Couverture du journal du 01/05/2026 Le nouveau magazine

SMD3, un centre « dernier tri » !

Sur les hauteurs de Périgueux, à Coulounieix-Chamiers, près de l’autoroute, le nouveau centre de tri du SMD3* monte en puissance depuis fin janvier. Une mécanique de précision ultramoderne « pour transformer nos déchets en ressources ».

centre de tri du SMD3

Un convoyeur « intelligent », bardé de capteurs et d’IA, sur le nouveau site de tri du SMD3 © SBT - La Vie Économique

C’est la redevance incitative payée par chaque foyer qui finance l’investissement de cet outil à 50 millions d’euros, avec un prêt de 40 millions d’euros de la Banque des territoires, comme les 80 millions d’euros annuels de fonctionnement général (déchèteries, tri, enfouissement). Pour la paix « du ménage », laissons de côté l’amont de la filière — la collecte par points d’apport volontaire qui a valu au SMD3 le courroux de bien des citoyens — pour observer cette unité de traitement industriel des déchets, qui place le département en tête de la modernité du tri. « Les meilleures technologies disponibles sont installées ici, c’est un site vitrine de ce qui se fait de mieux », résume Ignacio Arroyo, directeur régional de Paprec, groupe qui intervient en délégation de service, fort d’expériences de gestion dans une trentaine de sites en France (dont Marmande, Toulouse).

Mise en service industrielle

Sur ce chantier de 13 mois, lancé en novembre 2024, la complexe structure du convoyeur s’est minutieusement ajustée sur 6 820 m2 dès juin 2025. Le groupement de sous-traitance Eurovia-Eiffage-Aktid a œuvré sous la maîtrise d’œuvre de Paprec et de son architecte (Cointet) dans le respect du planning. Après un démarrage progressif ce début d’année 2026, le régime optimal est fixé à 900 tonnes par semaine. Tout commence par la réception des déchets après collecte, répartis en quatre alvéoles de 200 tonnes. 4 à 5 % seulement des volumes traités arrivent des entreprises, l’essentiel provient des particuliers. Une première étape organise le tri des recyclables par taille, forme, matière. Le crible balistique de la chaîne sur les trémies analyse et sépare automatiquement les corps plats et creux, détecte et éjecte les objets indésirables. L’IA contribue largement au tri : « le summum des process actuels » en France. Précision et vitesse font ici « bon ménage » pour traiter 15 tonnes/heure. Quatorze trieurs optiques sélectionnent par couleurs et matières, limitant les refus de tri. Côté sécurité, une caméra thermique détecte les risques d’incendie, limités sous la halle de récupération des déchets par une organisation coupe-feu, et une soufflerie traite les poussières. Une citerne incendie et un transformateur haute tension complètent le site.

Évolution des filières de valorisation

Une soixantaine de salariés sont répartis en deux équipes, matin et soir. Dans la cabine, les 16 opérateurs du contrôle final bénéficient de conditions de travail plus favorables : baie vitrée, isolation phonique, ajustement du poste de travail avec siège ergonomique. Le directeur des installations techniques et du traitement a suivi le projet pour le SMD3, avec son alter ego côté Paprec, directeur général du site périgourdin depuis 11 ans. Aux 15 000 tonnes de déchets recyclables annuels sur l’ancien site voisin (pour l’avenir duquel aucune décision n’est encore prise) succède une capacité de 45 000 tonnes : une anticipation technique a guidé ce transfert pour une gestion des flux à une autre échelle, deux fois plus importants en entrée et sortie. Toujours plus de sacs triés, des volumes mieux traités puis compressés pour gagner en coût de transport. « L’économie du recyclage a changé, un sac jaune nous coûte, il n’y a plus de revente : on paie pour valoriser le carton », insiste Pascal Protano, président du SMD3.

Ce centre a vocation à digérer davantage que la « production » locale et à en attirer d’autres. Une entente d’échange est ainsi convenue avec la Corrèze, qui dispose d’un incinérateur : déchets périgourdins non valorisables contre emballages à recycler. Sachant que l’enfouissement, bientôt interdit, représente encore 75 000 tonnes, il faudra trouver d’autres issues.

Chaque trieur optique équivaut à 700 gestes humains par minute

* Syndicat mixte départemental des déchets de la Dordogne