La Vie économique : Pourquoi avoir choisi de racheter l’hôtel des ventes de Bergerac ?
Hervé Tailliez : L’hôtel des ventes de Bergerac avait une activité soutenue avant le décès de son fondateur, Maître Aurèle Biraben, en 2018. Le Bergeracois est doté d’un patrimoine très riche, comme c’est à peu près le cas partout en France. Mais au-delà de ça, il y a un brassage très important de populations qui rend le marché très dynamique. Non seulement, les gens qui arrivent de l’extérieur sont de potentiels acheteurs d’objets et meubles de style français, mais ils sont aussi souvent vendeurs de biens acquis dans leur pays d’origine, pendant leur première vie en quelque sorte. C’est comme ça que je suis devenu incollable sur l’argenterie anglaise ou sur sa cousine néerlandaise !
La clientèle est très dispersée. 80 % de nos lots sont vendus par Internet via des plateformes spécialisées dans les enchères. Un objet peut tout aussi bien trouver preneur en Dordogne qu’à des centaines, voire des milliers de kilomètres.
H. T. La concurrence est réelle. Les acheteurs ont accès à un nombre toujours plus grand de ventes en ligne et il faut s’en réjouir : le niveau d’exigence est de plus en plus élevé.
H. T. Les enchères, c’est à la fois un spectacle et un musée éphémère. Avec la dématérialisation toujours plus poussée de nos sociétés, on aurait pu croire que le charme de nos ventes s’étiole peu à peu, mais ce n’est pas le cas. Certes, il y a moins de monde dans les salles de vente qu’il a pu y en avoir par le passé, mais la présence d’écrans permet de suivre en direct ce qui se passe dans la salle. Beaucoup continuent d’ailleurs à acheter par téléphone plutôt que derrière leur écran.
H. T. : Je ne pense pas ou à la marge. Le métier de commissaire-priseur est l’un des plus vieux du monde et il s’est toujours adapté à son environnement. L’intelligence artificielle (IA) offre de nouveaux outils séduisants. C’est une évidence. Mais, pour autant, elle ne remplacera jamais le rapport intime que le commissaire-priseur entretient avec l’objet. Outre le fait qu’elle peut se tromper dans son appréciation, l’IA n’aura jamais le souffle coupé ou les jambes qui flageolent face à un chef-d’œuvre.
H. T : Toutes ces émissions permettent de désacraliser les ventes aux enchères. Les gens pensent à tort que les transactions portent sur des pièces de plusieurs millions d’euros : en réalité, dans la plupart des hôtels de vente, les prix oscillent entre 5 et un peu moins de 1 000 euros.

Les dessins de Maurice-Albe, artiste périgourdin s’il en est, se vendent toujours très bien. @ Loïc Mazalrey – La Vie Economique
H. T : C’est un tableau du peintre Charles Engrand. Ce dernier était un élève et un ami du peintre Georges Seurat. Un jour, alors qu’il attendait la grande figure du pointillisme au parc Monceau, il a peint le tableau « Jeune femme au parc Monceau ». Cette œuvre inédite était dans la même famille depuis plusieurs générations. Estimée à 100 000 euros, elle s’est vendue à 820 000 euros aux enchères à Poitiers.
H. T : Les gravures de Maurice Albe, les peintures de Lucien de Maleville, les dessins de José Corréa, les affiches d’Alain Carrier ou encore les céramiques de Paul Chambost… Toutes ces pépites sont régulièrement à la une de nos catalogues. Leur cote se maintient à un niveau intéressant parce qu’il y a un vrai terreau de collectionneurs en Dordogne et au-delà de ça, des amateurs d’art qui contribuent à promouvoir le travail des artistes en documentant leur œuvre. De façon plus confidentielle, les faïences de Sainte-Foy, de Bergerac ou celles de Thiviers ont aussi leur communauté de collectionneurs.
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