Couverture du journal du 25/01/2023 Le magazine de la semaine

Tarbes : le cœur de ville bat son plein

En quelques mois, le centre-ville a radicalement changé de visage, les nouvelles enseignes se multiplient et ces ouvertures offrent un renouveau très attractif dans les artères principales. Un élan qui est le fruit d’un travail acharné de la Mairie, bien décidée à relancer l’économie locale mais aussi à baisser la vacance à 10 % avant 2025. C’est ce que nous explique Pascal Claverie, premier adjoint au maire, en charge du développement économique.

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© H. H.

La Vie Economique : Le centre-ville offre un nouveau visage, en deux ans, il s’est littéralement transformé. Cette redynamisation était une volonté du maire Gérard Trémège, comment avez-vous œuvré pour qu’elle devienne une réalité ?

Pascal Claverie : « Il y a un nouveau dynamisme, qui est le fruit d’un travail collectif, et les chiffres le prouvent. Je suis un nouvel élu local, premier adjoint au maire mais également chef d’entreprise, on m’a fait venir pour m’occuper de cette délégation, le commerce et le développement économique de l’agglomération. En arrivant j’ai d’abord fait faire une étude approfondie par le cabinet IAD, ce sont des spécialistes. On a ainsi posé un diagnostic notamment sur le cœur de ville qui est entre les places Verdun et Marcadieu. C’est un des centres de ville moyenne qui est l’un des plus longs, il fait 870 m et sur 260 commerces, il en y avait plus de 80 qui étaient vides. »

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Pascal Claverie, 1er adjoint à la Mairie de Tarbes ©DR

LVE : Suite à ce diagnostic, vous avez pris plusieurs décisions et mis en place un vrai plan d’action

P.C. : « Effectivement, la première était d’abord en lien avec un dispositif de l’État, qui maintenant s’est épuisé, et que nous continuons, nous donnons des aides directes à ceux qui s’installent. Ce sont 20 % des travaux qui sont financés, 10 % par l’Agglomération et 10 % par la Ville. Pour dynamiser le centre-ville et lui donner la vocation d’un nouveau lieu de rencontres et d’interactions sociales, nous avons ensuite crée le premier samedi du mois piéton. Il y a eu des débuts difficiles, les commerçants n’étaient pas pour, mais aujourd’hui la fréquentation sur ces samedis-là c’est plus 17 % de gens qui sont en centre-ville. S’agissant des commerces eux-mêmes, la vacance était de 26 %. Aujourd’hui, elle n’est plus que de 18 %. Concrètement ça se traduit par 32 ouvertures depuis 2021. »

LVE : Sur ce point encore, la Mairie n’est pas étrangère à ces arrivées. Il y a un travail de fond mené avec l’Office du Commerce et l’association des commerçants.

P.C. : « Pour les faire venir, nous avons fait plusieurs choses. Nous travaillons étroitement avec « Tellement Tarbes », l’office de commerce, dont les moyens ont été considérablement renforcés. Ils bénéficiaient à l’époque d’une subvention de 70 000 €, la Ville l’a augmentée avec la Banque des Territoires à 190 000 €. Il y a eu un triplement de la contribution. Avec cet argent, ils s’occupent de l’animation commerciale, on l’a vu avec les robots ou les déambulations. Et pour lut- ter contre la vacance commerciale, avec les commerçants qui y sont bénévoles comme le président ou les gens du bureau mais aussi la présidente de Tarbes Shopping, nous allons à la rencontre des enseignes qui sont susceptibles de s’installer. Une fois par mois, nous faisons un brainstorming et nous observons les tendances qui existent dans les villes moyennes voisines comme Dax, Mont-de-Marsan, Pau ou éventuellement à Auch. Quand nous avons détecté un complément d’offres qui pourraient s’installer, nous contactons les enseignes, qu’elles soient nationales ou locales pour les inciter à venir à Tarbes. Nous faisons presque un travail d’agent immobilier, nous leur trouvons les locaux et négocions les baux commerciaux dans leur intérêt. C’est dans ce cadre que Kraft a ouvert ses portes en octobre, par exemple. »

Nous avons créé le 1er samedi du mois piéton : nous sommes aujourd’hui à + 17 % de fréquentation du centre-ville

LVE : En 2022, 18 commerces se sont installés, cette fin d’année va en compter 8 de plus, ces nouvelles enseignes transforment totalement la rue Maréchal-Foch. Peut-on penser que 2023 sera sur la même lancée

P.C. : « Nous pouvons déjà annoncer l’installation prochaine de Normal, dans les anciens locaux de la librairie Chapitre et de Colombus Café qui sera dans ceux de l’ancien magasin Eram. Le centre-ville change, c’est vrai, par exemple la Galerie l’Alhambra, est devenue un axe dédié aux créateurs, aux concept-store, aux commerçants qui font des objets pour la maison, aux artisans… Elle était vide et aujourd’hui elle est pleine, il n’y a plus un local disponible. C’est ce que nous avons fait de manière coordonnée. »

LVE : Où en est la vacance commerciale justement ?

P.C. : « Nous avons bon espoir qu’en suivant cette méthode, nous allons la réduire dans les années à venir, avant 2025, à 10 %. C’est un peu comme le 5 % du chômage qui correspond au plein-emploi. Dans cette optique, nous avons pris une décision et une délibération pour la taxation d’office des friches commerciales. Si le local reste vide pendant deux ans, le propriétaire va recevoir une taxe sur la vacance commerciale qui est de 10 % de la valeur locative la première année, 15 % la deuxième et 20 % la troisième.»

 

LVE : Le prix du loyer est souvent montré du doigt par certains commerçants. Sur ce point aussi vous avez décidé d’agir ?

P.C. : « Sur la rue Maréchal-Foch, le loyer est à 175 € le m2 en moyenne et ça, c’est trop élevé. Certains bailleurs ne sont pas raisonnables au niveau du prix des loyers et les commerçants ne peuvent pas s’en sortir. Il faudrait que le montant moyen diminue et pour citer un exemple, il y a une foncière pari- sienne qui a trois locaux commerciaux à Tarbes dont des enseignes de prêt-à-porter. Elles payent des loyers trop élevés, tellement qu’une avait donné son congé et une autre nous avait demandé de lui trouver de nouveaux locaux. J’ai contacté et rencontré le bailleur à Paris. Il avait été averti de la demande de congé et me demandait de l’aider à trouver un nouveau commerçant. J’ai catégoriquement refusé et l’ai informé de la mise en place de la taxe sur la vacance commerciale. Il n’était pas raisonnable sur le montant du loyer, il l’a entendu et a baissé le montant de 25 %. Ce qui nous a permis de garder les trois enseignes, même celle qui avait déposé son congé, un avenant au bail a été signé dans la foulée. Le bailleur a compris que sans ça il perdrait ses locataires. »

LVE : Est-ce qu’il reste des espaces dont la location est compliquée ?

P.C. : « Absolument, nous avons comme ça des locaux qui sont sou- vent la propriété de gens qui n’ont pas besoin d’argent et ne veulent rien faire. Ou alors ce sont des tra- vaux de mise en conformité dont ils ne veulent pas s’occuper comme une toiture qui fuit ou alors par- fois ce sont des cas liés à des problèmes de succession. Les gens ne s’entendent pas et le bien est en déshérence. On est un peu démunis face à ça. »