Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Maison Démesure : à la mesure de leur talent

Jade et Sarah Zouitina ont créé il y a quelques mois à Bergerac la maison Démesure, une entreprise-gigogne dont les trois activités structurantes (création, aide à la sous-traitance, conseil à la création) ont pour dénominateur commun le textile.

Jade et Sarah Zouitina créatrices de la maison Desmesure

Jade et Sarah Zouitina créatrices de la maison Desmesure © Loïc Mazalrey - La Vie Economique

Deux sœurs, une société. Après avoir travaillé pendant dix ans dans des domaines d’activités totalement opposés, Sarah Zouitina, 33 ans, et sa cadette, Jade, 29 ans ont décidé d’unir leurs forces pour créer la Maison Démesure, une entreprise-gigogne dont les trois activités structurantes (création, aide à la sous-traitance, conseil à la création) ont pour dénominateur commun le textile.

À L’ARRIÈRE D’UNE MERCERIE

En Dordogne depuis trois ans, la fratrie a installé son atelier à Bergerac, à l’arrière d’une mercerie qui cherchait à partager des locaux trop grands pour elle seule.

« Nous avons inventé un nouveau format de coworking en intégrant la boutique de Rachel », s’amuse Jade, ravie de voir que tout le monde a trouvé sa place dans cette colocation d’un nouveau genre. « On se rend service mutuellement, notamment pour le matériel », assure son aînée Sarah.

En la matière, les deux sœurs ne sont pas arrivées les mains vides. Grâce à un prêt d’honneur de 30 000 euros accordé par France initiative, l’organisme d’aide à la création d’entreprise, Jade et Sarah ont pu investir dans l’achat d’une machine zigzag (dévolue à la pose des élastiques), d’une double-aiguille et d’une recouvreuse, trois machines neuves auxquelles est venue se greffer dernièrement une surjeteuse d’occasion. « Nous avons tout le matériel pour pouvoir travailler dans des conditions optimales », se réjouissent les sœurs Zoutina, qui n’ont davantage lésiné sur la qualité des outils informatiques qu’elles sont amenées à utiliser l’une et l’autre pour développer leur entreprise.

©Loïc Mazalrey

DE LA LINGERIE DE LUXE

Jade, la cadette de la fratrie, mesure sa chance. Titulaire d’un Master de stylisme-modéliste en lingerie, l’intéressée s’est formée en alternance dans les ateliers de la marque Simone Pérèle avant de lancer sa micro-entreprise de sous-traitance de l’activité de plusieurs maisons de création de luxe. « Je travaille pour des grands noms de la lingerie, comme Paloma Casil installée à Paris ou Yodi body, le spécialiste des maillots chics de grande taille », glisse la plus jeune des deux sœurs qui espère conquérir de nouveaux clients avec son nouvel outil de travail. « Notre atelier est une alternative à des structures plus industrielles qui ne traitent pas de commandes inférieures à moins de 200 pièces », souligne Jade, forcée de constater que les petits créateurs sont souvent à la peine pour trouver des ateliers qui acceptent de produire leurs vêtements ou accessoires en (toute) petite série.

« Notre atelier est une alternative à des structures plus industrielles qui ne traitent pas de commandes inférieures à moins de 2oo pièces »

CONSEIL AUX CRÉATEURS DE MODE

Gestion des commandes, livraisons… Sarah gère tout le reste, à commencer par « la valorisation des activités de la Maison Démesure. Alors qu’elle était encore assistante sociale, elle s’est formée à la gestion des réseaux sociaux (Tik Tok, Instagram, etc.) afin de pouvoir accompagner le développement de l’entre- prise familiale. Au-delà, et c’est là toute la singularité du projet entrepreneurial qui unit les deux sœurs, elle entend soutenir les projets portés par des créateurs en difficulté pour créer « une image de marque » de même que pour « choisir un positionnement de leurs produits dans l’imaginaire des futurs clients », explique cette jeune maman de 33 ans. « À l’heure de la communication numérique, il est primordial de savoir déterminer sa cible et de savoir comment on va parvenir à développer une communauté qui suivra fidèlement les actualités de son entreprise et interagira avec elle », renchérit Sarah.

©Loïc Mazalrey

« LES PETITES MINETTES » FONT UN CARTON

Les sœurs Zouitina ont lancé en 2021, « Les petites minettes », une marque de vêtements inspirée de la tendance « matchi-matchi ». Ainsi ont-elles imaginé des habits qui se déclinent dans toutes les tailles, du t-shirt pour un bébé d’un mois au t-shirt de taille 64. « L’idée, c’est que mère et fille, père et fils, et inversement, puissent porter le même vêtement ensemble s’ils le souhaitent », indique Sarah. Sur un marché saturé par les produits floqués de messages peu originaux – « Tel mère, telle fille », « Fier de mon papa »

Jade et Sarah ont mis sur des vêtements plus sobres et plus classiques, à l’image de la marinière qui a fait le succès de la ligne « Les petites minettes ». « Sitôt mise en ligne, la marinière s’est très bien vendue, confirme Jade, qui a dû relancer sa production depuis que son atelier est installé à Bergerac. « On va continuer à développer des produits sur ce créneau car il y a une vraie demande », complète l’intéressée. Sa sœur, Sarah peut en témoigner : « Mon fils me réclame d’être habillé comme moi, confie la jeune femme, il s’impatiente d’avoir notamment le sweat-shirt que j’ai confectionné pour son père et sa petite sœur ».