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Transport frigorifique : CLAS tous risques

PME spécialisée dans le transport frigorifique en circuit court, CLAS s'est imposée en l'espace de 20 ans comme l'incontournable alliée du plus gros acteur du marché. Jouant à quitte ou double lors des crises successives, la société fondée par Jean-Marie Viale réussit à se développer à Périgueux et Saintes avec une stratégie régionale.

Jean-Marie VIALE PDG de CLAS

Jean-Marie VIALE, PDG de CLAS © Loïc Mazalrey - La Vie Économique

Ce matin-là, la situation se durcit côté manifestations d’agriculteurs sur la sortie 15 de l’A89, autant dire sous les fenêtres de Jean-Marie Viale, à Cré@Vallée côté Sanilhac. Le PDG sait que les heures sont déjà difficiles pour ses chauffeurs. « On transporte des produits périssables, les retards entraînent des refus de livraison : on repart avec les produits d’expéditeurs qui nous font confiance… » L’homme a la carrure du rugbyman (et arbitre) qu’il a été (toujours soutien du CAP, et du BBD) et le mental qui va avec : à toute épreuve. Il a déjà connu ça lors de la crise des Gilets Jaunes. Et il venait d’investir à Saintes quand la crise sanitaire a paralysé le monde en 2020, « annonce du confinement le 17 mars et dès le 24 on était à -40 % d’activité », rappelle-t-il.

© Loïc Mazalrey – La Vie Économique

Une crise peut en cacher d’autres

Les clients de CLAS sont des restaurateurs, des écoles, des GMS qui se recentrent alors sur leurs marques distributeur : l’entreprise met à l’arrêt le tiers de ses 40 salariés et se bat pour retrouver son niveau après une année à -10 % d’activité, ce qui représente 50 % de résultat. En 2022, la grippe aviaire touche une filière qui pèse pour 10 % de son chiffre d’affaires. « Les élevages se sont vidés des mois entiers, plus d’abattage, plus de produits à transporter. » Ceci avec 30 % d’augmentation sur le carburant (30 à 40 000 litres par mois). Et pour finir, la hausse du prix des énergies a lourdement pesé sur la spécialité du froid. « On a pris 40 000 euros de plus ici sur l’année et le double à Saintes », déplore le dirigeant.

Au pire moment, j’ai préféré foncer, prendre des risques. J’ai tendance à penser que vouloir faire des économies quand ça va mal n’est pas une bonne idée

Proximité et connaissance du territoire

Certains ne se sont pas remis de cet enchaînement, tout récemment un confrère historique de Poitiers. « Au pire moment, j’ai préféré foncer, prendre des risques. J’ai tendance à penser que vouloir faire des économies quand ça va mal n’est pas une bonne idée, mieux vaut être créateur de ressources, proposer des solutions pour être plus attractif, se décomplexer d’être petit. » Il se diversifie, s’ouvre au secteur pharmaceutique. Des donneurs d’ordre importants s’intéressent au transporteur sur la niche de proximité qu’il occupe dans ce département rural. « Notre maillage nous permet d’être à peu près partout tous les jours, c’est une force. » La posture offensive du dirigeant a été décisive, ses choix ont porté, combinaison « d’engagement pour ses équipes » et d’économique. Un rééquilibrage s’est opéré, dans la patience du décalage des projections initiales.

Une affaire de famille

Jean-Marie Viale évoluait de l’autre côté de la barrière avant de créer ses entreprises : il était acheteur de prestations logistiques dans l’agroalimentaire, à Sobeval (Boulazac) puis directeur logistique pour un groupe parisien. « Je connaissais bien le paysage frigorifique routier français. Je me suis d’abord installé pour le sec en 2002 avec Concepts Logistiques Services qui existe toujours, dans le giron de CLAS depuis 2022. » Fin 2005, un confrère transporteur attire son attention sur le froid. « Il n’y avait plus de distributeur frigorifique en Dordogne. » Pour combler ce vide, il commence avec un seul véhicule et sa licence transport, premier sur le site de Cré@Vallée. « Je n’imaginais pas en être là aujourd’hui ! » 50 salariés travaillent sur le site de Périgueux, devenu siège général, dont 10 dans l’équipe administrative. Le dirigeant travaille en famille : son épouse, cadre marketing dans l’agroalimentaire, l’a rejoint après s’être formée au management, elle est formatrice agréée et assure les RH ; son fils arrive à Saintes avec des compétences transport et management ; et sa fille, recrutée par alternance, s’oriente vers les RH.

Logistique et informatique

Jean-Marie Viale évolue grâce à la confiance d’entreprises agroalimentaires qui lui confient leurs flux et celle du numéro un du froid, STEF, qui n’a pas vocation à s’implanter dans ce département rural. « Nous bénéficions d’un référencement national avec ce groupe, nous ne sommes que sept en France à l’avoir. » Ce gros pourvoyeur de volume l’accompagne dans sa dynamique, notamment l’installation à Saintes. « Ce partenaire majeur m’a permis de mettre des moyens sur la route… et m’a appris le goût du risque. » Les entreprises locales trouvent ici une jonction avec la France entière, voire l’Europe, en 24 et 48 h grâce aux hubs du groupe.

© Loïc Mazalrey – La Vie Économique

« Nous sommes fiers d’avoir travaillé avec l’entreprise périgourdine Zéro et l’infini, pour développer un ERP sur mesure qui nous a fait gagner un temps fou dès le début en assurant notre indépendance informatique. » Ce logiciel de gestion logistique permet de s’interfacer avec le numéro 1 français, pourtant très verrouillé : l’outil embarqué pour l’échange de données dessine au transporteur la physionomie de la nuit et des tournées du jour suivant. CLAS fonctionne avec une flotte de 20 véhicules à Périgueux et deux vagues de départ par jour, dont la première assure 90 % des livraisons dans le département en 24 heures.

En 2019, nous étions 45 et on réalisait 4,50 M€ de chiffre d’affaires. On a maintenant dépassé 11 millions malgré tout ce qu’il s’est passé, en créant 50 emplois à Saintes

Messagers du froid

« En 2019, nous étions 45 et on réalisait 4,50 M€ de chiffre d’affaires. On a maintenant dépassé 11 millions malgré tout ce qu’il s’est passé, en créant 50 emplois à Saintes. » Revenue à l’équilibre, en attendant une actualité plus stable, CLAS devrait poursuivre son développement en dupliquant à Périgueux son format charentais intégrant un espace de stockage ; et une spécialisation. L’entreprise devra se déplacer pour doubler voire tripler la surface actuelle, sûrement vers des terrains voisins que le Grand Périgueux aménage à proximité de l’autoroute. « Un projet logistique de cet ordre demande un gros investissement, comparable à Saintes mais pour un seul département. » Avant cela, 2024 sera une année décisive avec l’évaluation de la vaccination dans la filière canard, qui devrait peser dans les perspectives de CLAS.

© Loïc Mazalrey – La Vie Économique

CLAS 2 Charentes à Saintes

Les calculs pour se développer se font très prosaïquement sur le nombre de bouches à nourrir : 410 000 habitants en Dordogne, 600 000 en Charente-Maritime et 390 000 en Charente, avec deux saisonnalités touristiques importantes en 24 et 17, soit 15 à 20 % de plus en été. STEF, positionné à Niort, Limoges et Bordeaux, a orienté Jean-Marie Viale sur ces territoires. « Le potentiel de développement est deux fois celui de Périgueux. » Outre le flux confié par son partenaire, CLAS travaille aussi avec le numéro 1 français de la volaille et de belles PME de ces départements. « Pour la première fois, nous essayons les coquillages, l’huître surtout, avec des camions dédiés. » Le bâtiment a poussé sur un terrain proposé par l’agglomération à 2 km de l’accès autoroutier, avec un investissement de 4 millions d’euros. En plus d’une structure de froid positif, le site intègre une surface de stockage de produits surgelés recevant jusqu’à 3 000 palettes.

Diagnostic social

En 2019, se lançant à Saintes, le dirigeant a demandé un diagnostic social de son entreprise. « J’avais mis en place l’intéressement, la participation aux bénéfices, une mutuelle depuis 2003, des chèques-cadeaux à Noël et pour les anniversaires… », souligne-t-il. Pour le dirigeant, le critère de confiance reste essentiel. « Il faut se battre pour être plus intéressant que les autres, donner des outils, accompagner avec de la formation et de l’information pour que certains arrêtent de parler aux chauffeurs comme on l’entend parfois ! » Le métier de transporteur s’est diversifié, il n’est pas simple de fidéliser les postes. Le dirigeant veille à améliorer les conditions de travail, notamment pour les chauffeurs qui représentent 60 % de la masse salariale.