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Vins de Bergerac 2023 : année atypique

Les vendanges sont terminées, la mise en chai achevée : le millésime 2023 des vins de Bergerac se précise. L’année qui devait être pléthorique a été « extrême » et mise à mal par le mildiou et la météo.

vins bergerac

© Loïc Mazalrey - La Vie économique

Après une récolte « de l’extrême » comme l’appelle Éric Chadourne, président de l’interprofession des vins de Bergerac-Duras, il est temps de dresser un premier bilan pour le millésime 2023 du Bergeracois, riche de treize appellations. Une année « atypique », selon Laurent Colombier, responsable commercial en Dordogne pour Vitivista, entreprise de conseil et de fourniture.

Sur toutes les bouches, c’est évidemment le mildiou qui a dessiné l’année. Favorisé par un temps humide et des températures élevées, le mildiou a envahi des par- celles de terre et engendré « la pire année recensée par les vignerons », souligne Laurent Colombier. « Le taux de destruction des parcelles a pu atteindre les 80 %. » Le merlot, particulièrement sensible à ce champignon, en est la première victime. Et ce cépage représente plus de la moitié du vin rouge produit en Bergeracois, qui lui- même représente 55 % des vins de la région.

Une croissance active

Pour Laurent Colombier, le millésime est aussi atypique en raison de la météo. « La rosée a été très importante, prolongée et ruisselante. Cela pouvait représenter jusqu’à 2 mm d’eau par jours en juillet : cela a augmenté le risque de maladie et engendré des difficultés pour les traitements qui perdaient en qualité », détaille le responsable. Les pluies, de mai et juin ont favorisé la pousse de la végétation, et une croissance active tout au long de la saison, complexifiant le travail des viticulteurs.

À cause du mildiou, le taux de destruction des parcelles a pu atteindre les 8o %

Après la pluie, les fortes chaleurs et la sécheresse ont grillé des raisins et certaines vignes ont pompé l’eau dans leurs fruits. Sur certaines récoltes, la perte atteint les 40 à 50 %, en plus de ce qui avait été déjà touché par le mildiou, selon Éric Chadourne. Cette année, le débourrement – réveil végétatif de la vigne – a été précoce, mais moins qu’en 2022. Le phénomène s’est généralisé sur tout le Bergeracois le 7 avril, avec un potentiel de production important.

Des beaux jus

Alors, selon Laurent Colombier l’année devait être « pléthorique », avec de belles sorties, et une belle quantité de raisin sur les vignes en juin, mais le mildiou et la chaleur n’ont pas aidé les parcelles, qui ont perdu du volume. « Les blancs ont de très jolis profils aromatiques, on a eu des journées chaudes et des nuits fraîches, le jus est beau, les pellicules sont fines, ce sera une très belle année pour les blancs secs », note Laurent Colombier. Ce que confirme Éric Chadourne, sur les blancs secs, la vendange ayant eu lieu plus tôt, le raisin n’a pas souffert de la sécheresse. « On est sur une année qualitative et quantitative. »

Monbazillac : profils variés et riches au niveau aromatique

Star du Bergeracois, le Monbazillac n’est pas en reste. « Il y a eu peu de pourriture noble, mais une concentration par dés- hydratation naturelle, pour le passerillage qui promet des profils variés et riches au niveau aromatique », relève Laurent Colombier. Pour les rouges, l’année promet d’être plus « hétérogène » pour Laurent Colombier. Éric Chadourne, lui, ne cache pas son inquiétude : « Les prévisions annoncent une baisse de 15 % des récoltes de rouges par rapport à 2022, et 2022 affichait déjà une baisse de 35 % par rapport à 2018, année de référence ». Des chiffres alarmants, particulièrement pour les 120 producteurs du Bergeracois dont plus de 80 % de la production est du rouge.

Pas de hausse des prix

Sur le marché, le président de l’interprofession annonce « la commercialisation la plus faible jamais connue » mais avec des viticulteurs vendant ce qu’ils produisent : il n’y a pas ou peu de surstock. Éric Chadourne n’annonce pas de hausse des prix sur les vins de Bergerac. Cela, malgré une hausse des coûts de production pour les viticulteurs allant de 10 à 15 %, suscitée par l’augmentation du coût de l’énergie, de la main d’œuvre, des produits phytosanitaires, des fermages… « Les indépendants peuvent passer une légère hausse, mais 70 % de notre vin est vendu en grande distribution, et ce sont des négociations sur lesquelles on n’a pas la main, alors on regarde passer les coups. »

Ce sera une très belle année pour les blancs secs

Campagne en baisse de 7 %

Côté vins blancs, « on vend ce qu’on produit et on le valorise mieux », annonce le président. « En 2022, on a perdu des parts de marché parce qu’on n’a pas réussi à fournir à cause de la baisse de la production. » En termes de récoltes, les blancs secs et moelleux affichent une récolte de 15 % supérieure à 2022 et celle des liquoreux équivalente. Au total, fin juillet 2023, la campagne était en baisse de 7 % par rapport à 2022, tous vins confondus, mais la récolte est « satisfaisante » malgré une « alerte » sur les vins rouges. « Les blancs vont sauver les exploitations moyennes », conclut Éric Chadourne.