Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Stations : opération hors neige

En l’absence de neige leur permettant d’ouvrir leurs domaines skiables, certaines stations des Hautes-Pyrénées misent sur leurs activités hors ski pour accueillir les vacanciers.

station de ski

Zippy bike, vélo sur une tyrolienne au Hautacam © Mael Morlhon

Le manque de neige n’est pas synonyme d’ennui dans les Pyrénées. Si les stations de basses et moyennes altitudes ne sont pas les mieux équipées pour conserver leurs domaines skiables ouverts, elles ont misé sur la diversification et proposent une myriade d’activités aux vacanciers. Du côté de la station du Hautacam, « le ski devient une activité complémentaire, nous sommes un parc d’activités », commente sans hésitation Marie-Florentine Hutin, chargée de communication et de commercialisation pour la station. L’espace ludique n’est pas en reste avec le Zippy bike, du vélo sur une tyrolienne à 50 mètres au-dessus du vide, une Mountain luge sur 700 mètres de descente, ou encore, le Tubby jump, une descente en bouée avec atterrissage sur un coussin d’air géant. « Côté espace nature, nous proposons de la trottinette électrique à la location et un jeu immersif sur une tablette avec lequel les utilisateurs se baladent dans notre domaine nordique en répondant à des questions », continue Marie-Florentine Hutin. Dans la station du Val d’Azun, du côté du col du Soulor, quand la neige fait défaut, le côté grandiose du site est mis en avant et les activités ne manquent pas non plus avec la location de VTT, de trottinettes électriques et une tyrolienne de 300 mètres de long.

Communication complexe

Soumises aux aléas météorologiques, ces stations sont capables de changer leur fusil d’épaule quasi instantanément. « S’il y a de la neige nous prenons, et s’il n’y en a pas, nous faisons sans », commente Julien Moreau, responsable de la station du Val d’Azun. Sur les pistes et les sentiers de la station, 55 balises réversibles ont été mises au point avec l’aide d’un bureau d’études. Il suffit aux équipes du Val d’Azun de les tourner pour passer du ski aux activités hors neige. Même son de cloche du côté du Hautacam : « Quand tout a fondu en janvier, nous avons mis 1 h 30 pour ouvrir le Snow tubing et le Tubby jump. Notre personnel est réactif. Sur la partie ski, la remise en route est un peu plus lente. Pour espérer ouvrir, nous devons enregistrer 30 centimètres afin de pouvoir damer ». Les deux stations des Hautes-Pyrénées communiquent autant sur les activités ski que hors neige. « Nous avons tenté une communication décalée avec Hautacam Plage, qui a bien plu. Nous avions un espace grillades et nos employés portaient des tenues hawaïennes », sourit Marie-Florentine Hutin. Mais communiquer sur ces activités reste complexe, d’autant que « le bulletin de neige annonce la station fermée alors que si le domaine skiable est indisponible, les activités, elles, restent bien ouvertes », ajoute-t-elle.

Le ski devient une activité complémentaire

Un modèle économique chancelant

Cette année, moins propice au ski, met en danger les modèles économiques de ces stations où la neige n’est pas garantie. « En terme économique, rien ne remplace la neige. Sur une année comme celle-ci nous serons déficitaires », affirme Julien Moreau. « Côté fréquentation, nous ne pouvons pas lutter contre la volonté des touristes de skier. Nous attirons un public sur une journée avec le ludique et des sensations différentes », explique Marie-Florentine Hutin. Mais cela ne suffit pas à supplanter les revenus du ski : « Une belle journée d’activités va générer 5 000 euros de chiffre d’affaires contre 29 000 euros pour un week-end de ski », continue-t-elle. Julien Moreau mise sur le modèle intégré pour répondre aux besoins de ses clients : « une famille qui vient, voudra par exemple faire de la trottinette le matin, de la tyrolienne l’après-midi et entre, elle a besoin de se restaurer sur place. Entre la restauration et la location c’est un service complet qu’il faut proposer. » Si le ski est plus rémunérateur, les deux stations ne souhaitent pas produire de la neige de culture pour autant. « Les enneigeurs sont un sujet sensible. À 1 300 mètres d’altitude, ce serait une aberration compte tenu du réchauffement climatique », juge Julien Moreau.

À 1 300 mètres d’altitude, les enneigeurs seraient une aberration

Personnel polyvalent

En l’absence de neige, moins d’employés sont nécessaires et certains doivent se rendre polyvalents. Sur les 10 employés que compte le Val d’Azun, quand le domaine skiable est fermé, seul un petit nombre d’entre eux suffit pour assurer la location des VTT et trottinettes et le fonctionnement de la tyrolienne. « Nous sommes en gestion directe donc nous ne pouvons pas recourir au chômage partiel. Quand il n’y a pas de neige, les pisteurs et les dameurs passent sur l’entretien du vallon », explique Julien Moreau. Du côté du Hautacam, « nous essayons de maintenir nos pisteurs pour gérer les bobos du quotidien, mais, quand il n’y a pas de ski, cela représente 7 personnes en moins », vient compléter Marie-Florentine Hutin. Si les activités ne manquent pas, hors neige, le modèle reste encore à éprouver.