Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Des solutions pour du textile durable

Avec l’inauguration du CETIA à Hendaye le 6 septembre, la filière française du recyclage du textile/linge/chaussure dispose d’un centre de recherche unique en son genre.

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1 200 m2 dans la zone d’activités des Joncaux à Hendaye ©CETIA

Un investissement de 2,4 millions d’euros a permis l’aménagement et l’équipement en machines de ce local de 1 200 m2 situé dans la zone d’activités des Joncaux à Hendaye. Associant l’école d’ingénieurs ESTIA de Bidart (64) et le Centre européen des textiles innovants basé à Tourcoing (59), le CETIA d’Hendaye a été financé pour moitié (1,2 million d’euros) par la Région Nouvelle-Aquitaine. Installé dans un bâtiment libéré par le fabricant de meubles Sokoa, le CETIA est déjà opérationnel avec une équipe de huit personnes, essentiellement des jeunes ingénieurs, dirigée par Chloé Salmon Legagneur.

Du tri par infrarouge

Le local du CETIA abrite trois équipements distincts. Tout d’abord, pour trier les textiles par composition et par couleur, une machine Fibersort a été commandée au fabricant belge Valvan. Cette machine détecte 7 matières différentes, prédit la concentration des fibres sur la base de scans de spectroscopie proche infrarouge (NIR) et trie les textiles via 33 nuances de couleurs détectées à l’aide d’une caméra RVB. Comme le procédé connaît des limites dans le traitement de certaines matières (vêtements multi-matériaux ou multicouches, mélange de matières proches, matières enduites), le CETIA travaille sur l’intégration de capteurs et caméras supplémentaires.

Relocaliser une production de textile à partir de matières premières issues du recyclage est indispensable pour l’économie française

Découpe automatisée

Le deuxième équipement est un assemblage de deux machines et d’un procédé permettant de séparer mécaniquement les fibres et les points durs des vêtements (boutons, fermetures éclairs, coutures renforcées) avant une découpe automatisée et sur mesure. Le système livre ensuite de la fibre prête à être entièrement recyclée. L’innovation du CETIA a été de réunir pour la première fois ces deux machines de découpe et ce procédé industriel sur un même site afin d’optimiser la qualité de la matière première recyclée.

Tri de textile ©CETIA

Récupération de semelles

Le troisième équipement du CETIA a été développé par ses propres équipes en système propriétaire. Ce premier pilote industriel porte sur la valorisation des semelles des chaussures (loisirs, sport, luxe) avec une ligne automatisée aux fonctions d’arrachage des semelles épaisses des chaussures collées, de découpe optimisée des semelles cousues, injectées et vulcanisées, de détection des compositions des semelles. La finalité étant bien sûr de produire des semelles neuves à partir de semelles usagées.

Gisements de matières premières

Ainsi le CETIA se présente comme la première plateforme d’innovation réunissant des technologies de tri et de démantèlement automatisées d’articles textiles et de chaussures en fin de vie ou invendus. Le CETIA n’a pas vocation à organiser la collecte de ces articles ou à développer des nouveaux procédés de recyclage. Son premier objectif est de fournir des outils automatisés à la filière textile pour qu’elle trie ses « gisements de matières premières ». Son second objectif est de lui concevoir des machines également automatisées pour démanteler les articles à recycler.

L’impératif des matières recyclables

Produire des articles avec des matières recyclées, synthétiques ou naturelles, est un défi majeur du secteur de l’habillement. D’ici 2030, l’Union européenne exigera que les produits textiles mis sur son marché soient durables, recyclables et fabriqués autant que possible à partir de fibres recyclées. Les consommateurs le souhaitent aussi. Preuve de l’intérêt des recherches du CETIA : la société Refashion, éco-organisme de la filière des textiles d’habillement, du linge de maison et des chaussures engage 900 000 euros dans un programme de trois ans dont le but est de livrer des pilotes industriels aux acteurs de cette filière.

Des projets de recherche & développement sont menés avec des marques comme Decathlon et Eram

Des marques engagées avec le CETIA

Lors de l’inauguration du CETIA, Jean-Marc Guillement, directeur des opérations de la marque Petit bateau, précisait travailler déjà avec 95% de coton bio mais vise une production en boucle fermée (réutilisation d’une matière première identique). Également présents lors de l’inauguration du 6 septembre, des représentants des marques Decathlon et Eram avec qui des projets de recherche & développement sont déjà menés. D’autres projets de R&D ont été lancés avec Zalando et l’Atelier des Matières.

Un outil de croissance durable

André Garreta, président de la CCI Bayonne Pays Basque et du CETIA est convaincu qu’un changement de paradigme est nécessaire pour l’économie. Pour lui, la création du CETIA est un outil de croissance durable. Proposant dorénavant des solutions technologiques aux acteurs de la collecte et du tri, le CETIA est un projet fondateur pour cette filière encore embryonnaire. Et dans un objectif de réindustrialisation du pays et de souveraineté vis-à-vis des fournisseurs principalement asiatiques, relocaliser une production de textile en France à partir de matières premières issues du recyclage est indispensable pour l’économie française.