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Périgord VDL : le « petit » véhicule de loisirs qui monte

Le leader français des vans et fourgons de loisirs aménagés va doubler son site historique de Brantôme et envisage d’installer une deuxième unité dans l’agglomération de Périgueux. Objectif général : passer de 3 000 à 12 000 véhicules par an. Ce marché porteur, qui dépasse celui des camping-cars, n’attend plus.

Périgord VDL

Périgord VDL © S. B. T.

C’est un choix de tourisme, comme les résidences secondaires dont il constitue une alternative, qui redonne des couleurs au marché local depuis la crise sanitaire : le VDL, pour véhicule de loisirs (on pourrait tout aussi bien dire véhicule de liberté), bat des records de commandes. Les retraités ne sont plus les seuls à vouloir profiter de la vie. En formule fourgon aménagé, la spécialité de Périgord VDL, ce mode de voyage touche une cible familiale de primo-accédant, plus jeune, loin du profil des propriétaires de camping-cars à l’esprit grégaire. Ces utilitaires adaptés et transformés, parfois des vans, jouent l’équilibre parfait entre taille, espace habitable et prix d’achat. Les salons, comme celui de Barcelone, témoignent d’une tendance durable.

Aux mains d’artisans il y a encore 20 ans (20 salariés à Brantôme pour une cinquantaine de véhicules par an), ce marché est passé en mode industriel et représente un VDL sur deux. « Nous avons créé la demande », constate Benaouda Abbou, directeur général de Périgord VDL. « La limitation des camping-cars en centre-ville a offert une belle visibilité aux plus petits modèles. » Maud Malécot, responsable marketing Europe, souligne la dimension humaine liée aux aménagements réalisés sur-mesure dans un processus passé du mode artisanal au cadre industriel : ces métiers de la construction, en voie de féminisation, mobilisent un savoir-faire « maison » transmis aux nouveaux arrivants. Et ils devraient être nombreux dans les prochaines années… Car l’entreprise n’arrive plus à répondre à la demande avec ses 300 salariés, et 80 intérimaires. « Toute notre production est déjà vendue, chaque véhicule a son client », insiste Benaouda Abbou, qui s’attache à résoudre rapidement les problèmes d’espace afin de travailler dans une configuration normalisée.

La limitation des campings-cars en centre-ville a offert une belle visibilité aux plus petits modèles

Maud Malécot, responsable marketing Europe et Benaouda Abbou, directeur général de Périgord VDL

Maud Malécot, responsable marketing Europe et Benaouda Abbou, directeur général de Périgord VDL © S. B. T.

 

EXTENSION SUR SITE ET SECONDE IMPLANTATION

Entré en 2004 dans le groupe Trigano, le leader dans la fabrication de fourgons aménagés en France se trouvait déjà à l’étroit à Brantôme. L’engouement post-Covid pour cette façon de voyager dans la nature, en autonomie, accélère les décisions.

Une première étape est actée avec un agrandissement sur site de 2,5 hectares pour réorganiser l’atelier et le stockage, le parking occupant à lui seul 2 hectares. Le bâti pourra s’étendre sur un hectare de plus, ajouté aux 15 000 m2 couverts d’aujourd’hui, avec l’objectif de doubler la production pour réaliser 6 000 véhicules par an. Mais ce n’est pas tout. La position « historique » de l’entreprise créée en 1978 sous le nom de Font Vendôme limite la capacité de recrutement dans les environs (un tiers des salariés actuels vit à Brantôme, un tiers à Périgueux et un tiers vers Nontron et Thiviers) et la fige dans un secteur trop éloigné des grands axes de circulation. Un rapprochement de l’A89 est envisagé, le chant des sirènes se faisant même entendre depuis Brive pour accueillir la future usine… Mais les relations les plus sérieuses sont en cours avec le Grand Périgueux, pour une implantation sur un terrain de 9 ha d’un des parcs d’activités de Cré@Vallée. Le recrutement des 300 salariés pour cette nouvelle unité devrait être plus facile sur le bassin de vie de l’agglomération, et la logistique de transports plus adaptée.

La limitation des campings-cars en centre-ville a offert une belle visibilité aux plus petits modèles

Benaouda Abbou se dit en capacité financière de lancer le chantier aussitôt données les autorisations, en partie liées à des agréments de l’État via le ministère de la Transition écologique. Le site pourrait fonctionner un an après.

À 1 000 euros le m2, l’implantation de 25 000 m2 représente donc un investissement de 25 millions d’euros, en autofinancement. « Le privilège des groupes », remarque le dirigeant, « nous ne bénéficions pas d’aides. » La formation sera encadrée en interne pour monter progressivement en cadence et produire, là aussi, 6 000 véhicules par an, qui s’ajouteront aux 6 000 attendus après l’extension brantômaise. Côté profil des futurs salariés, « la volonté de travailler est la seule exigence, ceci pour des horaires en journée, une convention collective des services automobiles plus élevée que le Smic et une participation aux bénéfices qui représente 2,5 mois de salaire. » De quoi attirer « dans un contexte de tension handicapant pour les entreprises, qui ne colle pas avec le discours sur la réindustrialisation ». Cette installation s’accompagnera forcément d’activités de sous-traitance, du fait de pièces spécifiques à chaque marque. Et le dirigeant de citer la référence italienne, en Toscane, d’un écosystème de fournisseurs groupés autour d’un fabricant, alors que la France travaille avec un modèle plus éclaté.

Périgord VDL

Périgord VDL © S. B. T.

VOYANTS COMMERCIAUX AU VERT

Périgord VDL se situe dans un environnement où le marché de l’occasion a maintenant dépassé celui du neuf, avec encore peu d’offres de seconde main : les perspectives pour les véhicules d’origine sont donc toujours favorables à un horizon éloigné et les commandes affluent via un réseau national de concessionnaires multimarques (60 points de vente pour Font Vendôme et 500 pour Randger, les deux marques vedettes). L’entreprise enregistre la moitié de ses ventes à l’international (Allemagne, Italie, Espagne, Suisse, Belgique, Danemark, Pologne, Tchéquie…). À titre de repère, sur un marché global de 185 000 véhicules commercialisés en Europe sur ce créneau, 85 000 le sont en Allemagne et 33 000 en France. « Trigano a déjà 26 marques comme la nôtre. Tous les fabricants de camping-cars traditionnels ont développé une gamme qui nous concurrence. » Périgord VDL représente 5 % du marché français des véhicules de loisir avec Font Vendôme et 2 % avec Randger, le plus important vendeur se situant à 6,5 %. L’entreprise est 6e sur les immatriculations toutes marques confondues.

L’implantation de 25 000 m2 représente un investissement de 25 millions d’euros

Comme tous les professionnels de la filière automobile, Périgord VDL est tributaire des approvisionnements et dépend du nombre de châssis en provenance des constructeurs. Les options appliquées sur les « carcasses » d’utilitaires ont remplacé le sur-mesure d’origine mais l’esprit artisanal demeure. Un service R&D intégré réalise des prototypes pour proposer un nouveau modèle par an et enrichir la gamme selon les marques, Font Vendôme comptant quinze modèles.

En se réorganisant pour se développer, Périgord VDL devrait rapatrier des pays de l’Est certaines composantes, comme les faisceaux électriques, simples à mettre en œuvre, et faire une place à des demandes spécifiques de séries. Benaouda Abbou se rapproche de l’objectif de volume qu’il s’était fixé en arrivant, ce qui se traduit par un bond de chiffre d’affaires de 71 à 134 millions d’euros sur le dernier exercice. « Nos ressources humaines ont permis une adaptation malgré le cadre contraint de l’outil de production. » La hausse du prix des carburants et les préoccupations environnementales égratignent à peine ce secteur en croissance durable. « La motorisation hybride va arriver sur ce type de véhicules, l’électrification du parc est un véritable enjeu, qui est d’abord celui des constructeurs. »

Sur le dernier exercice, le chiffre d’affaires a fait un bond de 71 à 134 millions d’euros