille Philippe Spanghero, membre fondateur de la Maison du Sport au Féminin. « C’est intéressant pour ces entreprises car 9 sur 10 n’utilisent pas tout leur potentiel de défiscalisation. »

© Adrien Nowak - La Vie Economique

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Le mécénat pour la réussite

Pour les sportives, ce mécénat est une bouffée d’air. Une chance pour que l’argent ne soit pas un obstacle à la pratique de leur discipline. « Les politiques nous répètent à l’envi qu’ils veulent des médailles aux JO, mais pour cela il faut les aider, et principalement les femmes » souligne Valérie Jimenez, présidente déléguée du Medef 31. « On parle beaucoup des Jeux en ce moment, mais il n’y a pas que ça. On a besoin d’aide à plein d’autres moments » rappelle la nageuse Madelon Catteau, 20 ans et parrainée par le Marché d’Intérêt National (MIN). « Une saison coûte très cher, que ce soit pour l’entraînement, les déplacements, les compétitions, l’équipement … Toute aide qu’on reçoit est cruciale pour notre carrière » souligne celle qui a reçu une médaille de bronze aux Championnats d’Europe en 2022. L’aide fournie par le MIN concerne l’alimentation de la championne. Des paniers de fruits et légumes indispensable à l’équilibre nutritif d’une sportive et qui représente également une dépense en moins pour la jeune femme. « C’est important pour mon équilibre physique et mental. Quand on s’entraîne 6 heures par jour, on n’a pas toujours le temps de chercher des soutiens financiers. Cette précarité dans le sport féminin doit cesser. »

© Adrien Nowak - La Vie Economique

© Adrien Nowak – La Vie Economique

Vie de sportive, vie de femme

Une précarité qui est d’autant plus problématique lorsque la sportive envisage la maternité pendant sa carrière. « Il y a une vraie peur chez ces femmes qui se retrouvent en position de faiblesse par rapport à leur sponsor » témoigne l’avocat toulousain Daniel Capeller-Arnaud. C’est le cas de la triathlète Manon Genêt. « Je suis dans une discipline où les sponsors sont la seule source de financement. Si je voulais tomber enceinte, je n’avais aucune couverture. » La Maison du Sport au Féminin a aidé la toulousaine d’adoption pour intégrer une clause qui la sécurise financièrement en cas de grossesse. « Je ne devrais pas avoir à choisir entre ma vie d’athlète et ma vie de femme ! » Signe du destin, quelques semaines après avoir signé cet avenant avec son sponsor, Manon Genêt est tombée enceinte. Elle attend désormais des jumeaux pour le printemps.