Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Béarn – Les buralistes changent de cap

Le gouvernement vient de débloquer une aide de 290 millions d’euros sur 5 ans pour aider au développement et à la pérennité des bureaux de tabac. Philippe Coy, président national de la confédération des buralistes, installé près de Pau depuis 22 ans, revient sur ce plan de soutien et livre sa vision d’une profession en pleine mutation.

Philippe Coy, président national de la Confédération des buralistes. © Cyril Garrabos

Philippe Coy, président national de la Confédération des buralistes. © Cyril Garrabos

A Lescar, les habitués de longue date du tabac-presse de l’Europe peuvent en témoigner : depuis le mois d’octobre 2000 et l’ouverture de l’établissement par son gérant Phillipe Coy, les choses ont bien changé. Si les paquets de cigarettes sont toujours en bonne place derrière le comptoir, la presse à l’honneur sur tout un pan de mur, les jeux à gratter en évidence, d’autres articles et offres de service ont fait leur apparition sur les présentoirs. Épicerie fine, borne pour comptes Nickel, vente de timbres fiscaux… : ici, la diversification est évidente, et pour cause. Philippe Coy la défend depuis son élection en 2017 comme président de la confédération nationale des buralistes, unique organisation professionnelle représentative du métier. Avec conviction, semble-t-il : ce 19 février, il signait avec Gabriel Attal, ministre délégué aux Comptes publics, un protocole d’accord de 290 millions d’euros d’aides sur 5 ans qui s’inscrit dans la continuité du Fonds de trans- formation mis en place entre 2018 et 2022, doté de 100 mil- lions d’euros. Une enveloppe de 20 millions d’euros par an par ail- leurs reconduite à partir de cette année et jusqu’en 2027.

Les « drugstores du quotidien »

Objectif de ces aides : accompagner la mutation des bureaux de tabac, notamment voués à assurer davantage de missions de services publics, lutter contre le marché parallèle et épauler les buralistes les plus fragiles. Un soutien nécessaire pour Philippe Coy, afin que les bureaux de tabac redeviennent, selon ses mots, des « drugstores du quotidien ».

Réélu l ’an dernier pour un second et dernier mandat, le président de la confédération des buralistes se dit « fier » que ses engagements annoncés alors qu’il faisait campagne aient été tenus. Avec le recul, il a conscience du chemin parcouru : « Nous sommes passés de marchands de mort à commerçants d’utilité locale », se satisfait-il, évoquant le travail de longue haleine effectué pour en arriver là.

Nous sommes passés de marchands de mort à commerçants d’utilité locale

Retrouver un rôle de commerçant

« Il a fallu d’abord convaincre de la nécessité de cette transformation : les pouvoirs publics en premier lieu et ensuite le réseau. L’évidence ne l’était pas pour beaucoup de mes collè- gues », avoue-t-il. Il y a six ans, les buralistes venaient de surcroît de prendre un coup de massue avec le vote de la trajectoire fiscale fixant le coût du paquet de cigarette à 10 euros. « J’ai été de ceux qui ont lutté contre le prix du tabac, à juste raison. Mais nous nous étions laissés aveuglés : nous revendiquions le tabac, qui était un business rentable, et avions abandonné notre rôle de commerçant », reconnaît Philippe Coy, qui au nom de la profession porte « un projet de développement pour le réseau tout en défendant le marché du tabac ».

Sortir de la dépendance au tabac

Les arguments du Béarnais auront visiblement été entendus, et concrétisés. Le plan de trans- formation mené depuis 2018 et dont le deuxième round vient d’être lancé avec ce nouveau protocole d’accord 2023-2027, semble en effet porter ses fruits. Près de 5 000 buralistes sont d’ores et déjà engagés pour bénéficier de l’aide de l’État pour leurs travaux de rénovation ou de modernisation. Plusieurs débits de tabac peuvent désormais proposer aux Français d’y régler leurs impôts et leurs factures, de prendre un billet de train ou encore d’affranchir un courrier… : la mutation est en marche, perçue comme indispensable afin de trouver des sources de revenus complémentaires et sortir de la dépendance à la vente de cigarettes, en baisse de 13 % sur les neuf premiers mois de 2022. En moyenne, celle-ci pèse pour 70 à 80 % dans le chiffre d’affaires d’un buraliste. L’idéal, pour Philippe Coy, serait que ce chiffre tombe à 50 % sans pour autant se priver des clients fumeurs, malgré tout nombreux à se tourner vers le tabac de contrebande en pleine explosion.

Lutter contre le trafic illicite

« Ce projet de développement doit être mené en parallèle d’une lutte efficace contre le marché parallèle », martèle-t-il, particulièrement mobilisé auprès du gouvernement pour que la gravité de ce sujet soit perçue. Afin de lutter contre le trafic illicite, 45 millions d’euros ont ainsi été débloqués dans le cadre du protocole 2023/2027 pour l ’achat de 22 scanners. Un investissement nécessaire pour cibler « les centres de colis postaux ou les conteneurs des ports », ainsi que l’a précisé Gabriel Attal. À noter que 15 millions d’euros par an seront dédiés pour aider la profession « à se sécuriser » face aux cambriolages et aux actes violents.

Un métier qui attire

« Par ailleurs, dans ce nouveau protocole, il est précisé qu’une aide sera apportée aux buralistes les plus fragiles, ceux notamment situés en milieu rural et en zone frontalière », précise également le président de la confédération des buralistes. S’il se dit « attentif » à ces derniers, conscient des difficultés malgré les avancées, Philippe Coy se veut optimiste, notamment à la lecture des chiffres. Il y a encore 5 ans, on comptait environ 600 fermetures de bureaux de tabac en moyenne par an. En 2022, entre 100 et 150 buralistes ont mis la clé sous la porte, et le plus souvent pour des raisons non économiques. « Nous avons stoppé l’érosion et c’est une grosse satisfaction. Et, plus encore, nous constatons que de nouveaux buralistes reprennent des établissements : il y a une hausse de 30 % des transactions ces trois dernières années et plus d’acheteurs que de vendeurs », se réjouit Philippe Coy, qui conclut avec conviction : « Le métier a de l’avenir ».