Couverture du journal du 25/01/2023 Le magazine de la semaine

Groupe Daniel – Le béton en héritage

Il y a quelques mois, à Lescar, Joséphine Daniel est devenue présidente du Groupe Daniel dont elle était déjà directrice générale. Désormais PDG de cet acteur majeur du béton et des matériaux de construction en France, la jeune dirigeante souhaite asseoir sa vision d’entreprise autour de deux axes forts : l’humain et l’environnement.

Joséphine Daniel, PDG du Groupe Daniel © Louis Piquemil La Vie Economique

Joséphine Daniel, PDG du Groupe Daniel © Louis Piquemil La Vie Economique

Entre les montagnes de granulats gris et les flaques de boue, dans la poussière soulevée par le va-et-vient des camions de l’entreprise, Joséphine Daniel se laisse prendre au jeu de notre séance photo avec assurance. « Habituellement, je porte des chaussures de sécurité ici, pas des talons », sourit-elle. « Ici », c’est la gravière de Lescar où est situé le siège du Groupe Daniel, une société béarnaise spécialiste du béton et des matériaux de construction dont elle est présidente directrice générale (PDG). Joséphine Daniel connaît chaque recoin et chaque rouage de cet endroit, elle qui au départ n’envisageait pas entrer dans la lignée des dirigeants du groupe dont la première société fut fondée en 1904 par Edmond, son arrière- grand-père, à qui succèdera Guy, son grand-père, puis Jacques, son père. Rattrapée par la passion familiale, son diplôme d’ingénieur en poche, la jeune femme y fait ses premières armes à 24 ans et officie à de nombreux postes jusqu’à occuper celui de directrice générale, depuis 2014.

Une nouvelle gouvernance

« J’ai conduit des engins, manié des explosifs en carrière, été commerciale, développé la gamme de béton décoratif… », énumère-t-elle, entre autres. « J’ai appris le métier, j’ai été formée par mes collaborateurs… : je sais de quoi je parle. Ce temps-là était nécessaire pour que je puisse être crédible et légitime, notamment en tant que femme. » Depuis cet été, Joséphine Daniel tient pleinement les rênes de l’entreprise, son père lui ayant laissé sa place à la présidence du groupe. Une réelle étape dans la carrière de la jeune femme, par ailleurs également présidente du SNBPE Aquitaine (filiale UNICEM) et membre du conseil consultatif de la Banque de France : du haut de ses 38 ans, elle assume désormais « asseoir pleinement » sa « prise de décision ». L’année 2023 ouvre ainsi un nouveau chapitre pour le Groupe Daniel, écrit par une dirigeante aux idées fortes mais également consciente des difficultés actuelles, notamment dans un contexte économique dégradé.

Groupe Daniel

© Groupe Daniel

Un contexte compliqué

« Nous sommes impactés à absolument tous les niveaux », remarque Joséphine Daniel à ce sujet, qui reconnaît malgré tout avoir eu des exercices post Covid relativement bons, avant de préciser : « non seulement, toutes nos installations sont à 100 % électriques, mais notre flotte de transport fonctionne au gasoil et nos engins d’extraction au GNR. » Si l’entreprise subit la hausse du coût de l’énergie et du carburant, elle est également directement affectée par la guerre en Ukraine d’où provient le manganèse nécessaire à l’usinage des pièces d’usure de ses installations, mais aussi l’acier ou encore le cobalt, qui entre dans la fabrication du pneumatique.

Du côté de l’activité béton également, le Groupe Daniel endure chaque mois l’augmentation des prix des cimentiers et des adjuvantiers : « nous avons beaucoup de mal à répercuter ces coûts sur nos clients, parce que ce sont des hausses très importantes et récurrentes. On ne peut pas anticiper ». En résumé, le tableau est morose et la visibilité inexistante même à court terme pour l’entreprise béarnaise. Pourtant, Joséphine Daniel ne perd pas de vue son objectif, quelles que soient les difficultés conjoncturelles : pérenniser le statut de l’entreprise, leader régional de son secteur.

Défendre l’extraction

Aujourd’hui, le Groupe Daniel pèse 72 millions d’euros de chiffre d’affaires, grâce à sa réputation acquise depuis de longues années dans l’extraction et le concassage de granulats mais aussi grâce au développement depuis une trentaine d’années d’autres métiers liés à la construction. Une assise solide bien que bousculée par le contexte économique, et par ailleurs égale- ment tributaire des dossiers en attente. Les réglementations « toujours plus contraignantes » et « qui autorisent de moins en moins les extractions » retardent ou bloquent l’activité de production sur certains sites du groupe. « Nous avons dû recruter au service réglementation, tant les dossiers sont devenus lourds. A ce rythme-là, dans dix ans nous n’aurons plus de matériaux, nous devrons les faire venir d’autres départements. Cela signifiera davantage de camions sur les routes et donc un bilan carbone désastreux en contradiction avec la préservation de l’environnement et la nouvelle réglementation RE2020 qui préconise l’utilisation de matériaux locaux. Et par ailleurs, un caillou coûtera entre 16 et 25 euros plus cher », prévient Joséphine Daniel, qui reconnaît « faire beaucoup de lobbying » pour sensibiliser à la pénurie de matériaux.

L’environnement et l’humain au centre

Si la dirigeante du Groupe Daniel est inquiète face à l’évolution de la réglementation, elle ne l’est pas moins face aux enjeux environnementaux sous-jacents. Elle a d’ailleurs fait de ces derniers l’un des principaux axes de gouvernance de son mandat à la présidence de l’entreprise. « Je veux tout faire pour contrer l’image de pollueur et de destructeur de paysage que notre filière peut avoir. Je veux démontrer que notre métier est utile, nécessaire, et que nous savons le faire tout en préservant l’environnement », souligne-t-elle. Trouver des débouchés aux déchets issus de la production, sensibiliser ses conducteurs à l’écoconduite (lire encadré), recycler 80 % de l’eau en circuit fermé, tendre vers le zéro papier en dématérialisant les bons de commande, développer du béton bas carbone… : en mettant en place une succession d’actions écologiques, Joséphine Daniel espère « faire changer les mentalités » comme les a priori.

Virage vert

Un virage vert qui nécessite d’innover mais également d’investir « dans des outils performants et de nouvelles générations » qui permettront également « de faciliter les conditions de travail » des salariés. « Il s’agit de mon autre axe prioritaire : je veux placer l’humain au cœur du métier de l’entreprise. Nous sommes une entreprise familiale indépendante très ancrée sur le territoire, sur trois départements, dans un maillage très serré. Sur beaucoup de postes, nous voyons des générations de père en fils, de mère en fille se succéder. C’est primordial de les mettre au centre de nos préoccupations », remarque la jeune femme, particulièrement bien placée pour évoquer l’importance de la transmission.

L’activité transport labellisée Objectif CO2

Le Groupe Daniel a obtenu dernièrement le label Objectif CO2, décerné pour 3 ans par le comité régional regroupant les représentants du ministère de la Transition écologique, de l’ADEME et des organisations professionnelles. Ce label reconnait l’engagement de l’entreprise dans une démarche active de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et de polluant atmosphérique pour son activité de transport. Au total, 27 des camions de l’entreprise sont labellisés : 6 porteurs et 21 tracteurs routiers. Pour obtenir cette reconnaissance nationale, le Groupe Daniel a travaillé sur plusieurs points, notamment avec la mise en place d’un outil de maintenance pour les véhicules, l’utilisation de carburants moins polluants, la formation des conducteurs à l’écoconduite ou encore la géolocalisation des véhicules.

Le Groupe Daniel en chiffres

72 M€ de chiffre d’affaires

21 sites de production, 12 carrières pour une production annuelle de 3 millions de tonnes de granulats et 13 centrales à béton produisant 170 000 m3 par an

9 sociétés (ABC VL – Béton contrôlé du Béarn – Carrières Daniel – Dragages du pont de Lescar – Groupe Daniel SAS – Lafage – Sicom – Sablières Rubio – Sopravem)

320 collaborateurs

5 pôles métiers : extraction et traitement de granulats, fabrication et livraison de béton, préfabrication de produits en béton et négoce de matériaux de construction, transport et recyclage

1 flotte de transport de 100 camions