Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Ressource en eau : création de Rés’Eau 24

Les épisodes de sécheresse des dernières années font de la ressource en eau une préoccupation majeure des particuliers comme des professionnels. Bilan et perspectives en Dordogne.

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Dressant le bilan de l’étiage, les services de la préfecture inscrivent 2023 dans le trio de tête des années les plus sèches avec 2022 et 2019. La faible pluviométrie hivernale avait entraîné une recharge déficitaire d’environ 20 %, situation plus marquée qu’en 2022 (-13 %). La tendance de fond d’aggravation des tensions sur cette ressource se confirme donc, avec une difficulté à concilier l’ensemble des usages, même si les pluies de cet automne ont permis une levée progressive des restrictions sur l’ensemble du bassin. Quatre arrêtés cadres interdépartementaux (sous-bassins de la Dordogne, de la Charente, du Dropt et du Lot) ont fixé les mesures générales de gestion et de préservation en période de sécheresse : zones d’alertes, mesures de limitation des usages… Ce nouveau cadre partagé, avec des décisions coordonnées, a permis une gestion plus cohérente des restrictions à l’échelle de chaque sous-bassin.

Des investissements clés

Outre les efforts entrepris pour la gestion de l’eau en agriculture, des moyens et des outils permettent un suivi plus précis pour évaluer le rendement des réseaux, identifier et localiser les fuites. Les syndicats du département poursuivent leurs investissements, l’un des objectifs du Plan Eau visant à diminuer de 10 % les prélèvements en 2030. Un travail spécifique concerne les plus gros consommateurs, avec un effort collectif porté sur l’industrie en période de crise. Cinq arrêtés préfectoraux, signés le 22 juin dernier avec les industriels (hors secteur agroalimentaire) utilisant plus de 100 000 m³/an, prévoient qu’ils fournissent aux services de l’État un plan de continuité et une étude technico-économique sur les économies d’eau envisageables. Ces documents permettront de fixer des mesures en cas de sécheresse mais aussi dans le cadre d’évolutions du site ou de process. Les agences de l’eau peuvent accompagner financièrement les diagnostics de consommation et solutions techniques possibles.

Rés’eau 24 a pour vocation de mobiliser l’intelligence collective pour avancer sur des solutions et des adaptations techniques

En plus de ces arrêtés préfectoraux, un arrêté ministériel générique (plan Eau) a été signé le 30 juin pour les installations classées protection de l’environnement (ICPE) qui prélèvent plus de 10 000 m³/an. Il précise les mesures de restriction des prélèvements et consommations d’eau en période de sécheresse*. Sur la base des déclarations 2022, 11 ICPE de Dordogne sont concernées (dont 5 pour plus de 100 000 m³/an). 5 industriels sont exemptés puisqu’ils ont baissé leur consommation d’eau de plus de 20 % (de 20 à 60 %) de 2018 à 2022 ou réutilisent plus de 20 % d’eau (entre 53 et 85 %) dans leurs process industriels. À noter que les prélèvements d’eau industriels ne représentent que 12 % des consommations sur le bassin Adour-Garonne à l’étiage. Et que les barrages ont un rôle déterminant pour soutenir l’étiage des vallées de la Vézère et de la Dordogne.

S’organiser et s’adapter

Dans un contexte alternant sécheresses et inondations, le Conseil départemental et son agence technique (ATD24) viennent de créer Rés’eau 24 pour répondre aux enjeux : ce nouvel outil, à destination des élus et des techniciens chargés des politiques d’eau potable et d’assainissement, a pour vocation de mobiliser l’intelligence collective pour avancer sur des solutions et des adaptations techniques (échange d’expériences et de savoir-faire, veille technique et réglementaire, nouvelles problématiques, options techniques et économiques, réutilisation des eaux usées). Assainissement des eaux usées, gestion intégrée et durable des eaux pluviales sont au rang des priorités des acteurs de l’eau qui pourront s’inspirer, par exemple, de la station d’épuration de Boulazac construite en 2015 qui utilise un procédé innovant pour éliminer les polluants dans l’eau usée au moyen de racines de plantes aquatiques sous serre.

En 2026, les compétences d’eau potable et d’assainissement reviendront aux communautés de communes

340 systèmes d’assainissement collectif

Les collectivités s’efforcent de trouver des solutions pour leurs politiques d’eau potable et d’assainissement, dans un souci de protection des écosystèmes. En 2026, ces compétences reviendront aux communautés de communes : qualité des rejets des stations d’épuration aux milieux aquatiques, qualité et quantité de l’eau destinée à la consommation humaine, renouvellement et financement des infrastructures de l’eau et de l’assainissement, traitement des pollutions émergentes sont autant d’enjeux durables. La Dordogne compte 340 systèmes d’assainissement collectif (réseau de collecte et station d’épuration), qui génèrent de 25 à 30 millions d’euros d’investissement pour le renouvellement des réseaux, l’amélioration des performances des stations et la réduction des rejets sans traitement dans le milieu naturel. Avec la baisse du débit des rivières en période estivale, il importe de réduire les flux de pollution qui les rejoignent. D’où l’ingénierie d’accompagnement de projets proposée aux collectivités gestionnaires.

* Niveaux : Vigilance qui sensibilise le personnel aux règles de bon usage et d’économie d’eau, Alerte pour réduire le prélèvement de 5 %, Alerte renforcée 10 % et Crise 25 %.