Couverture du journal du 02/12/2020 Consulter le journal

Octobre rose dans un cadre professionnel

Parce que le cancer du sein vient frapper des femmes en âge de pleine activité au travail, le Comité féminin Dordogne et le Service de santé au travail ont choisi de porter l’attention d’Octobre rose sur le sujet.

Octobre Rose cancer femme travail Dordogne

Sur les 142 000 cancers détectés en France chaque année, une bonne part est liée à des facteurs évitables (tabac, alcool, habitudes alimentaires, sédentarité) et, s’agissant du cancer du sein, le dépistage précoce permet d’envisager des traitements moins lourds et une reprise du travail dans de meilleures conditions : dans 9 cas sur 10, un cancer du sein guérit lorsqu’il est repéré assez tôt.

Le médecin du travail a un rôle dans le dispositif de repérage et d’accompagnement

En Dordogne, le programme Vitalis portant sur les femmes de 50 à 74 ans affiche un taux de participation de 50 % et permet de révéler 180 cas par an. Le service de santé au travail et le Comité féminin Dordogne ont réuni des intervenants dans le cadre d’Octobre rose pour aborder plus particulièrement le thème de la prévention et de la reprise d’activité, qui concerne aussi la sphère de l’entreprise : le médecin du travail a un rôle dans le dispositif de repérage et d’accompagnement. Le docteur Loze rappelle la dimension préventive de sa mission et la contribution au dépistage, mais aussi l’aide à la réinsertion.

ATTENTION AU TRAVAIL DE NUIT

Si le Danemark reconnaît le cancer du sein comme maladie professionnelle lorsque la femme concernée travaille de nuit, la France n’a pas franchi le pas sur ce cancer précis ; notre pays est pourtant, avec l’Allemagne, celui de l’Union européenne qui déclare le plus de cancers en maladie professionnelle. Il est cependant clairement reconnu que le travail de nuit et le travail posté perturbent le cycle hormonal et augmente le risque de cancer du sein avant la ménopause, de l’ordre de 26 %. En effet, à partir de 21 h, le corps sécrète la mélatonine nécessaire à l’endormissement ; une perturbation du rythme veille-sommeil, avec la lumière artificielle subie la nuit, impacte le taux d’œstrogène et donc la survenue de cancer. « Il faut compter deux ans après l’arrêt du travail de nuit pour que ce risque diminue. » Le médecin du travail souligne la nécessité de préparer le retour au travail, d’anticiper et d’accompagner la femme sur ce chemin : « Plus l’arrêt a été long, parfois six mois, plus le retour est compliqué, elle se demande si elle va retrouver ses repères dans l’entreprise, comment elle pourra s’organiser avec ses collègues, elle craint souvent le regard des autres. » D’autant qu’elle doit souvent composer avec la fatigue et les troubles du sommeil, des perturbations de la mémoire et de la concentration, de douleurs chroniques et diminution de force physique. Après la visite de pré-reprise sollicitée auprès du médecin du travail, une rencontre avec l’employeur permet d’envisager un retour dans de bonnes conditions et d’évaluer les contraintes pour favoriser le maintien dans le poste. « Nous sommes généralement sollicités pour des préconisations dès lors que l’arrêt de travail se prolonge et que des aménagements sont pressentis. »

 

Les intervenants à la table ronde proposée à Périgueux, masqués, parce qu’Octobre rose doit aussi composer avec le virus… © D.R.

CONFIANCE ET ALIMENTATION

En agissant en amont, avec une demande de reconnaissance de handicap, l’entreprise peut bénéficier d’aides pour restructurer le poste et avancer avec les conseils d’un ergonome, compétence dont dispose le service de santé au travail.

La reprise peut s’effectuer en temps partiel, avec un complément de la Sécurité sociale, sur plusieurs mois afin d’assurer durablement le maintien dans l’emploi. « L’essentiel est d’éviter la désinsertion professionnelle. L’accompagnement du psychologue du travail est tout aussi important, car le cancer du sein peut provoquer une perte de confiance et une peur du regard des autres. » Mathieu Lemoing, onco-diététicien intervenant pour le Comité féminin, souligne l’impact de l’alimentation jusqu’à la rémission et la guérison.

L’entreprise peut bénéficier d’aides pour restructurer le poste et avancer avec les conseils d’un ergonome

L’hormonothérapie engendre une fatigue, les traitements de fond provoquent une augmentation de l’appétit et donc une prise de poids, qui peuvent conduire à une perte de confiance d’autant plus grande qu’elle est associée à la baisse d’activité professionnelle. Les programmes proposés par la Cami Sport & Cancer complètent le soutien diététique qui, en début de traitement, vient pallier des effets secondaires plutôt inverses : « 40 % des femmes atteintes de cancer sont en état de dénutrition avancée. » En dépit du soutien d’une équipe pluridisciplinaire pour accompagner le retour à l’emploi, une inaptitude médicale peut finalement intervenir. Des formations qualifiantes sont alors envisagées, avec une évaluation des aides possibles par une assistante sociale. Un an après l’arrêt des traitements, on constate que 77 % des femmes sont en activité, 10 % en arrêt de travail et 13 % en recherche d’emploi.

 

Photo de Ave Calvar Martinez provenant de Pexels