Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Passion Préhistoire

Pour les 25 ans de l’ouverture des grottes du Roc de Cazelle, Jean-Max Touron, propriétaire d’une quinzaine de sites en Périgord et dans le Lot, retrace sa passion singulière pour la Préhistoire.

préhistoire

© Loïc Mazalrey

Dans un film diffusé sur place depuis cette année, le propriétaire se souvient de s’être arrêté dans les années 1960 avec son père, spécialisé dans la vente de mobilier, pour livrer un lit à la famille qui habitait dans cet habitat troglodytique ; et de son rêve fou d’acquérir un jour ce lieu incroyable. 60 ans plus tard, l’octogénaire cultive une passion intacte pour les falaises alentour et les secrets qu’elles recèlent. Jean-Max Touron est propriétaire d’une quinzaine de sites, en Périgord et dans le Lot, repères magiques d’une vie qu’il se résout à ordonner : deux d’entre eux, et non les moindres sur le plan préhistorique, sont mis en vente. L’abri Cro-Magnon, celui de la fameuse découverte « du Périgourdin le plus célèbre du monde » comme il se plaît à le dire et la grotte du Sorcier, à Saint Cirq, tous deux inscrits au patrimoine mondial, intéressent le ministère de la Culture.

UN PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE

Ce chef d’entreprise, qui se présente avec une allure encore juvénile, a constitué au fil des ans un solide patrimoine qu’il a exploré suspendu à flanc de falaise ou contemplé à bord de son hélicoptère. On reconnait aisément le personnage dans le récent préhistopolar d’Hervé-André Sanger Les Vénus de Cro-Magnon (Éd. Sud- Ouest). La première pierre de son trésor historique, c’est La Roque Saint-Christophe, village à flanc de falaise occupé de la préhistoire à la Renaissance.

160 000 VISITEURS PAR AN

Cette propriété était dans la famille depuis le XIXe siècle, mais ce n’est qu’en 1938 que son père, Gabriel, découvrit l’escalier monolithique conduisant à la cité étagée en terrasses creusées dans la falaise : un travail titanesque a permis de le débarrasser de la végétation pour l’ouvrir au public en 1952. Les travaux acrobatiques de Jean-Max Touron (le film diffusé à Cazelle témoigne de son agilité) ont contribué à terminer l’aménagement de ce joyau fréquenté par environ 160 000 visiteurs par an, époustouflés par ce balcon sur la Vézère. Le site est dirigé par sa fille, Marie-Luce, depuis 2000 et l’héritage glisse doucement mais sûre- ment vers la 4e génération, celle de Marie-Alexia et Marie-Sophie.

« COLLECTIONNEUR DE FALAISES »

Jean-Max Touron a ensuite acquis et aménagé d’autres lieux devenus des incontournables du tourisme en Périgord : le Préhisto Parc (Tur- sac) en 1987, le roc de Cazelle (Les Eyzies) en 1998 ; puis la maison forte de Reignac (Tursac), le manoir de Gisson (Sarlat), la grotte du Sorcier, l’abri Cro-Magnon (Les Eyzies) inauguré en 2014 avec Yves Coppens. Les projets s’étirent ensuite vers le Lot, avec le Dino Parc et la grotte des Carbonnières (Lacave). Suivent le fort de La Roque-Gageac, qu’il rouvre en 2020 après des travaux considérables, « avec son escalier vertigineux de 140 marches » et un panorama exceptionnel sur la vallée de la Dordogne ; et le manoir de la Salle (Saint-Léon-sur-Vézère), le seul exempt de paroi rocheuse (mais avec un donjon massif, tout de même) pour faire mentir son surnom de « collectionneur de falaises ». Il est aussi propriétaire de sites qui ne sont pas ouverts au public « mais ne demandent qu’à l’être » : le fort du Peuch Saint-Sour, la grande falaise et la grotte préhistorique de Nancy (Les Eyzies), et les gisements de l’abri du Facteur et l’abri Cellier (Tursac). Sans oublier deux sites dans la Vienne, avec son associé Laurent Delmas, la forteresse d’Angles et le Roc-aux-Sorciers.

« Cro-Magnon est le Périgourdin le plus célèbre du monde. »

Avec le temps, il s’est entouré des conseils scientifiques nécessaires à la médiation attendue sur des sites aussi emblématiques. Cazelle en est l’illustration saluée par les partenaires et voisins réunis pour souffler les 25 bougies… Et applaudir le patron en l’honneur duquel les équipes ont dressé le fameux Mai tricolore, une tradition locale.

La troupe Le Diable par la queue lors de la soirée anniversaire © SBT

25 ANS D’EXPLORATION TEMPORELLE

Cazelle, site ouvert tous les jours de l’année, a accueilli 1,5 million de visiteurs en 25 ans. Ce refuge naturel de l’homme depuis la préhistoire a été occupé jusqu’en 1966 par des fermiers, Céleste et Hippolyte, dans un habitat troglodytique dont l’ameublement a été reconstitué. Le circuit de visite sonorisé déroule le fil du temps avec des scènes qu’une centaine de figures concourent à animer, chasse ou art pariétal jusqu’à la vie rurale dans cette maison monolithique, en passant par le cluzeau médiéval, le cadre verdoyant du vallon de la Beune avec ses animaux. Les ateliers (taille de silex, tir au propulseur) ont été imaginés avec le préhistorien Pascal Raux.