Dans la vie d’une entreprise, certaines années ont plus d’importance que d’autres. Pour la société de production toulousaine Bleu Citron, 2026 fait partie de celles-ci. L’entreprise fondée en 1986 par Gilles Jumaire (voir encadré) fête ainsi ses 40 ans, mais également les 10 ans de sa reprise par les associés actuels : Sylvain Baudriller, Sophie Levy-Valensy et Samuel Capus. Une décennie qui a été frénétique. En 2016, la société comptait une dizaine de salariés ; en 2026 Bleu Citron emploie près de 60 personnes et a généré plus de 13 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Bigflo et Oli et Pierre-Emmanuel Barré au catalogue
Parmi les plus importants acteurs indépendants français, Bleu Citron accompagne une cinquantaine d’artistes, dont les incontournables Bigflo et Oli, mais également Carbonne, Luidji, Trois Cafés Gourmands ou Bleu Soleil, qui en duo avec Luiza a fait un carton avec le tube Soleil Bleu, et les humoristes Pierre-Emmanuel Barré ou Doully.
La société est aussi productrice et organisatrice de spectacles et concerts tels que « Ctrl+F » à Toulouse (ancien « Week-end des Curiosités »), « Pause Guitare » à Albi, le festival d’humour « Lol & Lalala » à Anduze, « L’Ocean Fest » à Biarritz, et bien sûr, le Rose Festival qui vivra du 27 au 29 août sa 5e édition à Toulouse. Lancé avec Bigflo et Oli et le groupe La Dépêche, le Rose Festival affiche cette année encore une programmation riche, avec des artistes tels que Charlotte Cardin, Mosimann, Aya Nakamura, Iliona, Josman ou DJ Snake. Carton plein attendu.
« Pagaille » : un nouveau festival à Bordeaux
Nouveauté cette année : Bleu Citron organise, le même week-end, un nouvel événement à Bordeaux. La place des Quinconces, accueillera en effet la première édition d’un festival baptisé « Pagaille ». Dix-huit heures de musique sont programmées sur deux jours, les 28 et 29 août, avec The Cure en principale tête d’affiche. « Comme le Rose Festival, c’est un festival qui se tient en ville, mais il s’adresse à une autre cible, plus éclectique. Le Rose est un festival par les jeunes, pour les jeunes. Pagaille vise à créer du lien, mélanger les genres et les populations », explique Sylvain Baudriller, codirigeant de Bleu Citron.
Le renouveau du Tube à Seignosse
Parmi les autres actualités de Bleu Citron, la reprise il y a un an de la salle de spectacle Le Tube, à Seignosse (Landes). L’entreprise toulousaine, en partenariat avec 2BV Production, a remporté la délégation de service public pour l’exploitation de la salle durant cinq ans. L’espace – initialement nommé salle des Bourdaines – fête cette année ses 40 ans, comme Bleu Citron ! Appelé Le Tube depuis 2018, l’établissement d’une capacité de 2 200 personnes est la plus grande salle de spectacle des Landes. Au-delà de sa programmation (Sniper le 20 août, Miki le 10 octobre ou encore Julien Clerc le 30 octobre) Le Tube a ouvert fin juin sa Guinguette estivale, sur une terrasse refaite à neuf.

Le Tube, à Seignosse. © D. R.
Crise de croissance
Si la croissance est une bonne chose pour une entreprise, elle n’est pas facile à suivre lorsqu’elle est si rapide. « On a connu une grosse crise de croissance et on est toujours dedans », constate Sylvain Baudriller. En une décennie, la société a multiplié ses effectifs par six, essuyé la crise sanitaire et déménagé dans de nouveaux locaux. Bleu Citron a ainsi investi 2 millions d’euros en 2020 pour acheter et réaliser les travaux de son nouveau siège à Toulouse, rue Dupont. Bleu Citron a dû se structurer en conséquence. « Pour Sophie, Samuel et moi, c’est devenu de plus en plus difficile d’être au four et au moulin, c’est-à-dire d’assurer les missions liées aux ressources humaines et à la gestion d’entreprise en plus de notre travail d’organisation de spectacles et de production d’artistes », confie Sylvain Baudriller.
« On a connu une grosse crise de croissance et on est toujours dedans »
Une nouvelle associée
Dans ce contexte, Sandra Crémonesi, salariée de Bleu Citron depuis 2016, est devenue en 2025 associée aux côtés de Sophie, Sylvain et Samuel. Ancienne directrice administrative de l’entreprise, elle est désormais directrice générale des services. Parmi ses premières missions, « faire rentrer des personnes cadres qui viennent gérer des équipes ». Bleu Citron a recruté une directrice marketing, un responsable du système d’information ou un DG adjoint des tournées. « Sandra s’est occupée de faire arriver un middle management dont nous avions vraiment besoin », commente Sylvain Baudriller.
Financements publics en recul
Mieux structurée, la société Bleu Citron veut désormais gagner en efficacité et stabiliser son activité. Hélas « des temps sombres arrivent devant nous », déplore Sylvain Baudriller, avec un État qui, faute de moyens, « sabre les dépenses culturelles ». En parallèle, les coûts de production des festivals augmentent. Que ce soit le coût des artistes ou des normes. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de festivals qui, même à 95 % de remplissage, restent déficitaires », affirme le dirigeant. Pour tenir, les festivals doivent « se réinventer pour plaire et développer de nouvelles ressources financières ». Parmi elles : « le sponsoring, le food and beverage ou le merchandising », énumère Sylvain Baudriller.
Les festivals doivent « développer de nouvelles ressources financières »
L’échéance des élections présidentielles
À l’approche de l’élection présidentielle, les dirigeants de Bleu Citron s’inquiètent d’un nouveau gouvernement qui pourrait, dans un contexte budgétaire déjà archi-tendu, encore supprimer des financements afin d’« invisibiliser une certaine culture et certaines minorités », dixit Sylvain Baudriller. La culture est notamment financée par le Centre national de la Musique et un dispositif de crédit d’impôt spectacle vivant. « Si ce dernier était remis en question, les conséquences seraient radicales. Cela mettrait Bleu Citron, comme les autres acteurs de la culture, en réelle difficulté », prévient Sylvain Baudriller.
Les débuts de Bleu Citron
L’histoire démarre dans la région parisienne en 1986. Gilles Jumaire, alors comptable dans une maison de disques, lance sa société avec la volonté de partir en tournée avec des artistes. « Au début, la société s’appelait Chiffres et musique, un nom inspiré de l’émission des Chiffres et des lettres », sourit le fondateur. Lors d’un dîner familial, sa sœur lui suggère de changer de nom et lance « Bleu Citron ». « Ça ne veut rien dire, j’adore ! », répond Gilles Jumaire. Il s’installe à Toulouse en 1998, avec Bleu Citron sous le bras. La société se développe, avec l’arrivée de nouvelles recrues : Sylvain Baudriller, Sophie Levy-Valensi puis Samuel Capus aujourd’hui associés de l’entreprise. Bleu Citron accompagne des tournées d’artistes de renom, tels que NTM, Isia ou Caravan Palace. Elle signe au début des années 2010 deux jeunes espoirs : Bigflo et Oli. En 2016, Gilles Jumaire décide de passer la main. « J’avais confiance en Sylvain, Sophie et Samuel, et je voulais que la société continue de vivre malgré mon départ, explique le fondateur. Alors je leur ai donné mes parts ».