Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Lourdes, un modèle hôtelier à réinventer

Pour les professionnels de la deuxième ville hôtelière de France, le changement de clientèle n’est pas sans bousculer une organisation de travail quasi historique. Des adaptations qui se heurtent à un contexte économique en pleine reconstruction.

Lourdes

© Lilian Cazabet

Les différentes actions de promotion menées par le Sanctuaire Notre-Dame ne sont pas sans incidences pour les socio-professionnels lourdais qui eux aussi doivent s’adapter à ce renouveau touristique. Si la saison à venir semble très prometteuse avec une fréquentation proche de l’avant-crise, le modèle économique est indéniablement en train de pivoter et ce bouleversement se ressent concrètement au niveau de l’hébergement. Christian Gélis, président de l’Union des Métiers et des Industries Hôtelières des Hautes-Pyrénées et gérant de l’hôtel Notre-Dame de Lorette, a déjà constaté ce changement de pèlerins qui est aussi celui de la clientèle : « Le marché se segmente, on le voit dans la manière dont les gens commencent à réserver, dès l’instant où on n’opte pas pour un voyage avec les opérateurs des formules grands groupes, on exprime des attentes beaucoup plus individuelles. Il y a une segmentation dans les réservations, on est doucement en train glisser en faveur d’un nombre croissant de particuliers ».

Montée en puissance des lignes aériennes

Facilitée par la montée en puissance des lignes aériennes qui fluidifient leur transport, l’arrivée de ces particuliers qui ne viennent plus seulement par le biais des organisations de pèlerinage est une réelle nouveauté. Lourdes serait-elle en train de devenir une simple destination dans le monde ? En tous cas, elle est de plus en plus choisie par des familles et des touristes individuels, mués par la curiosité ou une visite ponctuelle.

« Il faut accroître la qualité des produits touristiques que l’on propose »

Pour les professionnels, cette évolution est synonyme de challenge et soulève de nombreuses questions : « Les attentes des clients sont plurielles et diversifiées, on va devoir passer du modèle « mono-client mono-produit » à un autre qui va demander d’augmenter et d’accroître la qualité de ce que l’on propose. Par génération, on a grimpé d’une étoile ».

Du tourisme cultuel au tourisme spirituel

Le tourisme cultuel est en train de s’élargir au tourisme spirituel au sens large et ce tournant inattendu risque de bousculer la ville qui s’est longtemps définie comme une destination peu chère : « La durée des séjours a beaucoup changé, là où les gens dormaient deux ou trois nuits, ils ne restent plus qu’une, aujourd’hui plus de la moitié de la fréquentation est devenue excursionniste et là aussi on a quelque chose à challenger. Il faut redensifier l’offre et être de nouveau lisibles, visibles et crédibles ». Autant de défis qui s’inscrivent dans un contexte toujours fragile de post-pandémie. En 2020, sa fréquentation est tombée à 10 % de ce qu’elle était et les stigmates de cette sombre période ne sont pas encore effacés.

Lourdes

© Lilian Cazabet

Investissements et PGE : une union compliquée

Deuxième ville hôtelière de France, Lourdes comptait 143 établissements classés avant le Covid. Diversifier l’offre d’hébergement ou assurer une montée en gamme demande des investissements que les professionnels ne sont pas tous en mesure d’assumer. Se relever de deux années sans clientèle ne s’est pas fait sans Prêts Garantis par l’Etat et ces PGE, il faut les rembourser : « Ça va être compliqué, …pendant 2 et 5 ans, pour certains ce sera une période difficile… Il va falloir non seulement rembourser mais reconstituer des capitaux propres et retrouver des fonds de roulement », assure Christian Gélis.

Relancer la machine

Relancer la machine tout en cherchant les moyens de lui faire poursuivre l’évolution qui était attendue sont les défis des Lourdais mais force est de constater que le parc hôtelier s’est maintenu, malgré des postes de charges qui flambent : « Ils ont pris 15 %, ça contracte les marges, c’est une évidence. Mais je ne suis pas inquiet pour l’avenir de Lourdes, l’hôtellerie ici c’est une entreprise patrimoniale et il y a une forte capacité de résilience». Lourdes a vécu sur un modèle économique exceptionnel de nombreuses années, qui se faisait de lui-même et dont la santé économique était si particulière qu’elle en était presque illisible pour l’extérieur. Habitués aux groupes de pèlerins, les hôteliers devront désormais composer avec des touristes plus disparates, avides de découvrir la ville tant pour son aura spirituelle que son environnement.

Des tensions de recrutement

Si les pèlerins reviennent, les difficultés de recrutement marquent un peu le début de la saison et comme tous les secteurs d’activité, l’hôtellerie et la restauration sont confrontées à ce défaut de travailleurs saisonniers : « En gros, il manque à ce jour 300 saisonniers. L’attractivité du métier, du panier d’avantages sociaux, la mobilité mais aussi l’hébergement…Tout joue. Rien n’est particulièrement envisagé au niveau de leur hébergement, il y a pourtant une urgence absolue de se pencher sur cette question et c’est vraiment un combat à mener. Dans un département où le tourisme représente 35 % du PIB, c’est un vrai sujet, il y a des initiatives à mettre en œuvre » affirme le président de l’UNIH 65. Afin de promouvoir ces métiers, durant tout le mois d’avril, les services de l’Etat ont coordonné des actions menées avec les autres acteurs du service public de l’emploi départemental et des branches professionnelles les plus touchées par ces tensions de recrutement à Lourdes.